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Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

Au pays d’Alice…

Ibrahim Maalouf et Oxmo Puccino

Au pays d’Alice…

17 janvier 2015 par 

Ibrahim Maalouf et Oxmo Puccino, Au pays d’Alice…, 2014.

Qui n’a jamais entendu parler du conte de Lewis Carroll et des aventures de l’insouciante Alice dans son pays des merveilles? Ce mythe moderne a bercé l’imaginaire de plusieurs générations et fut l’inspiration de nombreux artistes : Serge Gainsbourg, Jefferson Airplane, The Beatles, Walt Disney, Tim Burton et bien d’autres. En ce début d’année, c’est au tour d’Ibrahim Maalouf et d’Oxmo Puccino de nous inviter à suivre le lapin blanc…

Avant de partir pour le pays d’Alice, attardons-nous quelques instants aux membres de cet étonnant duo qui ouvre à son tour la porte vers cette œuvre énigmatique de la littérature anglaise.

Ibrahim Maalouf est trompettiste, compositeur et arrangeur franco-libanais. Il a été initié très tôt par son père, le trompettiste Nassim Maalouf, aux grandes œuvres classiques en même temps qu’à l’art de l’improvisation et à la musique modale arabe. Son œuvre florissante se caractérise par le métissage de nombreuses influences, l’UNESCO l’a présenté comme « jeune artiste œuvrant pour le dialogue interculturel entre les mondes arabe et occidental ».

Oxmo Puccino, quant à lui, est un rappeur français né au Mali. Sa plume caractéristique emprunte autant à la musique urbaine qu’à un style qui s’apparente à la poésie classique, auquel se mêlent métaphores et aphorismes bien sentis, ce qui lui a entre autres valu le surnom de « Black Jacques Brel ».

Le duo n’en est pas à son premier voyage au pays des merveilles, puisque le projet autour d’Alice est d’abord venu d’une commande du Festival d’Île de France en 2011 en vue d’une unique représentation. Plus de trois ans plus tard, Au pays d’Alice… est devenu un album concept né de la volonté de présenter le projet à un large public.

Au fil de l’écoute, on découvre le pays des merveilles, on progresse dans l’absurde.

Le conte musical s’ouvre sur une introduction instrumentale qui annonce la couleur de l’album : les sonorités seront métissées et riches. Une guitare électrique inaugure cette première pièce dans un arpège minimaliste avant de s’effacer peu à peu devant les orchestrations de cordes et de percussions. Dans un même temps s’élève un chœur de voix féminines qui se révélera être un des leitmotives du reste de l’album. C’est ensuite au tour d’Oxmo Puccino de revêtir son habit de poète pour revisiter la course d’Alice et du lapin blanc sous un nouvel angle : celui de la séduction. On comprend alors que le conte est un véhicule que le rappeur utilise pour voyager au gré de ses thèmes de prédilection. L’Alice dont on nous décrit les aventures est-elle de Carroll ou de Puccino? Le temps de tenter une réponse, la composition d’Ibrahim Maalouf nous rattrape et nous surprend dans un virage stylistique qui nous emmène dans des registres imprégnés de jazz et de gimmicks funk, délaissant parfois la composition classique pour des rythmes plus spontanés qui mettent en valeur l’étroite complicité du duo.

Au fil de l’écoute, on découvre le pays des merveilles, on progresse dans l’absurde de ce conte qui perd peu à peu son sens littéral. Au comble de la désorientation, Oxmo livre une clé sous la forme d’un adage : « Occupez-vous du sens, les mots s’occupent d’eux-mêmes. » Un bel hommage à ce mythe imaginé pour la jeune Alice Liddell en 1862 et qui trouva sa place quelques années plus tard dans les bibliothèques des plus grands.

Telle une invitation à replonger dans les jeux de l’enfance, où la raison importe peu devant le pouvoir évocateur et symbolique de l’imaginaire, cet album concept porte un peu plus loin ce mythe sans âge où l’auditeur est amené à se perdre une fois de plus Au pays d’Alice…

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