« 100 coups de fouet si vous n’êtes pas morts de rire! »

« 100 coups de fouet si vous n’êtes pas morts de rire! »

17 janvier 2015 par 

J’ai lu des kilomètres d’articles dans tous les médias à propos de Charlie Hebdo. Les jours qui ont suivi l’assassinat, je n’ai fait que ça. Le rédacteur en chef du Mouton Noir l’a senti. Ils ont l’odorat développé ces p’tites bêtes-là. Il m’a écrit pour me demander de pondre un texte sur Charlie Hebdo ou un truc sur la liberté d’expression, mais sans dépasser les limites : « Fred, je te connais. T’es le genre de cabotin niaiseux qui, juste pour tester la liberté d’expression, voudrait bénir tous les prophètes de toutes les religions en leur donnant des coups de quéquette sur la tête et en les baptisant de ton saint sperme. Je ne doute pas qu’il soit délicieux ce sacro-jus, mais conserve-le pour d’autres occasions. Donc, pas d’allusions sexuelles, pas le droit de dire que Jésus est gai et crissement bandant avec ses gougounes, que Mahomet cache ses vieux kleenex plein de morve sous son turban, que le Pape est à la tête d’une secte de pédophiles gentils, que l’Église de scientologie est contrôlée par des Klingons trisomiques, que Bouddha fait la promotion de l’obésité morbide ou encore que tomber face première avec des boudins frisés tights te fait rebondir sur tes pattes. »

Je lui ai répondu que je ne suis pas cave et que je n’allais pas écrire ça dans les pages de son petit journal déficitaire lu par une poignée de Rimouskois gau-gauches. Je suis respectueux. Je connais exactement les limites de la liberté d’expression. Je sais faire la différence entre liberté et stupidité, je ne travaille pas chez Radio X. D’ailleurs, Imodium devrait commanditer Radio X pour soulager la diarrhée verbale. La seule limite à la liberté d’expression, c’est la rigueur intellectuelle. « Je suis soulagé mon Fred, merci. » De rien. En plus, je suis justement en train de regarder un documentaire sur le procès des caricatures de Charlie Hebdo en 2007. Mais je suis fâché, les médias des derniers jours m’ont volé le punch du film : y meurent à fin!

Heureusement nous avons des leaders d’opinion pour nous aider à voir clair dans les événements. Je pense notamment à Jean Tremblay, le maire de Saguenay aussi allumé qu’une panne de courant, qui a mis la tuerie sur le compte du diable. Ou encore à François Legault, qui a demandé l’aide de Carrie Mathison, un personnage d’une série américaine. J’imagine bien Sophie Durocher écrire sur Twitter : « à soir je me verse du vin français sur les seins, les cheveux au vent et une DivaCup sur la tête en comptant le nombre de sacres dans le Charlie Hebdo. » Richard Martineau va sûrement remettre sa burqa bleue pour aller courir dans les rues de Paris, en criant l’écume aux lèvres et en CAPS LOCK : « LIBERTÉ! ». Tous ces joyeux lurons ont le droit de parole. Mais comment peut-on les écouter pour autre chose que rire de leur gueule? Rassemblons l’amour qui nous reste et rions.

Il y a aussi certains groupes politiques qui récupèrent la tragédie à leur avantage et l’instrumentalisent. Le Parti conservateur votera de nouvelles lois liberticides. Quand Stephen Harper dit qu’il faut défendre notre liberté d’expression et notre liberté de presse, son hypocrisie fait écho dans la bibliothèque scientifique vide de l’Institut Maurice-Lamontagne. En 2010, le Prix de la noirceur lui avait été décerné par 600 journalistes québécois. Harper qui défend les libertés, c’est comme nettoyer d’ la marde en pissant dessus.

De l’autre bord de l’océan, c’est pire. Comme on pouvait le lire dans Le Devoir : « Les partis européens d’extrême droite et anti-immigration profitent de l’attentat. » Depuis, plusieurs mosquées ont été vandalisées et on craint une montée de la haine. On se rend vite compte que les premières victimes des extrémistes sont les membres des communautés musulmanes.

Choisis ton camp. Avant d’assassiner le policier musulman par terre, l’un des terroristes s’est écrié : « On a vengé le prophète Mahomet! » Avant de bombarder l’Irak, Bush s’est écrié « Dieu est avec nous. » Si j’ai écrit tout ça, c’est pour empêcher que le silence tombe sur une société démocratique (en apparence) et qu’il profite à la terreur. Si je dois absolument choisir un camp, je choisis le rire de la peur. Rions fort!

- Ironique que des caricaturistes soient tués par des sans dessins.

- Qu’est-ce que ça fait des caricaturistes troués de balles? Du sang d’encre.

- Y paraît que face au nombre record de ventes de Charlie Hebdo après la tuerie, le rédacteur en chef du magazine Safarir aurait envoyé à Al-Qaïda l’adresse de ses bureaux.

Ah oui. Évidemment, je n’étais pas toujours d’accord avec Charlie Hebdo. De toute façon, souvent, je ne suis même pas d’accord avec moi-même.

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe