dernier numéro

VOL XXIV No. 2 Éducation et solidarité internationale

L’autonomie municipale et régionale

Rencontre avec Roméo Bouchard

L’autonomie municipale et régionale

18 juillet 2015 par 

Roméo Bouchard nous invite à prendre conscience, en ces temps fortement dominés par l’individualisme, que rien ne nous interdit d’organiser des rencontres citoyennes, de revendiquer des redevances sur nos ressources et de défendre nos droits. Photo : lavieagricole.ca

Roméo Bouchard occupe une place incontournable dans le monde régional par ses publications et ses prises de position qui suscitent réflexions et débats. Il nous invite et nous encourage à penser qu’il est possible de poser des actions qui pourraient infléchir les idéologies dominantes qui nous enferment dans l’idée que le changement ne peut venir que par le haut, c’est-à-dire par ceux qui sont en position de pouvoir. Selon lui, c’est plutôt à partir de la base que peut se concrétiser un véritable projet de souveraineté municipale et d’autonomie régionale.

Dans le cadre du mouvement Touche pas à ma région, Roméo Bouchard a participé, à Trois-Pistoles, à une rencontre animée par Dominique Malacort du groupe de théâtre UTIL (Unité théâtrale d’interventions locales).

D’entrée de jeu, Bouchard a souligné l’importance du résultat des élections municipales en Espagne, où le parti politique Podemos (nous pouvons) a réussi à faire élire deux candidates, l’une à la mairie de Madrid et l’autre à Barcelone. Podemos représente pour Bouchard l’exemple d’une démarche d’innovation démocratique engagée par le mouvement associatif et la mobilisation populaire. La création de Podemos, a-t-il souligné, c’est un peu comme l’organisation de cette rencontre en atelier de discussion, mais étendue à toutes les régions de l’Espagne dans le but de redonner le pouvoir aux citoyennes et aux citoyens. C’est de cette manière qu’il aborde la question de la base, qu’il associe au peuple en lui donnant le sens de l’émancipation ou de la libération. Pour l’essentiel, il s’agit de se libérer des partis politiques, qui ne font qu’entretenir une illusion démocratique. Se libérer également du mode de participation des assemblées des conseils municipaux, où les individus n’ont aucune emprise sur les décisions qui concernent la vie publique. S’il s’oppose aux coupes du gouvernement, qu’il qualifie de politique de la terre brûlée, il estime que, même s’il faut déplorer la fermeture des CRÉ, ces organismes de développement étaient peu démocratiques et sous la dépendance de l’État. Il y voit une occasion de tenter de reconstruire de façon plus démocratique ces lieux de décision par la mobilisation de la société civile.

Finalement, Bouchard nous invite à prendre conscience, en ces temps fortement dominés par l’individualisme, que rien ne nous interdit d’organiser des rencontres citoyennes, de revendiquer des redevances sur nos ressources et de défendre nos droits. C’est en quelque sorte un appel à l’imaginaire social afin d’agir au nom du bien commun et de l’intérêt collectif.

Après la présentation de Bouchard, la discussion s’est poursuivie autour des questions : que faire et comment faire? Certains ont abordé ces questions en faisant des constats comme le fait que plusieurs terres en friche ne sont pas mises en culture. Le peu d’intérêt pour les reprendre serait, selon Bouchard, dû à la logique du marché qui rend difficile la vente de produits locaux. D’autres ont souligné que ce sont souvent les mêmes personnes qui participent, que nous manquons de moyens et que les luttes sont menacées par la parcellisation de nos actions. L’on constate également que la société est de plus en plus dirigée par les entreprises qui cherchent à remplacer le gouvernement. L’on se demande comment la solidarité des municipalités dans chacune des MRC peut être possible dans ces conditions.

Certains proposent d’inventer un pouvoir parallèle ou de créer des contre-pouvoirs afin d’éviter d’être « bouffés » par la « mégamachine ». L’accès à l’information est aussi un facteur important de mobilisation. On propose également des projets afin d’améliorer la qualité de vie, mais aussi un fonds collectif pour soutenir les artistes. En outre, plusieurs ont souligné l’importance d’organiser la participation citoyenne afin d’intervenir sur les décisions politiques. En s’inspirant des comités Femmes et Ville, l’on propose de demander aux municipalités de dégager des fonds pour un budget participatif afin de soutenir la création de comités citoyens qui permettraient, en collaboration avec la municipalité, d’élargir la discussion sur les enjeux du développement local.

Cette dernière proposition est une façon, soutient Bouchard, d’investir les conseils municipaux et les MRC afin de repenser la démocratie locale et territoriale, et de participer à la création d’une constitution qui permettrait de définir « le type de société, d’État et de gouvernement1 » que nous souhaitons. La participation ne se limite donc pas à une simple gestion des affaires courantes et des infrastructures. À titre d’exemple, Bouchard cite l’initiative de la Ville de Boucherville qui a créé un secrétariat à la participation citoyenne afin de mettre en place des mécanismes qui facilitent l’engagement des citoyens et des citoyennes et une plus grande appropriation de leur milieu de vie2. C’est une façon de renouer avec les pratiques d’éducation populaire et d’admettre que la controverse est essentielle à la vitalité de la démocratie.

La proposition mérite une attention particulière et une réflexion en ces temps de fausse austérité qui ne vise qu’à défaire de façon paternaliste et sous le règne de l’autoritarisme (pour ne pas dire du totalitarisme) nos capacités d’agir en société.

  1. Voir Roméo Bouchard (avec une préface de Gabriel Nadeau-Dubois), Constituer le Québec. Pistes de solutions pour une véritable démocratie, Montréal, Atelier 10, collections Documents, 2014.
  2. Pour en savoir plus sur le secrétariat à la participation citoyenne de la Ville de Boucherville
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