dernier numéro

VOL XXVII No 1, septembre-octobre 2021 Suzanne Tremblay

On se les gèle! Amen!

On se les gèle! Amen!

13 février 2015 par 

Dans cette section, le rédacteur en chef du Mouton Noir, Marc Simard, partage avec les lecteurs ses coups de gueule, des textes coup de cœur de collaborateurs et encore plus…

Cette semaine, Marc vous invite à lire le texte de Guy Therriault de Lévis sur ces personnes au gouvernement du Québec qui se déclarent éclairées et infaillibles…

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Il fait moins 26 Celsius au thermomètre, moins 39 avec le facteur éolien, dit-on, ce qui démontre qu’un vent de folie peut avoir des effets dévastateurs. Si je me console en me disant qu’il n’y a pas de maringouins ni de mouches noires, c’est un avantage qui n’en est peut-être pas vraiment un… Qu’est-ce qui fait le plus de dégâts? Qu’est-ce qui coûte plus cher en fin de compte? Qu’est-ce qui est le plus nuisible à terme? Non mais… Qui sont ces gens qui se donnent le droit de geler également « notre » Assemblée nationale? Le bâillon vient en effet endeuiller une fois de plus le droit de parole, le droit de demander des explications, le droit de s’opposer à la centralisation de tous le pouvoir entre les mains de quelques personnes qui se déclarent éclairées et infaillibles… On a déjà vu ce que ça donne dans le passé, l’infaillibilité du Pape notamment qui a engendré tant de misère, dont la Grande inquisition. Aujourd’hui l’infaillibilité prétendue des Imams qui disent aux fidèles jusqu’à comment aller aux toilettes sans offenser le Prophète… Non mais… Qui sont ces gens qui s’accaparent du pouvoir d’une assemblée représentant la population globale alors qu’ils n’ont été mis là que par une minorité, manipulée ou achetée, qui a voté pour eux? Qui sont ces gens qui balaient ainsi le processus démocratique du revers de la main pour conserver entre les leurs, pas nécessairement toujours très propres, le pouvoir? Non mais… Ce sont pratiquement la Sainte Trinité! Couillard le Père, Barrette le Fils et Bolduc le Saint Esprit! On se rappelle ici le commentaire bien connu à l'effet que dans leur lieu de travail, les hôpitaux, la hiérarchie était que tout le monde est en dessous du docteur : le médecin d’abord, Dieu ensuite… Ce rappel un peu comique d’une époque qu’on pensait révolue revient-il nous hanter aujourd’hui? S’il est vrai de dire que sous le couvert de l’humour se cache souvent une part de vérité, il semble bien à présent que cette « part de vérité » cherche à refaire surface. Il ne faut toutefois pas penser que ce sont les médecins globalement qui manifestent un tel recul. Loin de là puisque eux aussi sont « attaqués » par le triumvirat des assoiffés de pouvoir susmentionnés. Non mais… Qui est le Père! L’ancien ministre de la Santé qui trouvait alors que ça n’avait pas de bon sens de modifier radicalement les structures du réseau mais qui appuie aujourd’hui la position parfaitement contraire de « son » ministre de la santé. Le docteur aux affiliations plus que douteuses, notamment avec une personnalité aujourd’hui emprisonnée à l’étranger, ce dont il ne faut toutefois pas parler car le Père a mis le « poing sur la table » en menaçant littéralement les journalistes qui voudraient lui poser des questions sur cette relation. Bravo pour la liberté de la presse et pas de compliments à faire non plus au monde journalistique qui s’est « écrasé » sous la menace du Père… Un « docteur »… Non mais… Qui est le Fils? L’ancien candidat conservateur, de droite, vire-capot de la Coalition avenir Québec. Ne voyant pas la possibilité de se faire élire pour s’approcher du pouvoir qu’il voulait tant, il change de parti politique pour se retrouver dans celui qui n’a de libéral que le nom et tout le reste d’un conservatisme à faire « rougir » le véritable conservateur qui gère au niveau fédéral. Le Fils est aussi celui qui a représenté les intérêts des médecins spécialistes auprès de ceux qui sont devenus aujourd’hui ses nouveaux collègues avec qui il est prêt sans vergogne à « mettre au pas » ses commettants de l’époque. Ce n’est certes pas la première fois qu’un élu, un ministre, voire un premier ministre « parle des deux côtés de la bouche », il y a de nombreux précédents tant au parti Libéral du Québec que dans les autres partis et aux autre niveaux politiques. Mais force est de constater que le Fils a une telle soif de pouvoir qu’il parvient à convaincre, sinon il l’écrase, toute forme d’opposition à « son » point de vue. Il détient non seulement le pouvoir, mais le savoir, la science infuse! Un « docteur »… Non mais… Qui est le Saint Esprit? L’ancien ministre de la santé qui, à l’instar du Père, ne trouvait pas à l’époque qu’il était nécessaire de changer les structures de façon radicale pour améliorer les services. S’il appuie aujourd’hui son collègue le Fils, c’est plutôt silencieusement car il évite de trop se faire voir car il doit aussi maintenant centraliser le pouvoir entre ses mains dans un autre ministère, l’Éducation cette fois. En cela, il suit l’exemple du fils avec l’appui du Père. Toujours député entre ses deux mandats de ministres, il a exercé sa profession de médecin en faisant preuve de son désir insatiable d’enrichissement personnel, percevant des sommes de plusieurs milliers de dollars pour prendre en charge des patients à titre de médecin de famille, toute personne raisonnable sachant fort bien qu’il ne pourrait pas assumer cette responsabilité compte tenu du contexte de l’époque d’un gouvernement minoritaire dont il était dans l’opposition. Faisant pratiquement fi de l’opinion publique, public qu’il prend sûrement pour des « sans-génie », il refuse d’abord de rembourser les montants perçus dans les coffres publics et déclare qu’il va plutôt faire des dons à des organismes de charité, et ce pour une partie seulement de montants impliqués. Ce qui signifie qu’il aura ainsi droit à des crédits d’impôts, donc à un remboursement des sommes qu’il aura ainsi et soi-disant « remboursées »… Un « docteur »… Non mais… Qu’est-ce qui fait le plus mal? Le gel ou les piqûres de maringoins? Le bâillon ne fait pas que geler le débat sur un projet majeur de restructuration, voire de remise en question d’un des joyaux issus de la Révolution tranquille, il gèle le droit d’expression et, à terme, l’exercice de la démocratie. Cette dernière est toujours mise à mal lorsque le projet de loi qu’on enfonce dans la gorge de tout le monde répond aussi clairement à l’autorité qui s’affirme en appliquant l’adage connu : « Diviser pour régner »… Le triumvirat, ou la Sainte Trinité, ou la « doctocratie » (ou …crassie peut-être?), avec ses serviteurs du pouvoir, de l’entreprise privée et de l’argent aura-t-il raison de la solidarité sociale et de la volonté d’une population qui écrase sous les diktats de l’« Empire »? Non seulement la façon d’agir est inacceptable, mais elle risque de provoquer une rupture de la paix sociale car à force de se faire écraser, l’esclave se révolte… Le philosophe Hegel a d’ailleurs bien cerné la situation il y a plus d’un siècle et demi avec sa «Dialectique du maître et de l’esclave», le dernier finissant toujours par retourner la situation en sa faveur. Non mais… Qu’est-ce qui me prends ce matin de me lancer dans pareil discours? Un simple « réchauffement » pour lutter contre le gel en attendant que ça chauffe véritablement comme cela est plus que prévisible face à cet état de fait : nous vivons une perte de démocratie qui ne doit pas être acceptée! En passant, je veux un État laïque, donc pas question de laisser régner une « Sainte Trinité »!

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