Le Québec à l’heure des choix

Le Québec à l’heure des choix

18 juillet 2015 par 

Sous la direction de Yanick Barrette , avec la collaboration de Nicholas Bautista-Beauchesne, Le Québec à l’heure des choix. Regard sur les grands enjeux, Dialogue Nord-Sud, 2014, 529 p.

Le Québec à l’heure des choix regroupe 42 textes d’autant d’auteurs qui portent un regard sur les grands enjeux du Québec. L’ouvrage est ambitieux, comme la démarche préalable. Les éditeurs chez Dialogue Nord-Sud voulaient saisir les enjeux auxquels sera confronté le Québec. Ils ont dressé une liste de spécialistes de certains domaines et les ont invités à proposer un essai, et ils ont reçu plus de 80 textes. « Nous avons laissé pleine liberté aux auteurs », affirme Karim Akouche, sans préciser cependant comment les 42 textes avaient été sélectionnés. Le défi a été d’assurer une cohérence à l’ouvrage, structuré autour de huit thèmes : gouvernance, éthique et démocratie; économie, mondialisation et globalisation; transport, mobilité et vieillissement; environnement et développement durable; immigration, intégration et religion; culture; langue et éducation; nation et nationalisme. Cinq ou six textes documentent chacun des thèmes.

Le défi de la cohérence est réussi. Les textes ne sont pas tous d’un intérêt égal, mais la qualité est au rendez-vous. Dans l’avant-propos, l’éditeur affirme avoir refusé « une perspective unidimensionnelle et contraignante, [le] poussant […] à privilégier une approche fondée sur la diversité des conceptions et des opinions .» Il poursuit : « cet ouvrage, par le biais d’une participation hétérogène, cherche […] à présenter des visions qui se contredisent et qui s’affrontent. » Différents enjeux sont traités, certes, mais ce traitement est complémentaire plutôt que contradictoire, et les textes s’inscrivent dans une logique progressiste. Ce choix se défend, d’autant que la maison d’édition veut « donner des mots pour conjurer les maux » (le plus grand mal n’est-il pas le dogme néolibéral?), mais il n’est cependant pas possible de prétendre à un affrontement des opinions.

Il est en outre surprenant que seulement 19 % des textes soient écrits par des femmes, alors qu’elles sont présentes dans les organismes, les médias et à l’université (principaux lieux d’appartenance des auteurs) et prolifiques sur le plan des écrits permettant de décoder les enjeux de société. Les contributions d’Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec, et de Sarah Labarre, cyberféministe, sont à souligner, comme celle de la comédienne Catherine Dorion, surtout connue pour son action politique avec Option nationale. Son texte « Créer, c’est résister. Résister, c’est créer » est éclaté (avec matière à deux textes distincts), mais sensible et pertinent. Elle insiste sur ce qui concourt à balayer la culture québécoise, se référant à Aquin, Bourdieu, Arendt et Camus : « la télévision permet [aux] élites de convaincre le peuple que cet ordre social [les sociétés de marché] est le seul qui fasse sens et que tous les autres projets collectifs ne valent rien, tuant ainsi l’imagination politique à la racine. » Elle philosophe aussi sur le sens de la vie : « À quoi servent nos actions forcenées, nos angoisses et notre souffrance si, de toute façon, nous mourrons? Qu’est-ce qu’on fait ici à nous agiter? »

Karim Akouche, éditeur et dramaturge d’origine algérienne, a épousé le Québec en 2008. Le texte qu’il propose dans l’ouvrage, « Le Québec sera laïque ou ne sera pas », milite sans nuances pour une Charte des valeurs québécoises à la manière péquiste, se référant à l’argumentaire de Schopenhauer : « Toute vérité franchit trois étapes : d’abord elle est ridiculisée; ensuite, elle subit une forte opposition; puis elle est considérée comme ayant toujours été une évidence. En somme, la Charte de la laïcité est la vérité. Après que ses détracteurs l’auront raillée et combattue, elle deviendra un jour une évidence. » Ses mots à l’endroit de l’islamisme sont durs : « lèpre qui ronge nos sociétés », « fascisme vert ». Il prétend : « Pour les soldats d’Allah, le monde est divisé en deux : la maison de la soumission (dar el islam), autrement dit, les terres islamisées, et la maison de la guerre (dar el harb), les terres qui restent à islamiser. […] le Québec est une terre à conquérir ».

Cela dit, l’ouvrage est pertinent et il mérite d’être lu attentivement, à petites doses, au rythme de chaque contribution. Celles de Frédéric Bérard, Ianik Marcil, Louis Balthazar et Claude La Charité sont particulièrement intéressantes. On peut déplorer cependant l’absence d’une véritable conclusion qui aurait permis de faire les liens entre les thèmes et de signaler les nombreux points de convergence qui se dessinent au fil de l’ouvrage.

L’ouvrage dirigé par Yanick Barrette a été publié en novembre 2014 aux éditions Dialogue Nord-Sud. La librairie L’Alphabet organisait en mai 2015 un lancement bas-laurentien conjointement avec le bureau du député péquiste Harold LeBel. L’éditeur et auteur Karim Akouche de même qu’Évelyne Abitbol, adjointe éditoriale, étaient présents.

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