Maintenir les efforts en matière de sécurité alimentaire

Maintenir les efforts en matière de sécurité alimentaire

8 novembre 2014 par 
Dans cette section, le rédacteur en chef du Mouton Noir, Marc Simard, partage avec les lecteurs ses coups de gueule, des textes coup de cœur de collaborateurs et encore plus… Cette semaine, Marc vous invite à lire un texte de Sophie Lajoie de Rimouski sur la nécessité de maintenir les efforts en matière de sécurité alimentaire. ——————

Selon le Sommet mondial de l’alimentation de 1996, « La sécurité alimentaire est assurée quand toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine. » Plus près de nous, dans le cadre de la démarche de l’Alliance pour l’inclusion et la solidarité sociale de Rimouski-Neigette, le comité sécurité alimentaire a été créé en novembre 2012 afin de traiter les besoins liés à l’alimentation et de recommander des projets visant une plus grande sécurité alimentaire. Parmi tous les besoins nommés dans le portrait régional produit dans le cadre de l’Alliance, des besoins transversaux favorisant le respect de la dignité des personnes ont été identifiés : éviter la stigmatisation et l’étiquetage des personnes, favoriser la mixité sociale dans les services offerts et favoriser l’accès de toutes et de tous dans les services, en tenant compte des groupes plus vulnérables (par exemple, les personnes à mobilité réduite) dans la mise sur pied de différentes initiatives.

Stratégies d’aide à court terme

Si nous considérons la sécurité alimentaire dans un continuum, arrivent en premier lieu les stratégies d’aide à court terme, c’est-à-dire l’aide ponctuelle, comme le dépannage alimentaire, les soupes et les repas offerts à faible coût, les popotes roulantes. Mais force est d’admettre que ces services ont de la difficulté à répondre à la demande. Chez Moisson Rimouski-Neigette, par exemple, le nombre de dépannages alimentaires est passé d’une moyenne mensuelle de 277 à 419 en cinq ans (2009 à 2014). Loin d’être composée uniquement de prestataires de l’aide sociale, la clientèle de Moisson comprend des travailleuses et des travailleurs à salaire minimum, des saisonniers ou des contractuels, des familles dans le besoin, et près de 70 % sont des personnes qui habitent seules. Quand on sait qu’à Rimouski, 75 % des résidents dépensent plus de 30 % de leur revenu pour se loger, il n’est pas surprenant que l’aide de dernier recours, le dépannage alimentaire, soit devenue pour plusieurs un « abonnement ».

Développement des capacités individuelles et communautaires

Afin de contribuer à développer une meilleure sécurité et une meilleure autonomie alimentaires dans la MRC, plusieurs initiatives ont été mises sur pied et soutenues par le comité sécurité alimentaire de l’Alliance : une aide financière au projet des Maraîchers du cœur en 20131, le projet « Mijotons, mijotés! » de l’Office municipal d’habitation, qui offre des ateliers de cuisine collective aux aînés à faible revenu; le projet « Les cuisines en action » de la Maison des familles, qui bonifie l’offre de cuisine collective actuelle dans la MRC tout en faisant l’achat de matériel adapté afin de permettre aux personnes vivant avec un handicap physique de participer aux ateliers et, finalement, le projet « Vers une plus grande sécurité et autonomie alimentaires » de Moisson en collaboration avec l’Accorderie, un organisme d’échange de services.

Ce dernier projet, né de la concertation de citoyennes et de citoyens engagés et du soutien d’organismes, permet de développer des programmes d’éducation et d’autonomie alimentaires, par exemple un groupe d’achats (à l’Accorderie), des ateliers éducatifs offerts en collaboration avec l’agente de prévention des saines habitudes de vie au CSSS et La Caravane du goût (COSMOSS), et l’élaboration d’un bottin des ressources en sécurité alimentaire. Mais si les besoins et les idées de projets sont nombreux, qu’en est-il du financement et de la pérennité de ces initiatives?

Stratégies de changement au sein du système

Les initiatives développées permettent une plus grande accessibilité aux services et favorisent l’autonomie, mais nous pouvons toutefois nous questionner à propos du désengagement de l’État, du sous-financement des organismes et des services, et des mesures mises en place pour favoriser une plus grande solidarité et une plus grande inclusion sociales. En ce sens, les fonds de l’Alliance peuvent également être critiqués : s’il est intéressant que les acteurs locaux puissent eux-mêmes identifier les besoins et les projets à développer et à financer, qu’en est-il des projets structurels au niveau national? Selon le Collectif pour un Québec sans pauvreté, « l’atteinte d’un Québec sans pauvreté et riche de tout son monde passe prioritairement par l’amélioration du revenu des personnes les plus pauvres, qu’elles aient ou non un emploi rémunéré, et par la protection et l’amélioration des services publics, et ce, de façon à rendre effectifs les droits humains ». Ce n’est qu’en se sortant de l’état de survie créé par la pauvreté et l’exclusion sociale que les initiatives et les projets mis sur pied prennent tout leur sens.

  1. Le projet des Maraîchers du cœur n’a pas été relancé en 2014 en raison d’une réponse négative du principal bailleur de fonds.
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