Un budget toxique

Un budget toxique

18 juillet 2014 par 
Dans cette nouvelle section, le rédacteur en chef du Mouton Noir, Marc Simard, partage avec les lecteurs ses coups de gueule, des textes coup de cœur de collaborateurs et encore plus… Cette semaine, offrez-vous une analyse du récent budget présenté par le nouveau ministre des Finances du Québec, Carlos J. Leitão, dans un texte de Jean-Christophe Dubé de Québec. ——————-

Le ministre des Finance du Québec, Carlos J. Leitão.

Depuis l’élection du Parti libéral du Québec, il est constamment question d’austérité. Le premier ministre, Philippe Couillard, clame qu’il faut réduire le déficit de notre province honteusement endettée.

Pour l’année 2013, la dette du Québec correspondait à 71,7 % du produit intérieur brut, ce qui correspond à la modique somme de 256 425 millions de dollars. En surplus, le vérificateur général du Québec a annoncé, pour l’année 2014, un déficit de 5,6 milliards de dollars. Face à ce constat, il est évident que le Québec doit entamer une réflexion sur d’éventuelles solutions afin de remédier à ce laisser-aller budgétaire.

Plusieurs solutions peuvent être envisagées dont l’austérité et la mise en place de mesures incitatives pour les entrepreneurs afin de stimuler la croissance économique. Par contre, ces deux possibilités sont difficilement réconciliables; la première mesure demande une diminution des dépenses, alors que la seconde commande une hausse de celles-ci. Ces deux méthodes sont presque irréconciliables puisqu’elles mettraient en lumière un certain paradoxe, soit celui de couper dans des services essentiels afin d’investir dans le secteur privé. Le constat politique qui s’en dégagerait serait intenable sur le plan électoral.

En 2013, le Québec se situait avantageusement par rapport à l’ensemble des pays de l’Union européenne. Il n’est pas surprenant que le Québec soit en meilleure condition économique que la Grèce, le Portugal et l’Espagne. Cependant, à la lumière des statistiques compilées par Eurostat, nous constatons que le ratio dette/PIB du Québec est plus intéressant que celui de la locomotive économique de l’Europe, soit l’Allemagne. En 2013, la dette publique de l’Allemagne correspondait à 78,4 % du PIB, alors que celle du Québec correspond à 71,7 % du PIB. D’autres indicateurs permettent aussi d’affirmer qu’il n’y a pas lieu d’être alarmant sur la situation économique du Québec. En effet, la croissance du PIB réel du Québec, pour 2013, est d’environ 1,2 %, alors que le PIB allemand a cru de 0,5 % en 2013.

Les mesures d’austérités peuvent avoir des effets pernicieux, et ce, autant du point de vue des services publics que sur le plan économique. Dans un contexte d’austérité, il est inéluctable qu’il y aura une réduction de la qualité et de la quantité de services publics. Nous n’avons qu’à nous rappeler la période où le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard avait été obligé de mettre la hache dans les services de santé afin de rétablir l’équilibre budgétaire. Il n’existe pas de jeux à sommes nulles. À partir du moment où l’on décide de réduire les budgets, il y a forcément des conséquences. En gelant les embauches et en favorisant les départs à la retraite, il y a une perte d’expertise dans l’administration. Avec une diminution du nombre de ressources humaines ainsi qu’une diminution de l’expertise, il est logique que le nombre et la qualité des programmes diminuent tout autant que leur saine gestion. En diminuant le nombre de programmes et le nombre de fonctionnaires, il y aura irrémédiablement des conséquences dévastatrices sur le filet social de l’État québécois, et les plus démunies en subiront les contrecoups, comme toujours.

Ces mesures d’austérités affecteront aussi les programmes de soutiens aux petites et moyennes entreprises (PME). En diminuant l’aide aux PME, on affectera la croissance économique de la belle province. La croissance du Québec se chiffre à 1,2 %. Or, en diminuant l’aide de l’État aux PME, on est en droit de se demander ce qu’il restera de la croissance lorsque ces entreprises perdront un de leurs avantages comparatifs. D'ailleurs, une des mesures du dernier budget est la réduction de l’aide financière aux entreprises du multimédia, secteur où le Québec se construit tranquillement une réputation enviable à l’échelle mondiale. En diminuant l’aide gouvernementale à ce secteur d’activités, on diminue l’avantage comparatif du Québec et porte un coup dur à la consolidation des entreprises multimédia. Avec cette seule mesure, on mine sévèrement un secteur de l’économie québécoise qui est porteur d’une certaine croissance économique et qui permet de créer des emplois. Dès lors, des pertes d’emplois sont à prévoir dans le secteur du multimédia, mais aussi dans toutes les petites et moyennes entreprises qui perdront le support de l’État.

Les bienfaits d’un budget austère sont de plus en plus contestés et remis en question. Récemment, même le Fonds monétaire international, historiquement grand défenseur des programmes d’ajustements structurels, a mis en garde le gouvernement du Québec contre les effets d’une politique d’austérité en déclarant que la relance économique ne passe pas seulement par celle-ci. En 2013, l’économiste Stiglitz avait confié au journal Le Devoir que « [si] on peut vendre des produits toxiques, comme la cigarette, qui tuent des gens, on peut aussi vendre des idées toxiques, comme l’austérité. » Ces avertissements doivent être perçus comme des signes avant-coureurs de ce que pourrait nous réserver l’avenir. Ces critiques permettent de mettre un peu de lumière sur les effets de la politique d’austérité ou de « rigueur » sans discernement du gouvernement Couillard, notamment les conséquences sociales et économiques.

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