Un festival d'éducation « popul'ère » et politique

Échofête 2014

Un festival d'éducation « popul'ère » et politique

20 septembre 2014 par 

La trame qui tisse le premier festival environnemental au Québec est celle d’une éducation « popul’ERE » qui s’appuie sur la reconnaissance de la réflexion et de la capacité d’action des individus dans une démarche écocitoyenne. Photo: Raymond Beaudry.

Le festival environnemental et culturel Échofête a été créé en 2002 à Trois-Pistoles à la suite d’une mobilisation populaire contre le projet d’une minicentrale hydroélectrique sur la rivière Trois-Pistoles. Si ce mouvement défendait la protection de la rivière et sa mise en valeur à des fins récréatives, il remettait également en question les intérêts politiques et financiers derrière le projet hydroélectrique. L’occupation des lieux qu’a entraînée cette mobilisation durant plusieurs semaines a permis de créer un espace de rassemblement où les individus partageaient, dans une ambiance festive, leurs connaissances et leur réflexion sur l’avenir du développement local et l’exploitation des ressources.

Depuis la création du festival en 2002, les organisateurs et les organisatrices ont réussi à ficeler avec peu de moyens un festival qui au fil des années a atteint une maturité : il sait doser de manière sereine les activités familiales, festives, culturelles et populaires, et accueille la population qui est invitée à participer, à partager et à débattre de l’avenir de nos sociétés. Un festival qui relève de l’éducation « popul’ERE! » pour dire et affirmer que l’ère du temps joue dangereusement avec les limites de la planète et a un sérieux besoin de refondre la démocratie.

C’est dans cet esprit bien politique que le festival a ouvert ses portes cette année avec la présence du metteur en scène Dominic Champagne venu présenter son documentaire Anticosti : la chasse au pétrole extrême dans lequel il donne la parole aux gens de l’île sur le projet pétrolier, mais aussi à des universitaires dont la réflexion prolonge celle de Champagne sur les risques financiers et écologiques d’un tel projet et sur la nécessité d’une transition énergétique pour sortir de l’âge du pétrole. Le documentaire insiste également sur le fait que nous sommes à l’ère des choix individuels et collectifs afin de poser des gestes qui nous éloigneraient des hydrocarbures.

La table était donc mise pour le lancement de la douzième édition d’Échofête afin de redire que la question écologique est celle qui structure l’ensemble des enjeux de société et que le développement des hydrocarbures met en danger la vie de la nature et la vie humaine. Le festival a bien traduit les préoccupations locales et régionales concernant le pétrole avec l’atelier Révolution citoyenne pour le respect des limites de la terre pour revendiquer un nécessaire virage écologique et une responsabilité citoyenne engagée dans des projets alternatifs. Un autre atelier, Transition dans le Bas-Saint-Laurent, faisait appel à l’imagination pour réfléchir à la pacification de nos luttes afin de renverser la part démesurée octroyée au financement des hydrocarbures par rapport aux faibles sommes réservées aux énergies renouvelables.

C’est toujours avec une intention d’éducation « popul’ERE » que le festival a présenté le documentaire Le prix des mots qui relate le parcours courageux d’Alain Deneault, philosophe et auteur du livre Noir Canada, qui a dû subir une insoutenable poursuite judiciaire pour avoir dénoncé la présence et les abus des minières canadiennes en Afrique. La projection a été suivie d’une discussion où l’on a souligné la difficulté de prendre la parole et de défendre ses opinions quand on risque de se retrouver avec une poursuite-bâillon. Rappelons que cette stratégie judiciaire a été utilisée par Pétrolia contre Hugo Latulippe, écologiste et porte-parole de la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine. On a également proposé de soutenir la municipalité de Ristigouche-Partie-Sud-Est en Gaspésie, aux prises avec une poursuite judiciaire de 1,5 million de dollars intentée par Gastem en raison d’un règlement sur la protection de l’eau potable qui visait à éviter le risque de contamination des eaux souterraines lors des travaux d’exploration de projets pétroliers.

D’autres activités ont alimenté les discussions, dont une rencontre pour la préparation d’un campement autogéré afin de poursuivre la réflexion et les actions sur la lutte contre les hydrocarbures, mais aussi sur les pratiques fondées sur le principe de l’autogestion, de projets coopératifs et sur le comment vivre ensemble quand on tient compte des incontournables rapports de genre et de classe. Des thèmes qui faisaient également partie du spectacle Le trio d’enfer du collectif Unité théâtrale d’interventions locales (UTIL) où le conte, la musique et le dessin en direct se conjuguent pour dénoncer dans un langage ludique les vautours de ce monde.

Si le festival Échofête accorde une place importante au volet spectacle, il n’en demeure pas moins que la trame qui tisse le premier festival environnemental au Québec est celle d’une éducation « popul’ERE » qui s’appuie sur la reconnaissance de la réflexion et de la capacité d’action des individus dans une démarche écocitoyenne afin de mieux vivre ensemble. Tel est le sens de l’éducation et du politique du festival Échofête.

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