Vers des états généraux en 2015

Vers des états généraux en 2015

17 juillet 2014 par 

Une des pistes de solution les plus intéressantes afin d’optimiser l’emploi de sages-femmes en région serait l’élargissement de leur champ de pratique, ce qui permettrait l’embauche de suffisamment de sages-femmes pour répondre à la demande des mois où davantage de naissances ont lieu. Photo : Stephany Vernon

Depuis 1999, la pratique sage-femme s’est développée à l’intérieur du réseau public de la santé selon l’orientation donnée par des projets-pilotes. Selon ce modèle, les sages-femmes s’occupent du suivi prénatal et postnatal des femmes et des bébés jusqu’à six semaines après l’accouchement. Cependant, depuis cette date, aucune consultation large n’a été entreprise pour remettre en question cette orientation. La pratique conserve-t-elle l’essence de sa philosophie? Répond-elle aux besoins variés exprimés par les femmes et leur famille? Est-elle adaptée aux besoins de la population en région?

L’automne dernier s’est tenue une journée de réflexion collective réunissant plus de 80 professeures, étudiantes et sages-femmes, ce qui représente un nombre très significatif puisque environ 150 sages-femmes œuvrent à l’échelle du Québec. L’inquiétude de voir apparaître une surmédicalisation de la pratique découlant de son intégration dans le système de la santé était communément partagée. De plus, aura lieu sous peu un rassemblement historique au Québec, le YoniFest, qui réunit des acteurs internationaux en pratique sage-femme. Ce rassemblement majeur témoigne d’une volonté largement partagée de préserver l’unicité et les valeurs de la pratique et de les réaffirmer afin qu’elles ne soient pas absorbées par les valeurs dominantes de la culture actuelle en obstétrique.

Dans cette perspective, les sages-femmes ont très récemment décidé de tenir en 2015 des états généraux sur leur pratique. Par cet événement, on pourra consulter l’ensemble des groupes mettant de l’avant les droits des femmes, les besoins des familles et les préoccupations à l’égard de la pratique.

Plus spécifiquement pour les régions, cette large consultation contribuerait à l’élaboration d’un modèle de pratique et d’organisation du travail répondant à la réalité qui leur est propre. D’ailleurs, la stratégie de mise en œuvre de la Politique de périnatalité 2009-2012 vise à « développer et implanter des services de sages-femmes dans les régions éloignées et dans les régions à faible densité de population, selon des modalités adaptées à la réalité de ces milieux ». Selon le modèle actuel, les sages-femmes de la Maison des naissances Colette-Julien de Mont-Joli, par exemple, ne sont pas en mesure de répondre à la demande de toutes les femmes s’il y a un trop grand nombre d’accouchements prévu un même mois.

Dans cette optique, le ministère de la Santé et des Services sociaux fait actuellement un appel de projets à l’échelle des maisons de naissance du Québec afin d’améliorer l’organisation du travail des sages-femmes. L’équipe de la Maison des naissances Colette-Julien est la seule à donner la priorité à la problématique de l’accès aux sages-femmes dans les régions.

De nombreuses sages-femmes ont déjà établi qu’une des pistes de solution les plus intéressantes afin d’optimiser l’emploi de sages-femmes en région serait l’élargissement de leur champ de pratique, ce qui permettrait l’embauche de suffisamment de sages-femmes pour répondre à la demande des mois où davantage de naissances ont lieu tout en leur permettant d’effectuer des tâches complémentaires les mois où la demande est moins forte.

On peut facilement imaginer que les sages-femmes peuvent faire des suivis postnataux de première ligne sur une plus longue durée pour assurer la santé des enfants. Elles sont également en mesure d’effectuer des examens gynécologiques et d’offrir d’autres soins de santé pour les femmes, un accompagnement en planification familiale jusqu’à la contraception, et plus encore. Les sages-femmes peuvent même jouer un rôle d’enseignement en donnant des cours d’éducation sexuelle dans les écoles. Associées à des intervenants sociaux ou à d’autres professionnels, elles seraient d’une grande utilité auprès des femmes en situation de vulnérabilité.

Un tel projet-pilote est potentiellement l’élément-clé pour créer un modèle type inspirant les autres régions à faible densité de population. Il pourrait être pertinent, durant ce projet, de recueillir l’avis des autres groupes demandant l’accès aux services de sages-femmes en région. Les réflexions sur la pratique sage-femme seront recueillies lors des états généraux 2015. La pratique sage-femme est née de la demande de femmes et de couples et doit garder un lien étroit avec le milieu communautaire et la population afin de préserver sa légitimité et son sens.

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