La recherche partenariale : un chantier pour cerner les enjeux de nouveaux savoirs

La recherche partenariale : un chantier pour cerner les enjeux de nouveaux savoirs

23 mars 2015 par 

Ce texte est publié dans le cahier spécial « Le GRIDEQ 40 ans de partage et de croisement des savoirs » publié pour souligner les 40 ans du Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional, de l’est du Québec (GRIDEQ).

Danielle Lafontaine est professeure associée UQAR.

Quels sont les contours de la recherche partenariale et pourquoi est-il important de s’y intéresser ? Qu’on fasse référence à la recherche partenariale, ou à la recherche participative ou collaborative, de nouveaux modes d’élaboration des savoirs sont en train de prendre forme. Ceux-ci indiquent l’importance cruciale des connaissances sur lesquelles les sociétés fondent de plus en plus leur économie, leurs politiques et des dispositifs de décision et d’action pour faire face à des défis socio-économiques, politiques et environnementaux très graves et très complexes.

En 2002, le Conseil supérieur de l’éducation du Québec rendait public un avis : « Les universités à l’heure du partenariat », soulignant la croissance d’activités partenariales dans tous les domaines d’études. Au Québec, dès 1992, un organisme de soutien à la recherche, le Conseil québécois de la recherche sociale (CQRS), invitait des équipes en partenariat à soumettre des projets dans les domaines de la santé et du bien-être. À partir de 1999, le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada instituait un programme d’Alliances de recherche universités-communautés (ARUC) ayant renforcé l’intérêt pour la recherche partenariale (Gilet et Tremblay 2011).

À l’UQAR, au GRIDEQ (Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement, de l’Est du Québec, fondé en 1974), bien avant que la recherche partenariale ne devienne en vogue, les chercheuses et les chercheurs ont sollicité la contribution d’acteurs ou d’organismes externes à l’université pour le développement d’activités de production de connaissances et leur diffusion. Dès 1975, le colloque « La problématique du développement en milieu rural » permit de croiser les analyses des chercheurs avec celles d’acteurs impliqués dans des organismes communautaires. Bien d’autres projets de recherche et d’activités collaboratives ont par la suite été réalisés. Des projets furent lancés par les chercheuses et les chercheurs et d’autres partirent de demandes pour cerner des sujets interpellant ou inquiétant les populations (la migration des jeunes, la violence conjugale, le devenir des villages ruraux ou de services publics, l’acceptabilité sociale de projets énergétiques, les usages des TIC, les changements climatiques, etc.).

En participant aux enquêtes, colloques et séminaires, comités de suivi, les partenaires ont fourni des expertises contribuant directement aux démarches de recherche : définition d’aspects des problèmes, aide à la conception d’outils, participation à la formulation d’analyses ou d’avenues d’action, participation à des activités de diffusion et de transfert tout au long de certaines recherches. Ces projets ont impliqué des efforts de conceptualisation ainsi que d’observation, la théorisation plus générale du développement territorial autant que la connaissance plus fine pouvant ainsi conjointement progresser. Beaucoup ont visé à mieux connaître des réalités existantes, à comparer également des situations bas-laurentiennes avec celles d’autres territoires non métropolitains ou centraux, mettant en évidence des spécificités. D’autres projets ont porté sur des réalités émergentes ou expérimentant concrètement de nouvelles façons de faire. Des recherches furent assez proches de la recherche classique (quantitative ou qualitative), tandis que d’autres ont été plus près de la recherche « action », poursuivant des objectifs d’augmentation des connaissances, mais aussi de réinvestissement de celles-ci dans des pratiques ou des interventions. Certaines recherches des dernières années (dont celles autour de la Politique nationale de la ruralité et celle sur des expériences de laboratoires vivants ou Living Labs) ont intégré des activités explicites de co-construction de connaissances. Dans ces cas, les savoirs des chercheurs et ceux des partenaires ont été reliés et mis en concordance, permettant la conception conjointe de grilles d’observation et d’analyse reposant sur des connaissances « hybrides » inédites.

La recherche partenariale et un ensemble de pratiques nouvelles de construction et de diffusion de savoirs nous forcent à nous interroger sur notre vision de la science et ses rapports aux contextes plus larges sur lesquels elle prend appui et qu’elle influence. Quels sont les critères d’une recherche ou d’une expertise valide et valable à laquelle on peut se fier pour faire face aux défis les plus cruciaux de notre temps? Si elle interpelle toutes les disciplines, la recherche partenariale demeure un chantier à mieux baliser pour comprendre une science en train de se faire et ses enjeux. Un colloque « Diversité des pratiques de la recherche partenariale : contours et limites » est d’ailleurs prévu durant le Congrès de l’ACFAS qui doit se tenir à l’UQAR en mai 2015 sous la thématique « Sortir des sentiers battus ».

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