Élections provinciales de 2018 - Discours électoral de Philippe Couillard

Élections provinciales de 2018 - Discours électoral de Philippe Couillard

20 juin 2015 par 

Dans cette section, le rédacteur en chef du Mouton Noir, Marc Simard, partage avec les lecteurs ses coups de gueule, des textes coup de cœur de collaborateurs et encore plus…

Cette semaine, Marc vous à lire le discours électoral de Philippe Couillard après les élections de 2018... Cette fiction est un texte d'Amélie Charest de Matane.

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(À lire avec le ton d’un bon père de famille)

Crédit photo: actualites.sympatico.ca

Chers Québécoises et Québécois,

Le Parti libéral du Québec a accompli, durant ses quatre grandioses années au pouvoir, plus que le contribuable pouvait espérer.  Nous pouvons être fiers d’avoir ramené le Québec dans l’état qu’il était à l’âge d’or d’avant la révolution tranquille, alors qu’il faisait bon vivre, alors que le peuple menait une vie paisible sans trop se mêler des affaires de l’état, puisque de toute manière, il ne connaissait rien au monde des affaires et de l’argent.

Rappelons-nous que dans la première année de son mandat, le PLQ a d’abord réussi à remettre les étudiants dans la rue, les syndicats sur leurs grands chevaux et Richard Martineau excité dans sa chronique.  Mais que sont les gaz lacrymogènes, deux ou trois slogans et quelques dents cassées quand c’est pour défendre un projet plus grand que nous, pour le bien du peuple et du conseil du patronat?

Et en effet, que de chemin parcouru depuis!  Notre identité de conservateurs inavoués a été d’abords renforcée par la réélection de l’honorable Stephen Harper à l’automne 2015.  La division du vote anarchique de gauche a encore une fois permis à ce cher ami d’obtenir la majorité en chambre. Nous, feignant l’empathie pour Justin Trudeau tombé de son trône de carton, avons applaudi à huis-clos cette victoire de l’économie sur tout.  La vague orange est morte, les libéraux sont anéantis, le bloc s’est noyé.  Rien ne peut maintenant freiner l’ascension du Canada vers la gloire, et dans son ombre il y aura un Québec fort et prospère!

Un grand accomplissement de notre parti durant ces années a été une autre élection prestigieuse.  Lors de partielles dans Québec, nous avons en effet accueilli un visionnaire, un homme qui a mis des mots sur nos idées et qui a fondé en 2016 le programme «Dehors des régions».  Rappelons-nous ces paroles qui avaient à l’époque fait scandale, comme d’ailleurs bien des idées révolutionnaires dans l’histoire de l’humanité: «La Gaspésie, s’ils n’ont pas de jobs, soit qu’ils déménagent, ou ben ils crèveront, c’est tu assez clair?» Jeff Fillion, l’homme du dossier Régions, a réussi à faire fermer ces nuisances qu’étaient la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent.  Leurs habitants, ces quelques péquenots sans âme, ont été déportés en banlieue de Montréal, où des villages de HLM ont été construits pour qu’ils puissent enfin aspirer à une vie meilleure.  Nous envisageons même de leur construire une école, pour ceux parmi eux dont les rejetons auraient la capacité d’apprendre.  La deuxième phase de notre plan «Dehors des régions» s’effectuera dans le mandat que nous sollicitons aujourd’hui.  Parce que l’occupation du territoire nous coûte trop cher.  Il faut penser à l’avenir de nos enfants!

Parlons maintenant du Plan Nord.  Ce vaste projet, que nous avons relancé à coup d’investissements massifs, a enfin donné les résultats escomptés.  Des DIZAINES d’emplois créés, des kilomètres de routes construites menant vers de potentiels sites d’exploitation, des hectares de forêts coupés sur des terrains prêts à être arpentés.  Nous avons pris une avance considérable et nous sommes prêts à accueillir les minières du monde entier!  Si d’ailleurs quelqu’un dans la salle connaît une minière, il peut laisser ses coordonnées à mon attaché de presse.  Il va sans dire que nous offrirons des conditions favorables à l’implantation de ces compagnies, et des avantages allant du crédit d’impôt  à l’électricité gratuite à vie!  Nous débuterons d’ailleurs sous peu la construction d’un nouveau barrage hydroélectrique pour alimenter les installations à venir.  Parce que la dette ne se paiera pas toute seule!

Aussi, nous sommes fiers d’annoncer aujourd’hui la création du Plan Nord 2.0, qui prévoit le passage de l’Oléoduc Trans Canada dans le nord du Québec, en ligue droite entre la Baie-James et Blanc-Sablon.  En effet, pourquoi diminuer notre dépendance au pétrole quand nos rivières pourraient en être remplies!  Notre gouvernement prévoit donc la construction d’un port pétrolier à Blanc-Sablon, sortant ainsi cette région du marasme économique et de la dévitalisation.  D’ailleurs, si des habitants de la région voulaient d’une façon ou d’une autre s’opposer au projet, ils s’exposeraient à la sanction prévue à la loi sur les régions, c’est-à-dire la déportation.

La construction de cet oléoduc, subventionnée à 80% par l’État, demandera bien entendu des efforts collectifs et pour ce faire, nous comptons une fois de plus dégraisser la fonction et les services publics.  Il doit bien rester encore un peu de chair sur l’os!  Pour commencer, dans le domaine de la santé, les infirmières devront elles-mêmes remplir les banques de sang après leur quart de travail, et ce à leurs frais.  Après tout, ce sont elles qui les vident!  De plus, ces dernières devront utiliser moins de bandages, et davantage la méthode éprouvée du béqué-bobo.  Nous jugeons qu’appliquer cette méthode à 25% des patients pourraient nous faire économiser des milliards!

De même, dans les écoles, les profs devront enseigner à deux classes en même temps, et ce grâce aux formidables outils technologiques que nous leur fournissons.  Leurs activités, centralisées dans un corridor adjacent à deux classes, consisteraient en un enseignement diffusé en direct dans chacune de ces deux classes!  Les enseignants, ces professionnels que nous avons en plus haute estime, seront j’en suis sûr en mesure de relever ce défi, puisqu’ils sont bien formés et déjà grassement payés.  Cette mesure permettra aussi d’économiser sur les enseignants suppléants, puisque personne ne se rendra plus jamais compte qu’un prof est absent.  On pourra au besoin repasser un cours donné la semaine précédente, puisqu’il est toujours bon de réviser.  Il est à noter que cette mesure ne s’appliquera cependant pas aux écoles privées.  Ces réformes ne sont bien sûr qu’un début.  Car nous savons que vous en avez assez du gaspillage des fonds publics.

Je dois m’arrêter ici pour ce soir, mais sachez que nous avons des tonnes de projets pour le Québec, tous aussi farfelus les uns que les autres, et tous dans le but de faire de l’argent et d’en faire faire à nos amis.  Et nous avons encore davantage d’idées pour vous les faire avaler.  Dans les années à venir, le bâillon sera notre arme, car la guerre au NPD, à Québec Solidaire et aux autres méchants communistes du genre ne se gagnera pas avec des mots.

Alors votez pour nous et oubliez ça!  On s’en occupe!

Bonne soirée!

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