dernier numéro

VOL XXVII No 1, septembre-octobre 2021 Suzanne Tremblay

Le danger de ne pouvoir manifester

Journée internationale contre la brutalité policière

Le danger de ne pouvoir manifester

15 mai 2014 par 

Lutter contre la brutalité policière, c’est se battre pour que les corps de police assument leurs erreurs et que le gouvernement reconnaisse la légitimité des luttes sociales et les considère pleinement et sérieusement. Photo : Alexandre Duquette

La brutalité policière est un tabou. Elle est le symptôme alarmant d’une démocratie qui s’essouffle, d’un Parlement qui ferme doucement ses portes à la population et d’une société où le fait de ne pas être en accord devient lentement une tare.

Le 15 mars, Journée internationale contre la brutalité policière, les militants qui s’étaient rassemblés à Montréal n’ont pas pu manifester. Les policiers, objet de leur contestation, ne leur ont pas permis de prendre la rue. On ne saurait ignorer la réticence de « l’accusé » à laisser s’exprimer pleinement « l’accusateur ». C’est triste, mais c’est également dangereux, parce que lutter contre la brutalité policière, c’est aussi lutter contre l’instrumentalisation d’une institution et contre la marginalisation de ceux qui pensent différemment : pour la liberté d’expression, pour une démocratie qu’on pratique chacun quotidiennement, et non pas seul dans un isoloir chaque quatre ans. Lutter contre la brutalité policière, c’est se battre pour que les corps de police assument leurs erreurs et que le gouvernement reconnaisse la légitimité des luttes sociales et les considère pleinement et sérieusement. C’est faire en sorte que les victimes des manœuvres policières, comme Villanueva, Magloire et tous les autres, ne tombent pas dans l’oubli, que les agents soient dans le tort ou non. Rejeter la brutalité policière, c’est lutter pour que le code de déontologie ne soit pas qu’une vague menace, qui a un poids seulement lorsqu’un policier abusif fait la une des journaux, c’est demander que ce code soit scrupuleusement respecté et que les citoyens puissent facilement porter plainte et que ces plaintes soient entendues. C’est aussi lutter pour que le droit de filmer les policiers durant leur travail soit pleinement respecté : on n’a pas à craindre les témoins si on n’a rien à cacher. C’est aussi revendiquer une plus longue et plus sévère formation pour s’assurer que les policiers ont acquis assez de maturité, ont amassé suffisamment de connaissances et de compétences pour ne pas céder à l’abus de pouvoir ou à la pression d’une foule.

Quand de telles revendications ne trouvent pas de place sur la place publique ou dans les médias, il faut se demander si notre démocratie est réellement en santé. J’espère que nous serons suffisamment sages en tant que société pour réfléchir à toutes les erreurs que nous avons pu commettre quant aux forces policières et les considérer telles quelles : des occasions d’apprendre et de prévenir.

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