L'Hécatombe libérale

L'Hécatombe libérale

23 mars 2015 par 

Qu’est-ce qu’une hécatombe? À l’origine, une hécatombe désignait, en Grèce antique, un sacrifice religieux de cent bœufs. Très tôt, le mot s’est étendu aussi à tout grand sacrifice, indépendamment du nombre de victimes et de l’animal. Photo : Marie-Neige Besner

Tyrannie ! ô monstre géant ! […] Agneaux, taureaux, boucs et colombes, Par centaines sacrifiés,Sont tes plus humbles hécatombes; II te faut des peuples entiers. – Pierre Dupont

Qu’est-ce qu’une hécatombe? À l’origine, une hécatombe désignait, en Grèce antique, un sacrifice religieux de cent bœufs. Très tôt, le mot s’est étendu aussi à tout grand sacrifice, indépendamment du nombre de victimes et de l’animal. Aujourd’hui, on l’emploie de plus en plus pour désigner le « massacre d’un grand nombre de personnes ».

Au nom du dieu « Finance »

Au Québec, le gouvernement libéral de Philippe Couillard est en train de réaliser une hécatombe : le sacrifice de milliers d’emplois au nom du dieu « Finance ». En effet, le Conseil du Trésor a décidé de mettre la hache dans des dizaines de services publics afin de diminuer l’implication de l’État dans l’économie québécoise, cela afin de générer le capital d’espace nécessaire à l’investissement des grandes institutions financières dans plusieurs secteurs traditionnellement investis par le « public ».

Des emplois et des régions sur l’autel sacrificiel

C’est ainsi que nous assistons à la déconstruction de nos services et à l’affaiblissement de nos réseaux à travers la suppression des organisations de concertation et de développement régional, telles que les conférences régionales des élus (CRÉ) et les centres locaux de développement (CLD), à la diminution des fonds d’investissement, tels que le Fonds de soutien aux territoires dévitalisés, à l’augmentation des tarifs de garde et d’hydroélectricité, à la tarification de services en santé et en éducation, et à la disparition des programmes d’aide, tels qu’Accès-logis et Rénovation Québec, pour ne nommer que ceux-ci.

Ces pertes, bien qu’elles soient dramatiques pour toutes les Québécoises et tous les Québécois, le sont encore davantage pour les populations établies en région, puisque les entreprises privées, surtout les grandes, n’ont pas intérêt à s’y établir, pour des raisons de transport, de densité de population et de réseaux d’affaires. Ce sont les programmes gouvernementaux et les organisations paragouvernementales qui les incitent à le faire malgré tout.

Les « anges » et les « knight » récupèrent le « cash »

Ces transformations majeures se traduisent par la privatisation des services publics au bénéfice des grandes institutions financières et par l’affaiblissement de la capacité de développement et d’investissements régionaux. Parmi les exemples flagrants de ce reconditionnement de l’État, il y a les investissements faits dans l’entrepreneuriat.

Alors que le gouvernement retranche 40 millions aux CLD et en transfère les responsabilités aux MRC, le fonds Anges Québec Capital accueille des investissements de 25 millions, et le Teralys Capital Fonds d’innovation S.E.C. reçoit des capitaux de 46,5 millions de dollars du gouvernement provincial.

Ainsi, alors que 40 millions de dollars étaient répartis dans les centaines de CLD du Québec et dans des milliers de projets choisis par des conseils d’administration locaux, 71,5 millions de dollars seront concentrés à Montréal et à Québec, dans les mains des « membres partenaires » du fonds Anges Québec et du Teralys Capital Fonds d’innovation.

Les Thérapeutique Knight, Banque Nationale, Desjardins et autres grandes entreprises seront les grands gagnants de ce reconditionnement de l’État, et les petites entreprises locales, familiales et solidaires en seront les grands perdants.

Alors que les dieux, les rois, les anges et les chevaliers du monde financiers récupéreront le « cash », nos communautés s’appauvriront. En parlant d’hécatombe, Pierre Dupont pensait probablement au sacrifice d’un peuple au bénéfice de la divine élite financière.

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