Réponse à mes parents fictifs

Réponse à mes parents fictifs

20 septembre 2014 par 

Ce texte se veut une réponse aux textes Désarroi et désillusion de Jacques Bérubé et La fête nationale? Who cares anyway? de Christine Portelance, parus dans l’édition de juillet-août.

J’essaie de ne pas avoir de tics lorsque je lis le mot jeunes. Loin de moi l’intention d’entrer dans une guerre intergénérationnelle, une division futile et nuisible, mais, chers « parents », je dois vous répondre.

Papa, lors du référendum de 1995, j’avais dix ans. Tu m’avais laissé me coucher plus tard ce soir-là. Lorsque le vote de Montréal rentrait et que tu y voyais la fin, tu m’as sommé d’aller au lit. Je n’étais qu’un gamin qui ne saisissait pas tout, mais assez pour comprendre que la peur gagnerait. J’étais resté caché dans le haut des marches de l’escalier à attendre le résultat avec un espoir d’enfant, à la fois innocent et fort. L’espoir qui n’a pas eu suffisamment à se péter la « yeule » sur le trottoir de la réalité. Ce soir-là, j’ai « pogné » une débarque solide de mon « bike ». Notre drapeau monarchique a commencé à me faire honte. Pourtant, tu n’as jamais cherché à me politiser. Je l’ai fait moi-même. Vois-tu, je ne suis pas fils de Lévesque, Payette, Parizeau ou Marois comme toi. Mais je suis volontiers fils d’Hubert Aquin, de Denise Boucher, de Pierre Vallières et de Josée Yvon.

C’est vrai Maman, Who cares anyway? Le soir de la Saint-Jean, j’ai le goût de me cacher. Même si j’aime boire, cette soûlerie nationale me donne envie de lire un livre. Une fois les feux d’artifice passés, je rentre. Parce que c’est ça qu’il reste : beaucoup de lumière et des gros bruits. De l’attachement? Un sentiment de cohésion? Non, de la Molson pis de la vedette TVA. Quand tu m’accuses d’aimer la « muse » en anglais, je te réponds que ce n’est pas moi qui contrôle les radios insipides. Qu’à force de passer de la « marde » policée, on passe probablement à côté de ce qu’il y a de meilleur au « Bas-Canada ». Maman, viens donc faire un tour au Folk Sale. T’aurais dû voir le « show » de Tintamarre. De la décolonisation majestueuse. Maman, je ne comprends pas du tout ta critique de la démocratie directe. C’est le vote par téléphone qui t’embête? Là-dessus, je suis d’accord, on est loin de la magie d’une assemblée citoyenne. Pis aussi M’man, mes plus belles Saint-Jean, je les ai fêtées au Canada anglais. Là-bas, minoritaires, debout, nous étions fiers de notre français, plus que jamais prêts à nous battre, plus que le PQ ne l’a jamais imaginé, comme Louis Riel, bandés comme le FLQ.

Ça m’amène à mon point principal. Peut-être que Papa, Maman, vous avez tellement bien fait votre job, qu’aujourd’hui, la priorité des luttes n’est plus la même? Vous avez réussi. Bravo! Aujourd’hui, je peux aussi bien me faire « fourrer » en français qu’en anglais. Nous avons une élite plus rapace que jamais qui s’exprime dans un français exquis, exempt d’anglicismes, sauf lors d’un petit meeting avec Dow Jones. Maintenant, la plus grande attaque à notre peuple vient des compagnies pétrolières et gazières. Notre plus grande soumission est notre dépendance aux énergies combustibles fossiles. Nos ennemis sont aussi forts à Ottawa qu’à Québec. Papa, ton cher PQ a vendu Anticosti pour des « peanuts ». Vois-tu, au Québec, il n’y a qu’un véritable parti politique : le Parti libéral pour assurer la souveraineté du Québec. La vraie lutte pour l’indépendance commencera par chasser ces Transcacanada, Endbridge, Pétrolala… de nos terres. Et cette lutte doit se faire conjointement avec les Premières nations, le Canada anglais et le monde. Nos chansons à répondre, notre parler si joli et notre poutine n’auront plus aucune valeur sur des terres contaminées. Chers parents, je vous en prie, ne répétez pas 2012 pour refaire encore 1838. Faisons fondre nos cuillères, ensemble, soyons des patriotes.

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