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VOL XXVII No 1, septembre-octobre 2021 Suzanne Tremblay

Les temps modernes

Les temps modernes

4 juin 2015 par 

Le film Les temps modernes de Charlie Chaplin : une satire du travail à la chaîne et une critique décapante du chômage et des conditions de vie d’une grande partie de la population lors de la Grande Dépression, imposées par les gains d’efficacité exigés par l’industrialisation. Photo : Libre de droits

En 1936, le film Les temps modernes de Charlie Chaplin frappe comme une tonne de briques. Une satire du travail à la chaîne et une critique décapante du chômage et des conditions de vie d’une grande partie de la population occidentale lors de la Grande Dépression, imposées par les gains d’efficacité exigés par l’industrialisation.

L’Homme et la machine. L’Homme est la machine. Depuis cette révolution industrielle, on aurait pu croire que la question se réglerait d’elle-même. Les machines, la technologie, les moyens de production plus efficaces devaient aider l’Homme à se libérer des chaînes de montage, de ces chaînes qui le retiennent prisonnier, des semaines de travail éreintantes, du métro-boulot-dodo. Les années 1980 laissaient encore plus présager l’avènement de cette société des loisirs. Mais il y avait une brèche à ce discours, le néolibéralisme… Aujourd’hui, ce n’est ni l’Homme et la machine, ni même l’Homme qui est la machine. L’humain est devenu obsolète, secondaire, inutile parfois! Voilà où nous en sommes en 2015, tant que l’argent entre, tant que les élus sont réélus, tant que les paradis sont fiscaux. Minimiser les investissements à risque en espérant d’importants bénéfices. Les entrepreneurs, les politiciens, les gens « importants » parlent de développement. Qu’entendent-ils par là au juste? Poser la question, c’est y répondre. L’argent n’a pas d’odeur… sauf celle de la sueur des millions de gens qui triment pour le salaire minimum – quand il y en a un – au grand plaisir des « créeurs » d’emplois, des développeurs! Rien de nouveau sous le soleil direz-vous. Mais l’appât du gain rend l’Homme semblable à la bête. Et comme de génération en génération le venin est de plus en plus fort…

On verra alors les agriculteurs devenir ceux pour qui on votera lors des émissions de télévision!

Il n’y a pas de solution miracle. D’ailleurs, nous n’avons pas à chercher très loin pour trouver de meilleures façons d’équilibrer le jeu. Combien de fois par année entend-on que 1 % de la population possède autant, sinon plus, que les 99 % qui restent? Voilà! Il est là le problème. Rien ne sert de ressasser les mêmes discours, qu’ils soient socialiste, communiste, anti-capitaliste. Tout a été essayé. Rien n’a marché. La force du nombre est devenue un slogan vide de sens. Même en ce qu’on appelle démocratie. La population subit et ne choisit plus rien. Le cash mène le monde. Mais est-ce si grave? Pourquoi se soucierait-on de cette tranche de gens qui encaisse sans broncher? De ces électrices et électeurs qui en redemandent? De celles et ceux qui se contentent de La Voix ou des vidéos de ti-minous « cutes »? Plus de deux millions de téléspectateurs sont rivés à leur écran chaque semaine et vont jusqu’à appeler, à débourser deux dollars, pour voter pour la prochaine star! La conclusion? Dans le fameux 99 %, il y en a plusieurs que la justice sociale n’interpelle pas du tout. On se donne bonne conscience en jetant 25 cents dans la fente de la boîte de plastique du service à l’auto du McDonald’s et hop!

Alors quoi?

Le salut des moins nantis passera donc par les mains d’autres moins nantis. Une sorte de solidarité intrinsèque qui a et qui donne des ailes. Car oui, il y a encore de l’humanité dans l’humain. Revenons à La Voix justement. Cette émotion inexplicable qu’on ressent en écoutant le talent, cette fièvre des séries au hockey, ce besoin de pincer les grosses joues d’un bambin, de protéger les ti-minous « cutes », de s’émouvoir devant un coucher de soleil… Nous ne sommes ni des machines, ni vaincus par elles. En 2008, une crise économique a failli nous forcer à revoir notre façon de vivre. Car l’argent et les autres paradis artificiels ont des failles. Le retour à une humanité basée sur le vivant, sur son prochain, sur la petite échelle, passera peut-être par le chaos. Mais il y a fort à parier (mais pas en dollars) que c’est la planète et l’« humanitude » qui gagneront, pas ce satané 1 % et ses châteaux de cartes imaginaires ou virtuels. Ce n’est pas le banquier qui nous aidera si l’économie bascule… On verra alors les agriculteurs devenir ceux pour qui on votera lors des émissions de télévision!

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