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VOL XXVII No 1, septembre-octobre 2021 Suzanne Tremblay

Imaginaire à la dérive

Imaginaire à la dérive

15 mai 2015 par 

Dans cette section, le rédacteur en chef du Mouton Noir, Marc Simard, partage avec les lecteurs ses coups de gueule, des textes coup de cœur de collaborateurs et encore plus…

Cette semaine, Marc vous à lire les réflexions de Mario Paquet de Lots-Renversés à propos de la force de l'imaginaire, mais aussi l'effet « éteignoir » d'un État au service d'une élite économique.

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Depuis longtemps, je réfléchis sur le sens de la vie en faisant grand usage de mon imaginaire. Je me dis qu’en tant que composante de l’univers, j’en suis un peu le reflet et vice versa. Je conçois aussi que mon ADN contient une mémoire génétique de l’évolution universelle, des lois et des forces qui régissent mouvements, attractions et répulsions de tous les éléments, des plus petits aux plus grands, qui composent l’univers et qui maintiennent un équilibre parfois précaire mais constant, voire éternel, entre leur existence individuelle et leur réalité collective.

Partant de ces prémisses, j’ai régulièrement permis à mon imaginaire d’explorer divers possibles pour parfaire mon observation terrain des mouvements sociaux et des mœurs populaires. M’inspirant de faits historiques, de philosophies diverses, de mythes, de légendes et d’écrits religieux, je me suis imaginé dans la peau d’autant de personnages (réels ou fictifs) ayant pu vivre à différentes époques, en différents lieux et climats. J’extrapolais, en me basant sur les écrits pertinents, quant aux grands questionnements existentiels et à la réalité vécue par les masses populaires d’une époque et l’individu imaginé.

Je me suis aussi vu bête ou insecte, plante ou arbre, roc ou goutte d’eau, métal ou gaz, boson, atome, poussière, planète, galaxie, d’une particule minuscule à l’infinité du tout, en passant par divers degrés de conscience spéculés par mon imaginaire à la dérive dans le courant vital qui anime l’univers et alimente les rêves et les pensées. Je ne peux, bien sûr, prétendre avoir nécessairement compris les états d’êtres réels de tous ces éléments, mais ces exercices m’ont permis de relativiser mes observations des phénomènes sociaux et des systèmes qui les régissent.

Ainsi, je constate que le rôle vital de toute chose est de s’allier à ses semblables pour former des corps et des systèmes plus complexes. Ces alliances sont régies par l’harmonisation des forces et des mouvements, par l’interaction attractive, répulsive ou neutre de ses éléments, ainsi que par l’adaptation aux aléas, contraintes et épreuves du parcours. Toutes les composantes de l’univers seraient donc mues par cet instinct vital d’union entre les êtres, tout en maintenant leur unicité propre et leur libre arbitre.

Maintenant, quel système peut convenir à l’humanité? Force est de constater que les systèmes autoritaires et impérialistes qui se sont imposés dans notre histoire ont toujours contré cet instinct vital d’union harmonieuse : en divisant les peuples et les classes sociales, en favorisant certaines élites pour régner sur les terres et les gens soumis à leur joug, en uniformisant les pratiques d’exploitation et d’asservissement, en manipulant les masses par le contrôle de l’information et de la transmission de connaissances.

Je n’ai jamais cru que l’État dans lequel je suis né représentait mes idées ou mes valeurs. En fait, je ne lui reconnais aucune légitimité naturelle à me dicter des caprices partisans qui favorisent l’élite économique ayant porté au pouvoir ses meilleurs champions. Je crois au libre arbitre de chaque être, à ses alliances volontaires, à un partage équitable et inconditionnel de la richesse collective dans une optique de développement durable et responsable, je crois à une communication transparente et horizontale où chaque personne a voix au chapitre, je crois à la transmission libre des savoirs ancestraux qui traversent l’épreuve du temps et des connaissances acquises depuis.

Bref, je crois en un monde de paix, d’amour et d’harmonie où chacune de nos composantes trouverait sa voie et son rôle spécifiques dans une chorégraphie collective autodéterminée aussi grandiose que le grand ballet des étoiles au firmament. Un modèle de système naturel et fonctionnel pourrait s’établir sur les bases de notre écosystème planétaire, qui intègre chacune de ses composantes dans le mouvement perpétuel d’émancipation globale libre qui a créé, nourrit et fait grandir la vie sur Terre.

Nous sommes, selon moi, au matin d’une nouvelle ère, celle de notre symbiose avec la vie, celle de notre maturité et de notre sagesse collectives, celle d’une prise en main populaire libre et responsable, celle d’une paix saine et durable.

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