Une lutte à mener jusqu’au bout

Hydrocarbures au Québec

Une lutte à mener jusqu’au bout

21 mars 2015 par 

Serait-ce qu’il n’y a qu’un seul projet relevant des énergies fossiles : celui de faire du Québec un État pétrolier à l’image du Canada d’aujourd’hui? Bien des observateurs le pensent de plus en plus… Photo : Nicolas Falcimaigne

Que ce soit les hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent, les gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent, le pétrole de schiste sur l’île d’Anticosti, les réservoirs compacts de la Gaspésie, le déploiement des sables bitumineux par train, par bateau et par oléoduc, le Québec fait face, depuis quelques années, à une invasion sans précédent de « projets fossilisés ». Nul besoin de rappeler que ces projets n’ont jamais fait l’objet d’une réelle consultation publique. Par ailleurs, serait-ce qu’il n’y a qu’un seul projet relevant des énergies fossiles : celui de faire du Québec un État pétrolier à l’image du Canada d’aujourd’hui? De plus en plus d’observateurs le pensent…

Une mobilisation qui ne s’essoufflera pas

À l’heure où nous devons nous orienter vers la « décarbonisation », certains désirent poursuive avec la culture des « mauvais terreaux »; avec la complicité de quelques-uns de nos élues et élus, en voulant faire jaillir du sol, par fracturation ou par forage en milieu marin, des hydrocarbures inexistants ou quasi inexistants. Tant d’acharnement à vouloir développer quelque chose de profondément nocif! Résumons brièvement la « sauce brune à la provinciale » : démantèlement de la Société québécoise d’initiative pétrolière (SOQUIP) et de la division Pétrole et Gaz d’Hydro-Québec; privatisation des droits d’exploration pour la modique somme de dix cents l’hectare; réveil citoyen partout le long du beau et grand Saint-Laurent; multitude de consultations publiques éparses sans pour autant répondre réellement aux exigences des citoyennes et des citoyens; exploration et exploitation des hydrocarbures encore encadrées par la Loi sur les mines; fracturation (hydraulique, propane, etc.) pour la recherche de gaz et de pétrole toujours légale; adoption du très frileux et permissif Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection qui balaie le règlement dit de « Saint-Bonaventure » adopté par plus de 70 municipalités; et finalement, absence d’un BAPE qui permettrait une analyse en profondeur des coûts en regard des bénéfices du déploiement invasif de l’ensemble de l’industrie des hydrocarbures non conventionnels provenant du sous-sol québécois, en tenant compte notamment de la notion de gestion intégrée des ressources.

Un déploiement tous azimuts

En premier lieu, rappelons certains faits de la réalité pétroéconomique canadienne. La vaste majorité des hydrocarbures qui s’y trouvent est de nature non conventionnelle, en l’occurrence les sables bitumineux et le pétrole de schiste. L’objectif de la politique canadienne est de doubler, voire de tripler la production des sables bitumineux d’ici 2030. Désenclaver la ressource tous azimuts est donc cruciale pour le gouvernement fédéral à la solde d’actionnaires, pour la plupart étrangers. De plus, quand on analyse, dans le cadre de l’ALÉNA, la clause de « proportionnalité », on comprend mieux pourquoi le Canada est étroitement lié à son voisin du sud. En fait, cette clause « assure aux États-Unis, en cas de crise énergétique ou de contraction de la production canadienne, le maintien du pourcentage de livraisons dont ils ont bénéficié durant les trois années précédentes ». Un pourcentage qui correspond non pas à notre production nationale d’hydrocarbures, mais à l’approvisionnement total, ce qui inclut donc nos importations en cette matière. Aussi paradoxal que cela puisse sembler, c’est en raison de cette clause que le Canada est l’un des rares pays à avoir sacrifié sa propre politique de sécurité énergétique… La belle affaire!

Le champ est libre : « all in Cacouna »

Sans pour autant refaire l’histoire de la saga de TransCanada que certains qualifient de « belugate », soulignons que vouloir implanter un terminal pétrolier en plein cœur d’une pouponnière de bélugas – ce qui n’aura vraisemblablement pas lieu – et à deux pas du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent en dit long sur la profonde influence des lobbys pétroliers sur nos représentantes et représentants politiques. Par ailleurs, il faut mentionner que TransCanada a tenté d’implanter son installation portuaire à Lévis, mais que la Ville a décliné l’offre. Peu importe l’endroit choisi le long du fleuve, on peut supposer que la compagnie pipelinière a misé le tout pour le tout en se disant que, grâce aux lois mammouth du gouvernement Harper (lois omnibus C-38 et C-45), il n’y aurait pas trop d’embûches… Rappelons également que tous les projets liés aux sables bitumineux qui se multiplient à une vitesse folle à l’intérieur de ce qui reste de « La Belle Province » (le projet Énergie Est de TransCanada, le projet d’inversion de la ligne 9B de la compagnie Enbridge, le projet Chaleur Terminals à Belledune, le terminal ferroviaire à Sorel et, indirectement, le projet de cimenterie à Port-Daniel alimentée au coke de pétrole) se situent essentiellement au sein de l’écoumène principal du Québec, c’est-à-dire les rives du Saint-Laurent. De porteurs d’eau à porteurs de pétrole? Non merci! Utilisons le « syndrome du castor » à bon escient : barrons la route à l’expansion des sables bitumineux!

Les pays riches de demain seront les moins dépendants aux hydrocarbures. De toute façon, leur exploitation n’entraînerait pas de baisses de prix à la pompe et ce pétrole ou ce gaz serait exporté sur les marchés internationaux sans que l’on puisse véritablement contrôler sa distribution et son prix. Le Québec ne doit pas régresser, mais avancer dans la bonne direction et cette direction ne se trouve pas dans les énergies fossiles. Un important chapitre de l’histoire du Québec est en train de se jouer. Resterons-nous assis en attendant gentiment les directives de l’Office national de l’énergie ou de quelque gouvernement réactionnaire ou allons-nous réveiller cette fameuse bête féroce de l’espoir qui sommeille en nous? À nous d’en décider!

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