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Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

La musique en partage

Concerts aux îles du Bic

La musique en partage

20 septembre 2014 par 

Photo : Gracieuseté es concerts aux îles du Bic

Ce reportage es­t le premier d’une série de la journaliste Annie Landreville port­­­­ant sur des organismes ou des événements culturels de la région.

Fondé en 2002 par la violoniste Élise Lavoie et le violoncelliste James Darling, qui en sont toujours les codirecteurs artistiques, le festival de musique de chambre Concerts aux Îles du Bic a rapidement fidélisé un public venu autant de la région que de l’extérieur. Dès la première édition, l’excellence, l’éclectisme et l’amitié étaient au rendez-vous. Concentré autour du Bic et de Saint-Fabien dans les premières années, le festival a grandi pour se produire dans de nombreux autres lieux de diffusion de la région. Les marchés publics, les Jardins de Métis, Caravansérail et, cette année, le Conservatoire de musique de Rimouski se sont ajoutés aux églises du Bic et de Saint-Fabien ainsi qu’au Parc du Bic, où l’on a pris l’habitude de terminer les festivités par un pique-nique musical familial. Onze lieux de diffusion étaient offerts cette année : « Au début, c’était une entreprise familiale, on a commencé autour d’une table de cuisine. On faisait tout, de l’administration à la technique. Tranquillement on a grandi, on est allé chercher quelqu’un à l’administration, d’autres à la technique. Mais ce qu’on aime le plus de notre festival, c’est l’intimité, le partage. L’esprit est là et, du moment où tu deviens trop gros, tu peux perdre ça », affirme Élise Lavoie. Pour renouveler le public, il faut aller le chercher : « Le nombre de mélomanes avertis est un peu restreint et on veut aller chercher des jeunes, des gens qui peuvent se sentir loin de notre musique et leur montrer qu’au fond, ce qu’on fait est très accessible. Le développement, la sensibilisation, le partage font partie de notre mission. »

La relève

Les deux cofondateurs du festival sont eux-mêmes parents et professeurs. Valoriser la relève fait partie de leurs valeurs et c’est aussi une nécessité pour un organisme qui propose une musique qui peine souvent à rejoindre le grand public. Élise Lavoie soutient : « On donne une tribune à un groupe de jeunes de la relève, ils font des concerts, ils ont des classes de maître, on accueille aussi un jeune musicien avec nous, il passe la semaine avec des musiciens d’expérience, ce sont des rencontres fabuleuses et intergénérationnelles, un spectre large d’expériences pour les musiciens. »

L’ensemble Triptyque, un trio peu banal (violon, violoncelle et flûte) formé tout spécialement pour le festival, a vécu en août 2014 une semaine très stimulante : plusieurs concerts, répétition publique, classe de maître, etc. Les musiciens ont aussi fait face à un défi supplémentaire : le répertoire pour ce genre de trio est plutôt limité. « Benoît, notre flûtiste, a même dû faire des arrangements pour une pièce de Rachmaninov! On joue du Haydn, il y a du baroque et du contemporain, mais on n’a pas trouvé grand-chose de l’époque romantique », raconte la violoniste Annie Chabot. La violoncelliste Florence Tremblay ajoute : « On a quand même construit un programme qui passe tous les styles en ordre chronologique, c’est très diversifié! » Et le répertoire contemporain se fait sans filet, dit Benoit Gauthier : « On a choisi les pièces qu’on avait! On a passé beaucoup de temps à travailler la pièce contemporaine, on n’avait pas beaucoup de repères, un seul enregistrement trouvé sur YouTube. »

Pour la première fois cette année, on présentait aussi un programme destiné à un jeune public avec la collaboration du cinéaste Thomy Laporte qui a utilisé les dessins des enfants des écoles primaires du Bic et de l’Aquarelle pour faire un court métrage illustrant Le Carnaval des animaux. Environ 180 enfants ont assisté à ce programme qui comprenait aussi L’Histoire de Babar, mise en musique par Poulenc, pour laquelle étaient réunis David Jalbert au piano et le comédien Christian Bégin à la narration. « Jouer devant des enfants, c’est toujours une belle expérience, mais c’est difficile de rester dans sa bulle devant un tel public et c’est toujours charmant de les entendre réagir! » commente le pianiste.

Élaborer la programmation

La grande majorité des musiciens participent à plus d’un programme au cours du festival. Ils peuvent passer du baroque au contemporain, ils font des découvertes, s’offrent de vrais défis. Des programmes exigeants, qui mettent les solistes en vedette. Tous ceux à qui l’on parle n’ont que des éloges pour le festival et pour ses organisateurs. Plusieurs reviennent faire leur tour, fidèles comme une partie du public qui réserve ses vacances en fonction de l’événement. La violoniste Julie Triquet était de la première édition : « Ça s’est beaucoup structuré, c’est plus gros, c’est encore mieux! C’est un camp de vacances avec beaucoup de travail, parce que c’est de la qualité qu’on offre au public, ce sont des programmes très intenses. Tout ça dans un contexte de grande chaleur humaine. Tout le monde aime beaucoup venir ici. Le plus grand défi cependant pour les musiciens est le manque de temps. C’est de la musique de chambre, il faut aller très rapidement pour trouver une connexion, un son. Ce sont des collègues avec lesquels on ne joue pas souvent. On doit trouver très vite. »

La grande majorité des musiciens participent à plus d’un programme au cours du festival. Ils peuvent passer du baroque au contemporain, ils font des découvertes, s’offrent de vrais défis. Des programmes exigeants, qui mettent les solistes en vedette. Photo : Baptiste Grison

Le pianiste Stéphane Lemelin en était à sa première visite : « C’est très convivial, on a beaucoup de plaisir. Souvent quand on joue, on est seul à préparer son concert, là, on est tous ensemble, toute la semaine à préparer les programmes, on se sent un peu en camp de vacances. C’est aussi très intéressant de présenter des œuvres que les gens ne connaissent pas nécessairement, comme le Bartók ou le Crumb que je joue pour la première fois. Ça vaut la peine de faire l’expérience d’une œuvre comme ça. »

La programmation est élaborée en fonction des musiciens qui sont là, des œuvres que les directeurs ont envie de jouer et des demandes des musiciens. « Quand on a un David Jalbert qui dit : “Babar, n’importe quand!”, on saute sur l’occasion. James et moi, on a des goûts différents. Je suis très musique française, James est plus porté sur la musique allemande, ça apporte une richesse dans l’élaboration des programmes », ajoute Élise Lavoie. Si on a entendu des pièces de Georges Crumb cette année, c’est parce que le pianiste David Jalbert, qui les avait jouées à 18 ans, rêvait de les refaire depuis : « C’est un des plaisirs d’être un des amis des directeurs, on m’a demandé ce que j’avais envie de faire! », dit-il avec un grand sourire.

Concerts aux Îles du Bic est le seul événement consacré à la musique de chambre dans l’Est-du-Québec. Le répertoire du festival est donc très vaste, tous genres et époques confondus. On peut mêler musique baroque, romantique et contemporaine dans un même programme, avec toujours une harmonie ou une gradation des couleurs musicales en évitant l’impression de courtepointe que cette variété pourrait entraîner.

En vrac, quelques moments mémorables : la voix sublime du contre-ténor Daniel Taylor, le Quatuor pour la fin du temps de Messiaen (couronné d’un prix Opus), avec le pianiste David Jalbert qui aura d’ailleurs donné plusieurs frissons aux spectateurs au fil des ans. Son interprétation des Variations Goldberg et ce moment partagé autour de Bartok et de Crumb cette année, aux côtés de Stéphane Lemelin, comptent parmi les moments inoubliables de ce festival. On songe aussi à l’Octuor en mi bémol majeur de Mendelssohn et aux découvertes : une oeuvre de la compositrice Ana Sokolovic, la création du compositeur russe d’adoption québécoise Airat Ichmouratov, l’ensemble Constantinople, une œuvre pour chorale de la compositrice Josée Fortin sur des textes du poète Paul-Chanel Malenfant. David Jalbert affirme : « Ça me touche de voir que ce festival remporte un tel succès. Il y a un beau public, il n’y a pas d’autres festivals comme ça à la ronde et l’atmosphère est sympathique, la musique est toujours de très haut niveau, la qualité est reconnue partout, les gens viennent de Montréal. Le festival remporte des prix et est bien établi sur la scène québécoise. »

Si on invite des musiciens vedettes comme Yannick Nézet-Séguin qui y a fait une rare apparition au piano, le pianiste Alain Lefèvre ou le violoniste Alexandre Da Costa, on met aussi en valeur les musiciens de la région, comme la soprano Ethel Guéret ou ces trois grands pianistes que sont Stéphane Lemelin, David Jalbert et Mathieu Gaudet, tous d’anciens élèves de soeur Pauline Charron. Mathieu Gaudet, qui a été directeur artistique des Concerts en 2012, lui a d’ailleurs rendu hommage cette année.

La 14e saison des Concerts aux Îles du Bic se déroulera du 8 au 16 août 2015 et on travaille déjà sur le 15e anniversaire.

EN RAFALES... Fondation: 2002 Mission: festival de musique de chambre Budget de l’événement: 175 000 $ Musiciens invités en 2014: 18 Lieux de diffusion: 11, de Saint-Fabien aux Jardins de Métis Employés: une directrice, deux codirecteurs artistiques, une étudiante, trois techniciens Bénévoles: 25 à 30 Public: 2 300 Distinctions: deux prix OPUS remis par le Conseil québécois de la musique, Prix culturel de la Ville de Rimouski, Prix du tourisme régional
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