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VOL XXIV No. 2 Éducation et solidarité internationale

Des Planches qui ne passeront pas inaperçues

Des Planches qui ne passeront pas inaperçues

17 janvier 2015 par 

Il faut souligner, événement rare dans le (moins en moins) petit monde de la bande dessinée québécoise, la sortie d’une nouvelle revue consacrée au neuvième art, au très joli titre de Planches. Sandra Vilder et Émilie Dagenais, fondatrices et rédactrices en chef de Planches, ambitionnent de « faire découvrir l’étendue des talents de notre province ». Leur revue se veut un espace de diffusion de la création en bande dessinée et doit être saluée à ce titre.

Avec une bonne vingtaine d’auteurs au sommaire, certains connus, d’autres moins, Planches est un mélange, bigarré mais cohérent, de thèmes, de genres de récit et de styles de dessin. Rien à voir, donc, avec les revues humoristiques qu’on trouve au dépanneur du coin, plus ou moins destinées à être lues dans ce qui constitue la demie d’un « quatre et demie » (ce qui n’enlève absolument rien à ces revues).

Au fil des pages, on retrouve de la fiction, surtout. On y trouve des coups de cœur : le très beau récit de Vincent Giard, les petites perles de Laurine Lesaint, de Guillaume Pelletier et de Bado (le caricaturiste du journal Le Droit). Des œuvres très fines, sensibles, poétiques.

Planches propose également des « chroniques thématiques », qu’on annonce récurrentes. « Les deux filles de Planches », comme elles se surnomment elles-mêmes, ont la volonté affichée d’encourager la bande dessinée à traiter de sujets qu’elle aborde moins fréquemment : la politique, la science, l’histoire de l’art, la sexologie, la bouffe. Certaines chroniques sont plus personnelles, alors que d’autres sont de sympathiques, mais moins créatives, capsules pédagogiques de type « Le saviez-vous? ».

À travers tout ça, on retrouve aussi, autre rareté à souligner, des récits à saveur sociopolitique qui traitent de l’actualité plus ou moins récente (les coupes à Radio-Canada, les restrictions légales au droit de manifester). Ici, le défi n’est pas simplement de parler de l’actualité, mais de montrer comment on peut développer, par la bande dessinée, une réflexion originale sur l’actualité. Ce qui est réussi. On en prendrait davantage.

Si on trouve de tout dans ces Planches, tout ne plaira pas à tout le monde, forcément. Et c’est bien comme ça : c’est précisément en cherchant à plaire à tout le monde qu’on finit par passer inaperçu. Il demeure que, dans l’ensemble, l’audace pourrait être poussée un cran plus loin. Planches ne prétend pas être une revue d’avant-garde, mais pourrait tout de même oser davantage. Il faut dire que l’influence de certains auteurs de bande dessinée connus (des blogueurs BD notamment) pèse lourd. À quelques reprises, on a la drôle impression d’avoir déjà lu ça quelque part. Mais peu importe : tout est mis en place pour que cette revue constitue un espace de création et de diffusion incontournable et essentiel à la bande dessinée québécoise.

Et de toute façon, à cinq dollars l’exemplaire pour la version numérique (20 dollars pour la version papier), il n’y a pas de raison de se priver. Le lecteur un peu curieux y découvrira forcément des auteurs qu’il aimera. Qu’on se rue sur ces Planches!

(Encore aucun point de vente au Bas-Saint-Laurent.)

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