Lutte paysanne au Honduras

Lutte paysanne au Honduras

27 janvier 2014 par 

De retour d’un bref séjour au Honduras dans le cadre d’un projet à caractère humanitaire avec la congrégation des Sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire, j’ai promis de faire connaître la réalité des paysans honduriens qui luttent pour conserver leurs terres. Les personnes et les organisations qui se sentent solidaires de cette cause et qui souhaitent démontrer concrètement leur soutien sont invitées à me contacter.

Il roule en Ferrari et possède des résidences de luxe. À 89 ans, Miguel Facussé Barjum, Hondurien, est l’un des hommes les plus riches et puissants d’Amérique centrale. Il fréquente quotidiennement le gratin politique et économique sur lequel il exerce une influence énorme. Facussé est un requin sanguinaire, sans aucune compassion pour ses frères, capable de tout pour la construction de son empire et la santé de son compte de banque. Très proche du crime organisé et des narcotrafiquants, il possède sa propre armée de mercenaires, des têtes brûlées formées par l’armée américaine, qui intimident et terrorisent, torturent et assassinent avec la complicité de la police et de l’armée officielle. Le magnat est reconnu comme l’un des principaux soutiens au coup d’État du 28 juin 2009 qui a renversé le président démocratiquement élu, Manuel Zelaya. Le putsch a marqué le début d’une sévère répression contre les médias d’opposition qui défendent la cause des populations locales contre les grands propriétaires terriens, Miguel Facussé Barjum en tête.

La république bananière hondurienne du siècle dernier et son modèle barbare d’utilisation des terres et de domination sociale ont, semble-t-il, inspiré Facussé toute sa vie. Les activités commerciales sur lesquelles il sévit sont diverses, mais son activité principale est celle de président de Dinant, un groupe agro-industriel, spécialisé dans la production et la commercialisation d’huile de palme et la production de biodiesels et d’éthanol, activités subventionnées par les Nations Unies. La plupart des activités de Facussé dépendent de l’exploitation exclusive de vastes parcelles de terre. Son succès repose donc sur la possession et l’utilisation du sol. Facussé possède déjà plus de 8 000 hectares de plantations de palmiers à huile dans la région atlantique de Bajo Aguán et est aussi propriétaire de nombreuses terres sur la côte pacifique. L’entrepreneur cherche constamment à acquérir des terres ou à en obtenir le contrôle.

Le Honduras est un pays pauvre, très criminalisé, politiquement instable et profondément gangrené par la corruption. C’est un terreau fertile pour les loups. Un pays béni pour ceux qui n’ont pas de morale sociale et ne respectent pas la vie. Un pays béni pour le capitalisme brutal à la Miguel Facussé. Celui-ci possède tout l’argent nécessaire pour se payer les meilleurs avocats et graisser généreusement la patte de qui le veut bien. Facussé a besoin de beaucoup de terres et est capable de se les procurer.

La convoitée péninsule de Zacate Grande

Dans la magnifique péninsule de Zacate Grande sur le Pacifique où j’ai séjourné, j’ai vu les propriétés et la milice de Facussé et j’ai rencontré des paysans traumatisés, mais combatifs qui m’ont parlé de leur lutte. La région côtière du golfe de Fonseca où ils vivent est partagée entre le Nicaragua, le Salvador et le Honduras. C’est un endroit stratégique qui, pour l’instant, est assez peu développé mais qui suscite la convoitise. Facussé et ses comparses du Club de Coyolito, composé des 50 hommes les plus riches du pays, cherchent à s’approprier l’ensemble de la péninsule pour en faire un haut lieu du tourisme international de luxe. Facussé a récemment obtenu que le Congrès national déclare « zone protégée » l’ensemble du territoire convoité, dont les 1 100 hectares de terres qu’il contrôle déjà. S’attaquant en parallèle à la validité des titres de propriété des paysans et en pratiquant quotidiennement l’intimidation, le magnat, sous ses airs de défenseur de l’environnement, étend ses tentacules et ressert l’étau. Les 800 familles qui habitent les 10 communautés de Zacate Grande depuis plus de 80 ans courent le danger imminent d’être dépouillées de leurs terres.

Les paysans luttent

Pedro Canales Torres est président de l’Association pour le développement de la péninsule de Zacate Grande (ADEPZA). Il m’a accueilli chez lui et m’a présenté à ses compagnons de lutte. J’ai participé à quelques réunions secrètes avec ces paysans qui ont perdu leurs terres et sont prêts à se battre à mort pour leurs droits. Le lopin de terre qu’ils habitent et cultivent depuis des générations est juste assez grand pour leur cabane et quelques plants de maïs, mais la vie de leur famille en dépend. Avec l’aide financière modeste de quelques organisations caritatives, ADEPZA et ses partenaires ont intenté plus de 40 poursuites judiciaires contre l’homme d’affaires. C’est David contre Goliath. Ma présence et celle de Giorgio, un Italien responsable d’un groupe d’observation et de défense pour les droits humains, leur donnent un peu d’espoir. Nous sommes des observateurs internationaux qui pouvons témoigner de l’injustice et de la terreur dont ils sont victimes. Pedro a été menacé de mort à plusieurs reprises, il est constamment sur ses gardes. Dans le Bas Aguán où les tensions foncières en lien avec Facussé sont encore plus vives, 46 paysans et leaders d’opinion ont été assassinés depuis une décennie. En fait, à l’échelle du pays, au cours des trois dernières années, les groupes de défense des droits de la personne ont consigné plus de 206 assassinats politiques.

Le Honduras n’est pas un cas à part. Tous les pays ont leur Miguel Facussé et un peu partout les valeurs humaines sont bafouées et les terres sont convoitées. Au mépris de la justice et de la dignité humaine, des paysans du monde entier sont forcés de vendre ou sont carrément chassés du lopin de terre qui les fait vivre.

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