Soutenez les sages-femmes, faites l’amour !

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17 juillet 2014 par 

La pratique sage-femme a été légalisée en 1999 au Québec. En 15 ans, l’accès aux services d’une sage-femme ne semble cependant pas avoir progressé de façon suffisante pour répondre aux attentes d’une société qui s’interroge de plus en plus sur les pratiques médicales actuelles. Des pratiques que l’on montre du doigt pour exproprier la femme de sa capacité autonome à mettre au monde son enfant par elle-même. Pour l’empêcher de vivre et d’assumer sa maternité comme elle l’entend. Bref, des pratiques accusées de déshumaniser les procédures et les pratiques d’accouchement.

La reconquête par les femmes de leur capacité autonome à mettre au monde leur enfant, du moins à prendre des décisions relatives à leur maternité en toute connaissance de cause, revient à faire de leur expérience une expérience du ressort de la femme, et non de la médecine. Car la femme « bien portante », dit-on, n’aurait pas besoin d’un médecin pour enfanter. Une telle perspective, devant laquelle certaines réagiront peut-être avec ambiguïté, ne peut que susciter l’opposition d’un corps médical remis en cause.

Si l’argent est toujours le nerf de la guerre, dans ce cas-ci, il faut surtout tenir compte du lobby de l’establishment médical « traditionnel ». De la même façon, la venue d’infirmières spécialisées il y a quelques années ne s’est pas fait sans heurts. Des pharmaciens autorisés à prescrire des médicaments? Les médecins hésitent. Dans le cas des sages-femmes, la lutte pour la reconnaissance a été longue et ardue. Et pourtant, de plus en plus d’études démontrent la pertinence et même les bienfaits de la « philosophie » derrière cette pratique. La revue spécialisée anglaise The Lancet vient de publier un dossier complet sur les avantages pour les mères, les enfants et même l’entourage d’avoir recours à une sage-femme plutôt que de se frotter au système conventionnel.

De plus en plus d’études, selon The Lancet, tendent à démontrer que des milliers de vies pourraient être sauvées chaque année dans le monde si la pratique, les méthodes et la philosophie sage-femme se répandaient. Rien de moins! Et ce, autant dans les pays en développement que dans les pays riches.

Les chercheurs estiment que la surmédicalisation de la grossesse menace de plus en plus la vie et le bien-être des femmes et de leur famille. La surutilisation systématique de certains protocoles d’interventions comme la césarienne, les entraves à la mobilité pendant le travail et l’épisiotomie, peut avoir des effets néfastes à long terme. À l’échelle planétaire, plus de 20 millions de femmes en souffriraient chaque année. Au Brésil, 82 % des accouchements dans les hôpitaux publics se soldent par une césarienne. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que moins de 15 % d’entre-elles sont vraiment nécessaires.

Dans ce contexte, les sages-femmes positionnent leur pratique comme l’alternative viable. The Lancet abonde dans ce sens et rapporte que l’approche préconisée par les sages-femmes permet de vivre la grossesse comme une expérience naturelle et offre un regard global sur le bien-être des femmes. Un meilleur suivi est également une des clés pour rassurer ces femmes, leur faire comprendre les étapes qu’elles traversent et les aider à les aborder différemment. Les pratiques médicales actuelles fragmentent la grossesse, l’accouchement et le suivi post-partum, multipliant ainsi le nombre d’intervenants, le risque d’erreurs et le stress.

Alors si les avantages sont si nombreux, pourquoi la pratique sage-femme n’est-elle pas plus répandue? Sur le socle de leurs précieux acquis, les sages-femmes greffent aujourd’hui à leurs revendications précédentes un accès plus étendu à leurs services pour les femmes, notamment en région. Ce faisant, elles semblent reculer devant les formes revendicatives « traditionnelles » au profit de négociations plus souples avec les pouvoirs institués. Ainsi, les sages-femmes investissent-elles présentement un dialogue qui ne cherche pas à défier ces pouvoirs, mais à collaborer avec eux dans un lien de complémentarité. Peut-être convient-il de chercher dans leur démarche la raison de l’autocensure qu’elles tendent parfois à pratiquer lorsqu’on les interpelle sur les dossiers chauds les concernant?

Qu’à cela ne tienne! Dans cette édition du Mouton Noir, nous présentons un dossier féministe consacré aux luttes qui ont parsemé la route vers la reconnaissance dont la profession de sage-femme fait aujourd’hui l’objet au Québec, d’une part, et aux défis que rencontrent encore aujourd’hui les sages-femmes d’ici, d’autre part. Sages-femmes, académiciennes, auteures et citoyennes d’autres horizons partagent avec vous les réflexions qu’elles mènent autour de ces enjeux.

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