S’endetter ou « s’hypothéquer »

Témoignage

S’endetter ou « s’hypothéquer »

20 septembre 2014 par 

Quels chanceux sommes-nous, étudiants québécois, d’avoir le système d’aide financière le plus généreux au monde! Notez le sarcasme! On nous désinforme en chantant les louanges d’un système qui, au fond, marche aussi bien qu’un meuble Ikea auquel il manque des vis. Ce système est un énorme filet trop troué et les rares chanceux qui réussissent à s’y accrocher ne sont pas nécessairement ceux qui en ont le plus besoin.

Si on tente de comprendre les calculs sous-jacents au montant de nos prêts, on remarque que beaucoup d’erreurs mènent les étudiants à un endettement astronomique qui va à l’encontre de la mission première de l’aide financière aux études (AFÉ). Je préfère croire qu’il s’agit d’erreurs plutôt que de manigances pour éviter des frais à l’État. En 1974, sous le joug du gouvernement Bourassa, la Loi sur l’aide financière aux études est révisée et on y ajoute un passage (qu’on semble avoir oublié) : « Aucune personne ne doit se voir interdire l’accès aux études supérieures en raison de l’insuffisance de ses ressources financières. » Autrement dit, même le gouvernement en grande partie responsable de la Crise d’octobre reconnaît le caractère essentiel des études supérieures et se montre en faveur d’un investissement massif dans l’éducation. Pourtant, en 2014, on en est à un point où nous avons deux choix en tant qu’étudiant : soit on s’endette, soit on « s’hypothèque ». Certains étudiants, pour arriver à payer leurs frais de subsistance, doivent hypothéquer leur santé en travaillant comme des forcenés.

Rien ne vaut un appel directement aux services gouvernementaux pour comprendre les calculs qui déterminent la valeur des prêts étudiants. Et vous vous en doutez bien, le pion qui a répondu à mon appel m’a parlé comme le parfait petit porteur de la langue de bois. Premier fait alarmant : une pension alimentaire supérieure à 100 $ par mois est considérée comme un revenu et entrera dans la contribution de l’étudiant. Une telle pension revient à trois dollars par jour. Un pot de purée pour bébé coûte environ un dollar, après trois repas : les trois dollars sont partis en fumée. Je ne calcule pas les couches, les vêtements, la garderie, le lait maternisé, etc. Comment peut-on sciemment priver un enfant de l’argent qui lui est destiné? Parce que oui, cet argent lui est destiné, il ne constitue pas un revenu pour le parent qui étudie. Notre gouvernement, dans sa grande générosité, ne tient pas compte de ce fait révoltant.

Second fait alarmant : tout revenu imposable du parent ou du tuteur d’un étudiant compte dans le calcul. Un jeune étudiant m’a confié que son père, qui était reconnu invalide, avait dû retirer près de 50 000 $ de ses REER pour payer sa maison, ce qui est considéré comme un revenu imposable. L’AFÉ a donc pris en compte que le parent de ce jeune avait eu un revenu excédant 50 000 $ et, de ce fait, l’étudiant n’a pas reçu d’aide financière.

Troisième fait alarmant : le revenu déclaré à l’AFÉ est celui avant impôts. Sinon, dit-on, il serait trop compliqué de savoir si, sur le revenu imposable, il y a une part pour des actions, des assurances collectives, etc. Trop compliqué? Je ne sais pas quel financier s’est réveillé un matin (sûrement un lendemain de cuite) en se disant : « Mais pourquoi on ne demanderait pas aux étudiants de déclarer leur revenu AVANT impôts pour nous sauver de la job? » Je n’ai pas encore rencontré le maudit chanceux qui paie son loyer, son épicerie et ses factures avec son revenu brut. Pourquoi, au lieu de déclarer son revenu brut, n’assumerait-on pas le fait qu’une personne peut avoir payé, par exemple, une assurance collective? De toute façon, cet argent, il ne l’a jamais eu entre les mains, c’est la compagnie d’assurances ou la bourse qui l’a reçu.

Je n’ai cité que trois erreurs qui me font dire que le système de l’AFÉ mérite d’être amélioré, mais il y en a bien d’autres. Je vous invite à vous manifester si vous êtes d’accord avec ces idées pour qu’on demande au gouvernement de réviser sa façon de traiter les demandes d’aide financière aux études. Nous devons nous lever, faire face à notre gouvernement censé nous représenter et défendre nos droits. Nous devons poser les bonnes questions.

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