L’Arbre à vent

L’Arbre à vent

28 mars 2014 par 

Photo : Louis-Philippe Cusson

Vous en avez assez de la dépendance au pétrole? Vous rêvez depuis longtemps d’autonomie énergétique? De microélectricité de proximité écoresponsable? Vous aimeriez avoir une éolienne esthétique et silencieuse dans votre cour? Et si c’était possible…

Jérôme Michaud-Larivière, l’inventeur, a créé la société New Wind et s’est installé dans les Côtes-d’Armor, en Bretagne, pour produire l’arbre à vent : une éolienne novatrice, déguisée en arbre de huit ou douze mètres de hauteur. Les feuilles de l’arbre à vent sont autant de miniturbines qui fabriquent de l’électricité sur le modèle de la dynamo de vélo. Et puisqu’il a été voulu beau et poétique – la conception a été confiée au célèbre designer Claudio Colucci – l’arbre à vent s’implante partout : dans un centre urbain, à la campagne, au bord d’un fleuve ou d’une route et même chez soi!

Cet arbre nouveau genre se compose d’une structure tubulaire en acier et d’une centaine de feuilles mobiles en plastique injecté dans lesquelles le vent s’engouffre. Les feuilles verticales tournent sur elles-mêmes à la moindre brise et alimentent des microgénérateurs dissimulés dans l’arbre, comme le reste de l’équipement nécessaire.

Vous vous demandez sûrement comment Jérôme Michaud-Larivière a eu cette idée? Il avait besoin d’une invention pour un personnage de roman. Car, même s’il est issu d’une famille d’ingénieurs, cet écrivain et scénariste appartient à la nouvelle lignée des « entrepreneurs-artistes ». C’est en observant les feuilles d’un arbre bouger par fortes chaleurs, alors qu’il n’y avait pas un souffle de vent, que l’intuition a pris corps : il suffisait d’imiter la nature.

Domaine privé, secteur public, voitures électriques, l’arbre à vent est sur tous les fronts.

Un seul arbre de 3 kW produit en moyenne 4 500 kWh/an et répond ainsi aux besoins en électricité, chauffage exclu, d’un foyer de quatre personnes sur une superficie d’un peu plus de 1 000 pieds carrés. Deux arbres couvrent l’ensemble de la consommation en électricité d’une famille. Trois Arbres à vent (10,5 kW) permettent de recharger une voiture électrique.

Avec cet « arbre-éolienne », on éclaire une rue complète, un ensemble de résidences ou des bâtiments agricoles isolés. Sur un rond-point, ses feuilles captent l’air multidirectionnel, mouvement provoqué entre autres par le passage des véhicules.

Presque deux ans de recherche et de développement ont permis d’atteindre ces résultats, comparables à ceux d’une éolienne de douze mètres à trois pales.

L’arbre à vent est novateur à plus d’un titre : il ne fait pas de bruit; son architecture est simple et résistante; l’électricité produite est consommée sur place – il n’y a donc pas de surcoût lié au transport; la maintenance est facile et, comme chaque feuille est indépendante, aucun risque de panne n’est possible. Quant à la structure modulaire, elle permet d’ajouter ou de retirer des feuilles selon ses besoins énergétiques.

Autre caractéristique audacieuse : le seuil de démarrage, c’est-à-dire la vitesse du vent à partir de laquelle l’éolienne se met à fonctionner, a été abaissé à deux mètres/seconde (m/s), contre trois ou quatre mètres/seconde, voire cinq pour les plus grosses éoliennes classiques. Résultat : une production quasi continue, 200 à 230 jours par an au lieu d’environ 100 jours pour une éolienne traditionnelle, puisque tous les types de vents sont exploités, quelle que soit leur direction.

Bref, l’arbre à vent est une solution à taille humaine qui réconcilie nature et technologie puisqu’il n’y a pas de rejet de CO2. Des prototypes sont testés ou sur le point de l’être en France, dans les Côtes-d’Armor et à La Rochelle.

Le prix? Selon le modèle (2,5 kW ou 3,5 kW), il faut débourser entre 37 000 $ et 45 000 $, contre une fourchette qui va, grosso modo, de 15 000 $ à 135 000 $ pour une éolienne domestique classique. Certes, ce n’est pas donné pour une utilisation privée, mais ce prix devrait baisser avec les économies d’échelle – le carnet de commandes français se remplit vite – et la bonification de la structure.

Au Québec, même si la commercialisation n’a pas encore commencé, on pourrait voir les premiers prototypes fin 2014, lorsque l’arbre à vent aura fait ses preuves dans des conditions extrêmes de neige. À suivre...

Pour en savoir plus : www.arbre-a-vent.fr.

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