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Vol XXIV No 3, janvier-février 2019 Actualités et plus

18 ans et plus

18 ans et plus

15 mai 2014 par 

Il faut avoir 18 ans et plus pour deux choses : regarder d’la porn pis voter aux élections. Notre politique est aussi vulgaire qu’un film de cul. XXX sur nos bulletins de vote pour que le « bon » docteur Couillard nous crosse à deux vitesses. Et l’autre docteur, Gaétan Barrette alias le Jabba the Hutt de la politique, qui a reçu 1,2 million en indemnité de départ, c’est cher payé pour voir cette larve immorale ramper dans le cloaque libéral.

Et si cela avait été causé par notre analphabétisme politique? Pourquoi suis-je si dépolitisé malgré le fait que je suis un citoyen normal, diplômé correct, vivant en société et regardant les nouvelles à TVA pis toute? Pourquoi pendant toutes mes années scolaires je n’ai pas eu de cours d’engagement citoyen? On m’a fait coudre des boxers « laittes » en économie familiale, mais jamais montré les fils de la démocratie. Pourtant la politique devrait servir à donner un sens à l’activité des collectivités humaines. Évidemment, on ne se dit pas ça le matin en se décrottant les yeux et en essayant de contrôler une pisse bandé.

L’excellent livre Ce peuple qui ne fut jamais souverain (Roger et Jean-François Payette) parle de cette « tentation du suicide politique des Québécois ». La politique devrait nous donner une emprise sur le réel. Sans cette prise, la vie en société manque de sens. Quand la vie n’a plus de sens, le suicide pointe sa sale gueule. Si on ne comprend pas la politique, en parler ne fait que nous ramener à notre propre impuissance. C’est comme être devant une imprimante qui ne marche pas, merde que t’es démuni, t’as pas de ressources ni de connaissances. Pour la plupart des Québécois, la politique est une imprimante en panne qu’on a juste envie de crisser par la fenêtre. Belle tentation.

Bertolt Brecht résume bien la patente : « Le pire des analphabètes, c’est l’analphabète politique. Il n’écoute pas, ne parle pas, ne participe pas aux événements politiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix des haricots et du poisson, le prix de la farine, le loyer, le prix des souliers et des médicaments dépendent des décisions politiques. L’analphabète politique est si bête qu’il s’enorgueillit et gonfle la poitrine pour dire qu’il déteste la politique. Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son ignorance politique qui produit la prostituée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les bandits et surtout le politicien malhonnête, menteur et corrompu, qui lèche les pieds des entreprises nationales et multinationales. »

Existe-t-il un remède à l’analphabétisme politique? Oui. Qu’avaient en commun Guevara, Mandela, Gandhi ou De Lorimier? Avant d’être révolutionnaires, ils ont tous assis leur cul sur une chaise et ils ont lu. L’écrivain Emmanuel Carrère dans Limonov nous dit que ce sont les livres qui ont causé la chute de l’URSS. Lorsque Gorbatchev a ouvert les frontières et que les livres interdits sont entrés au pays vers 1988, le peuple russe s’est mis à lire en défoncé. Dans le bus, les parcs, partout, tout le monde lisait L’Archipel du Goulag, se réappropriant ainsi l’histoire tout en engraissant la révolte commune. Ça me rappelle une anecdote. Dans le métro au mois de novembre dernier, j’ai vu un mec (qui n’avait pas l’air d’un clochard) pas de bas dans ses souliers, mais avec un livre à la main. J’aime ses priorités : le livre avant les bas. Y a choisi entre le confort et la connaissance.

Mieux politisés et mieux informés, nous serions plus en mesure de définir ensemble ce qui nous révolte. Peut-être qu’au lieu de nous indigner à cause d’une brique dans une vitre de la Banque Royale, nous nous indignerions contre la violence des taux d’intérêt. Combien de briques dans une vitre ça prend pour faire autant de dommages que leur système économique financiarisé? « C’est pas beau la violence ». Je suis bien d’accord. Mais encore là faudrait savoir la reconnaître. Si je faisais baptiser mon kid, j’inviterais davantage le Black Bloc que la Sûreté du Québec. J’ai toujours eu moins peur d’Oussama ben Laden que de Paul Desmarais. Les Pussy Riot sont emprisonnées pendant que Stephen Harper chante Imagine en s’accompagnant au piano. Quelle politique est la plus violente : celle du FLQ ou celle du PLQ?

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