Champ libre

Un vent nouveau souffle sur Trois-Pistoles

Par Annie Landreville le 2015/07
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Champ libre

Un vent nouveau souffle sur Trois-Pistoles

Par Annie Landreville le 2015/07

Il s’en passe des choses à Trois-Pistoles. Longtemps, la vie culturelle pistoloise a été liée à l’œuvre de l’écrivain Victor-Lévy Beaulieu. Ses livres, ses téléromans, ses pièces de théâtre ont animé le centre-ville, attirant les touristes d’un peu partout au Québec. Depuis quelques années cependant, la Forge a remplacé le Caveau-théâtre comme lieu de rassemblement estival, l’Échofête a attiré l’attention d’un autre public, plus jeune, engagé politiquement, et a redonné le goût de venir habiter dans la région à des jeunes qui en étaient partis ou qui désirent maintenant mêler culture et nature à leur projet de vie.

On pourrait croire que l’absence d’Échofête aurait fait un trou dans la vie culturelle de la ville cette année, mais si on déplore la mise en jachère de l’événement, il y a une telle effervescence qu’on se dit que le vide sera comblé : lundi midi au café Grains de folie, il n’y a plus de tables libres. Un groupe suit un atelier avec un conteur; plusieurs étudiants de l’École de langue française de Trois-Pistoles passent pour un café commandé dans un français hésitant, ils parlent français entre eux en cherchant parfois les mots avec leur téléphone ou leur tablette. Dehors, c’est le festival du vélo, même sous la pluie.

Le milieu est plein d’énergie, mais fragile. On a bâti des événements en se partageant souvent les ressources. Les mêmes noms reviennent souvent quand on parle d’implication culturelle à Trois-Pistoles : Karine Vincent, Isabelle Moffet, Maurice Vaney, Mikael Rioux et une poignée d’autres valeureux bénévoles ou de travailleurs culturels portent depuis longtemps les événements majeurs qui animent la ville. Si Échofête et le Rendez-vous des Grandes Gueules sont les plus connus, il y a aussi le festival Trois-Pistoles en chansons, l’école de danse de Soraïda Caron et des cafés sympathiques comme le café Grains de folie, la Maison de l’écrivain (qui renaît avec la Coopérative de travail La Mitaine) et le Salon des Gitans. Gérés pour la plupart par des jeunes qui ont grandi à Trois-Pistoles et qui ont envie non seulement d’y vivre, mais d’y vivre de leur art. Même les éditions Trois-Pistoles sont touchées par ce nouveau souffle, avec l’arrivée de Nicolas Falcimaigne, appelé à prendre la relève de Victor-Lévy Beaulieu.

Follement Trois-Pistoles

Lancé plus tôt ce printemps, le projet Follement Trois-Pistoles témoigne de cette vitalité. Follement Trois-Pistoles, c’est le fruit d’une coopération entre les artistes, les organismes, les lieux, les entreprises et le public. C’est un regroupement d’organismes et d’artistes réunis dans un répertoire, un site Web et un logo avec un gros cœur rouge pour bien marquer l’amour que portent à ce coin de pays ceux qui l’habitent et qui l’animent.

La danseuse et chorégraphe Soraïda Caron fait partie de ce regroupement. Elle enseigne la danse à Trois-Pistoles, à Rivière-du-Loup et à Saint-Jean-Port-Joli, elle a créé sa propre compagnie, Mars elle danse, dont le lancement officiel aura lieu en septembre. On pourra la voir en spectacle au Théâtre du Bic les 2 et 3 octobre prochains et, en 2016, une nouvelle création sera présentée à Rimouski.

Le milieu est plein d’énergie, mais fragile. On a bâti des événements en se partageant souvent les ressources.

Soraïda Caron : « Follement Trois-Pistoles veut rassembler les organismes et artistes de la région. Pour le moment, c’est un agenda culturel, un répertoire, des nouvelles. Ce sont les Compagnons de la mise en valeur du patrimoine vivant qui ont chapeauté le tout. Ils ont fait un sondage pour connaître nos besoins, de là, on a formé un comité, et maintenant on a un site Web.

La prochaine étape sera d’avoir un lieu, mais pour le moment, tout le monde est bénévole. Tout est fragile en ce moment, on n’a pas encore de conseil d’administration. On est en train de passer des entrevues pour trouver une ressource pour tenir le site à jour, faire de la mobilisation, chercher des partenaires financiers et mettre de l’avant notre logo, pour qu’il soit partout. »

Près d’une vingtaine d’artistes et d’organismes sont déjà membres du répertoire. Au calendrier, des expositions et du théâtre tout l’été avec la compagnie de théâtre Le loup de Cambronne.

L’Auberge de la grève

Mikael Rioux et quelques jeunes de Montréal ont eu envie de s’approprier ce lieu magnifiquement situé sur le bord de la rivière Trois-Pistoles pour le faire revivre et, aussi, pour tout simplement y vivre autrement. Lors de mon passage, ils étaient une dizaine à habiter l’Auberge et à y travailler pour la rénover et la rendre fonctionnelle. Une serre dans la verrière, des chambres en voie de rénovation, des dortoirs, un atelier de vélo, un atelier de couture, l’endroit grouille de vie et d’enthousiasme.

Alyssa Symons-Bélanger : « Avec Mikael, Marc Picard et Jessica Laroche-Pichette, on s’est mis ensemble quand on a su que l’Auberge était à vendre. Moi, ça faisait trois ans que je cherchais un tel projet. On a fait la Marche des peuples l’année dernière, on a compris la force qui émergeait d’un groupe, d’un collectif. Je connaissais quand même Trois-Pistoles, je venais à Échofête et je rêvais déjà de la région. Mais je n’aurais pas fait ce projet-là toute seule. »

C’est habités par l’idée du collectif qu’Alyssa et les autres ont pensé le développement de l’Auberge. Les ateliers de théâtre ou de vélo, ce sont des projets qui émanent des gens qui y habitent, ce qui n’est pas sans rappeler le projet de la ferme Sageterre de l’auteur Jean Bédard, installé depuis plusieurs années à Rivière-Hâtée.

Alyssa Symons-Bélanger : « Souvent, ce qui nous empêche de faire les projets qui nous tiennent à cœur, c’est qu’on est obligés de travailler dans un autre domaine pour les soutenir. Ici, on veut donner la possibilité aux gens qui ont un projet de le mener à terme, c’est motivant d’être entouré de gens qui ont tous des projets qui les passionnent. Si quelqu’un veut venir ici pendant un mois pour écrire, il devra s’impliquer dans la vie communautaire et dans la communauté pistoloise. C’est un aspect très important. Par exemple hier, on a fait une tournée du voisinage, on est allés voir les gens qui habitent autour de l’Auberge, on leur a donné des muffins, de la salsa. Tout le monde était content de voir l’auberge renaître! »

Photo : Sébastien Raboin

Un peu dans l’esprit des auberges de jeunesse, il y a une dizaine de jeunes qui vivent là à temps plein, qui travaillent, qui rénovent, qui ont l’intention d’y vivre. Leurs chambres sont au troisième étage. Le deuxième est aménagé en dortoirs pour les gens de passage et il y a aussi quelques petites chambres qui seront occupées par des visiteurs, des artistes en résidence ou autre, avec contribution volontaire, parce que c’est un OBNL qui ne peut pas faire de profit.

« Ça faisait un an que l’Auberge était à vendre. Beaucoup de gens nous ont fait des prêts pour acheter, des gens nous ont donné un coup de main. Il y a encore beaucoup de travail à faire! »

Et l’avenir? « On veut recevoir des événements. On a eu l’assemblée générale annuelle de Coule pas chez nous, on voudrait faire des cabarets, rendre le lieu vivant! »

Le Salon des Gitans

Le Salon des Gitans, c’est un endroit pour prendre une pause : expositions, ateliers de photo, artisanat, là aussi des jeunes qui ont envie de vivre ici, de partager leurs univers. L’auteure-compositrice Marilie Bilodeau, ainsi que Marie Lefrançois-Huot et Valérie Lavoie partagent l’espace de ce lieu accueillant. On n’y vend pas de café, parce que le café Grains de folie est à côté, et ce qu’on y offre côté art et artisanat ne vient pas empiéter sur les plates-bandes de la Maison du notaire. Il y a l’atelier de couture d’Annie Pigeon, des ateliers de photo, un espace pour prendre le temps de jaser.

Valérie Lavoie : « C’est un lieu de paroles et d’images. Un endroit pour discuter, exposer des œuvres d’art, dans un mode d’expression à la fois artistique et politique. Il n’y a pas beaucoup d’endroits pour exposer et vendre des œuvres d’art et d’artisanat, et il y a un grand bassin d’artistes dans les Basques. On est complémentaire à la Maison du notaire, on n’offre pas les mêmes choses, on n’aura pas le même public. »

Marie Lefrançois-Huot : « Il y a aussi le volet ateliers jeunesse! On a eu une aide de la Ville de Trois-Pistoles pour donner des ateliers à des jeunes cet été : dessin, collage, masque, photo. On fait de la photo numérique, mais plus tard, j’aimerais avoir une chambre noire! »

Déjà, des collaborations se tissent : « Il y a déjà du maillage entre les différents organismes, avec l’Auberge, avec la Coop La Mitaine qui gère le café de La Maison de l’écrivain. Il y a des idéologies qui se complètent. On en est tous à notre première année d’existence et on s’entraide. Le Salon des Gitans peut produire un spectacle qui aura lieu au Café de l’écrivain par exemple. On veut aussi entre autres développer des soirées de slam. »

La première exposition du Salon des Gitans, Qui sème le vent récolte la tempête, rassemble le travail de neuf artistes basques. L’exposition va voyager partout au Bas-Saint-Laurent dans les prochains mois.

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