Colette-Julien doit refuser ses services à cinq femmes

Colette-Julien doit refuser ses services à cinq femmes

17 juillet 2014 par 

Photo : Carovokofoto. Photo gagnante du concours.

Au Québec, la profession de sage-femme a été légalisée et intégrée au réseau public de la santé en 1999. Depuis, une politique de périnatalité a été mise en place, un de ses objectifs vise à ce que 10% des suivis de grossesse au Québec soient effectués par des sages-femmes. De plus, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) « souhaite développer et rendre le service sage-femme accessible aux femmes qui en font la demande de toutes les régions du Québec ». Toutefois, à l’est de la capitale nationale, la maison de naissance Colette-Julien, située à Mont-Joli, est la seule porte d’entrée aux services de sages-femmes. Manque de financement, de volonté politique ou d’ouverture de la part du milieu médical?

Chaque région présente ses problématiques, et l’est du Québec ne fait pas exception, avec des défis de taille, mais aussi des pistes de solution prometteuses. À Mont-Joli, une centaine de femmes par année ont la chance d’avoir recours aux services d’une sage-femme. Six sages-femmes sont à l’emploi du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Mitis pour combler l’équivalent de 3,2 postes à temps complet, ce qui représente annuellement un potentiel de 128 suivis de grossesse. Toutefois, dans l’état actuel de l’organisation du travail, cinq femmes qui devraient accoucher à l’automne attendent toujours un suivi, car les accouchements sont trop nombreux à cette période de l’année pour le nombre de sages-femmes disponibles. Chantal Lavallée, responsable du service de sages-femmes à Mont-Joli, a présenté une demande de budget supplémentaire au CSSS en vue d’engager une ressource de soutien pour les mois surchargés. Cette requête semble difficile à justifier puisqu’à certaines périodes de l’année, la charge de travail est inférieure à ce qui est prévu. Dans les grands centres, où il peut y avoir quatre sages-femmes de garde en même temps (contrairement à deux pour Mont-Joli), les surcharges ponctuelles sont plus facilement absorbées puisque qu’une sage-femme peut en aider une autre qui serait appelée pour des accouchements simultanés ou consécutifs. Il y aurait donc lieu de réfléchir à des modèles d’organisation du travail plus adaptés à la réalité démographique des régions éloignées.

Ailleurs dans l’Est-du-Québec

Dans quatre autres régions de l’Est-du-Québec, des groupes citoyens sont grandement mobilisés afin de demander l’accès aux services de sages-femmes. Aux Îles-de-la-Madeleine, par exemple, un manque d’effectif entraîne un roulement important, alors que dans d’autres régions, suffisamment de professionnels sont déjà en place pour répondre à la demande en obstétrique. Mais même dans un tel cas, les services de sages-femmes restent pertinents de par leur approche unique qui présente des avantages économiques indéniables et qui améliore l’issue périnatale pour les femmes vivant une grossesse à faible risque1. Dans la Baie des chaleurs, une étude de faisabilité a été réalisée, et une table de travail rassemble actuellement différents professionnels, dont une sage-femme. Rivière-du-Loup, Côte-de-Gaspé et les Îles-de-la-Madeleine, où les groupes sont plus organisés et actifs depuis 2012, en sont toujours à des étapes préliminaires. Dans tous les cas, des budgets sont déjà disponibles auprès du MSSS, et l’ouverture du milieu médical semble au rendez-vous. Où se situe donc l’embûche? Selon Catherine Doiron, sage-femme à la table de travail dans la Baie-des-Chaleurs, « ce qu’il manque, c’est une entente des professionnels sur un mode de fonctionnement qui répondrait aux besoins de la population ». Les agences de la santé et des services sociaux tentent de relayer cette tâche aux groupes citoyens qui ne se sentent pas outillés pour répondre à un tel mandat.

De toute évidence, c’est aux sages-femmes qu’il incombe de concevoir les bases des nouveaux modèles de pratique. Avec un minimum de budget et une réelle volonté de la part des CSSS, les services de sages-femmes pourraient être accessibles à plus de familles, dont celles vivant dans des contextes de vulnérabilité. Une ouverture du milieu médical à la philosophie des sages-femmes, qui prône le libre choix du lieu d’accouchement, est aussi souhaitée : trop de médecins veulent voir les sages-femmes intégrées aux centres hospitaliers, à l’exemple du modèle français.

Sans grands investissements, par simple collaboration entre les différents acteurs en périnatalité, des solutions encourageantes sont à portée de main, avec peu à perdre et beaucoup à gagner. Ne reste plus qu’à oser!

  1. Pour plus de détails, voir les résultats des études sur les projets-pilotes des maisons de naissance sur le site du Regroupement Les sages-femmes du Québec et consulter « Vers des États généraux sur la pratique sage-femme en 2015 ».
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