Quel intérêt pour l’étude du territoire?

Les trajectoires de vie

Quel intérêt pour l’étude du territoire?

23 mars 2015 par 

Ce texte est publié dans le cahier spécial « Le GRIDEQ 40 ans de partage et de croisement des savoirs » publié pour souligner les 40 ans du Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional, de l’est du Québec (GRIDEQ).

Marco Alberio est professeur, département Sociétés territoires et développement UQAR.

Quand on traite des territoires et de leur développement on ne peut certainement pas négliger le rôle et la place des populations résidantes. La perspective privilégiée sera évidemment celle des groupes et des communautés, mais les personnes, avec leurs trajectoires individuelles et familiales, ont aussi une influence sur les territoires (une influence qui est réciproque). C’est dans cette perspective que, pour étudier entre autres les conditions et les besoins de populations spécifiques, nous partons des expériences et des trajectoires liées à trois niveaux: individuel, familial et communautaire.

Notre approche s’inspire de la théorie du parcours et des trajectoires de vie, selon laquelle le parcours de vie individuelle est composé d’un ensemble de trajectoires plus ou moins liées et influencées par les différentes sphères de l’existence : scolaire, professionnelle, familiale, etc.

Les parcours de vie sont donc étudiés d’une part sous l’angle individuel, en observant les trajectoires de chacun face aux divers éléments et acteurs extérieurs, de l’autre dans une perspective sociétale, en nous intéressant à la façon dont la société, à travers l’État, le système économique national et local et les institutions locales notamment, organise la vie des individus. Cependant, il ne faut pas oublier que l’individu n’a pas une attitude complètement passive, il est en fait capable de réinterpréter ce rôle et de le configurer autrement en vue d’un changement. Changement et amélioration qu’il peut aussi réaliser grâce aux initiatives sociales présentes sur son territoire. Ces activités deviennent des outils fondamentaux surtout dans des zones (urbaines ou rurales) marquées par une forte exclusion sociale.

Les trajectoires de vie et de carrière des individus sont fortement liées les unes aux autres, en particulier dans la même famille, mais également dans la communauté. Et cette influence est souvent réciproque. Cette approche nous paraît utile pour saisir l’interconnexion des trajectoires et l’influence que les trajectoires des individus peuvent exercer à plusieurs niveaux: familial, communautaire, régional, etc.

Dans mes travaux, j’ai pu appliquer, tester et renouveler cette approche dans plusieurs recherches et dans des contextes différents (en France, en Italie et au Québec). Tout d’abord, dans ma thèse doctorale portant sur les trajectoires des jeunes dans deux quartiers périphériques, en Italie et en France. Ce travail a consisté en l’analyse de parcours de jeunes avec l’objectif de repérer les mécanismes qui influencent les trajectoires sur le plan individuel, familial et local (le quartier et la communauté) et qui peuvent reproduire des phénomènes de pauvreté et d’exclusion sociale affectant les individus, la transmission familiale et l’effet des pairs dans le quartier. La particularité de cette étude a été d’interviewer les jeunes, mais également les parents et les grands-parents résidant dans le quartier, et ainsi d’être en mesure de reconstruire des trajectoires intergénérationnelles.

Au Québec, j’ai continué dans cette voie, en travaillant à l’ARUC sur la gestion des temps sociaux (Teluq) et en me concentrant davantage sur l’insertion socioprofessionnelle des jeunes dans trois quartiers populaires de Montréal. Mes intérêts de recherche se situant entre la sociologie économique, la sociologie du travail et le développement territorial m’ont amené, presque tout de suite après mon arrivée à l’UQAR en 2013, à diriger une recherche partenariale sur les trajectoires et les besoins des jeunes dans la région rurale de la Mitis, au Bas-Saint-Laurent. Cette étude m’a notamment permis de rentrer encore plus en contact avec les acteurs du milieu (organismes communautaires, institutions locales, etc.) et de faire de la recherche en partenariat avec eux, ici au Bas-Saint Laurent. Dans la recherche sociale appliquée, il y a la possibilité mais aussi le défi de toujours trouver un lien entre la pratique de la recherche et celle du milieu d’intervention.

Un défi stimulant que je partage avec tous mes collègues du GRIDEQ.

Pour en savoir plus

Alberio M., Tremblay D. G. (2014). Les entreprises d’insertion entre mission sociale, activité économique et relation avec le pouvoir public. Télescope. 20(1): 128-149.

Alberio M. (2014) « Growing up and living in a poor neighbourhood: a comparative on the neighbourhood effects in Paris and Milan », Sociologia Urbana e Rurale, (103) : 74-98.

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