Un espace et un rythme de parole

Un espace et un rythme de parole

19 septembre 2015 par 

Ma courte expérience au Mouton Noir me permet déjà d’apprécier l’espace de prise de parole et de débats tout à fait unique que représente ce journal. Cet espace, il ressemble pour moi à celui que je retrouve dans mon université d’attache, l’Université du Québec à Rimouski. J’y retrouve la même ouverture, la même diversité, les mêmes possibilités de dialogues et d’échanges d’idées. C’est ce qui rend ces deux espaces précieux et qui explique peut-être la durabilité de leur collaboration depuis la création du Mouton.

Les affiches promotionnelles de l’UQAR la présentent comme « une grande université de petite taille ». Un des avantages de cette « petite taille », c’est qu’elle permet de se rendre compte de l’ampleur de la machine universitaire dans sa globalité. L’UQAR est une réunion de petits départements qui rassemblent souvent eux-mêmes des disciplines connexes (lettres, histoire et philosophie; biologie, chimie et géographie; mathématiques, informatique et génie ; etc.). Chacun dans nos domaines, nous sommes peu nombreux, ce qui nous force à aller vers les autres et à moins nous cantonner dans nos disciplines respectives. Les cloisons y semblent moins étanches et les hiérarchies, moins marquées et plus mobiles, y compris entre professeurs et étudiants.

La vie universitaire à l’UQAR, en effet, nous amène à être fréquemment confrontés à d’autres cultures disciplinaires, académiques ou scientifiques, à d’autres manières de faire et de penser. Si vous passez dans les cafés étudiants de l’UQAR, vous entendrez en même temps des professeurs et des étudiants discuter de missions océanographiques dans l’Arctique, d’autres, de plans d’intervention en santé publique, d’autres, des nouvelles pratiques d’écriture en littérature contemporaine, d’autres encore, du patrimoine culturel et de l’histoire ouvrière dans les municipalités du Bas-Saint-Laurent. Cacophonie universitaire, tour de Babel disciplinaire? Fenêtre ouverte, plutôt, sur ce qui se fait juste à côté de chez soi, et que notre sur-spécialisation ou le rythme effréné de la vie nous empêchent souvent de voir.

Dans peu d’universités, des disciplines peuvent se côtoyer aussi étroitement. Cette proximité nous fait rapidement prendre conscience de la petitesse et de la relativité de nos préoccupations dans la grande machine que constitue l’université. On s’aperçoit que ce ne sont pas tant nos disciplines ou même la science ou l’art qui sont importants en soi, mais la diversité de ces pratiques prises dans leur ensemble. En d’autres termes, un espace comme celui de l’UQAR désacralise nos savoirs, les remet à leur juste place. Ce qui n’enlève rien au travail qu’on fait, mais qui nous en rappelle la précarité et le nécessaire ancrage dans la communauté, quelle que soit la façon dont on la définisse.

La culture, c’est aussi cette conscience de la diversité et de la nécessaire mise en relation de nos points de vue sur le monde. Et cette conscience est peut-être le point d’ancrage d’une véritable prise de conscience collective. Je retrouve dans Le Mouton Noir la même diversité, la même conscience collective qui réunit tous ceux qui y contribuent, que ce soit par l’écriture ou par la lecture. Il est précieux qu’on puisse y lire les textes de gens œuvrant dans tant de milieux différents, exprimant des réalités différentes qui, en dehors de cet espace de parole, ne se rencontreraient pas. C’est cette rencontre qui fait en grande partie l’intérêt du journal, à mon sens, et qui le rend essentiel dans l’espace médiatique actuel.

Mais Le Mouton, c’est aussi, en plus de cet espace, un rythme de publication différent, qui suit l’actualité, mais à distance, avec un léger décalage. Ce décalage est précieux, parce qu’il permet de mettre les événements en perspective sans perdre de vue la complexité et l’urgence des problèmes tels qu’ils se manifestent au présent. Le Mouton donne à lire des textes où se marient comme on le voit rarement réflexion et protestation, enquête et prise de position.

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