La poésie de Joséphine Bacon : là où tout se rassemble

La poésie de Joséphine Bacon : là où tout se rassemble

25 janvier 2014 par 

À la manière du saumon qui remonte la rivière pour retourner d’où il vient, Joséphine Bacon a passé presque toute sa vie à chercher les traces du passé. Photo: Arianne Dessureault

Dans le prologue d’Un thé dans la toundra, Joséphine Bacon, Innue, originaire de Pessamit, raconte avoir été conviée en 1995 à un grand rassemblement au nord de Schefferville, comme le faisaient les anciens au printemps lorsqu’ils quittaient leur territoire de chasse pour descendre vers la côte. C’est par cette narration qui prend la forme d’une grande chasse au caribou que l’auteure ouvre son deuxième recueil de poésie, avant de nous faire entrer, par sa parole, dans les récits de la toundra. Généreuse, la parole de Joséphine Bacon nous ouvre grande la porte de ce territoire. À travers une poésie « qui hurle silence », on marche sur une terre nue, on s’adresse aux étoiles, on court au rythme du caribou, appelés par le chant des ancêtres. Parole incantatoire, la poésie de Joséphine Bacon dialogue, tout au long d’une longue marche, avec les esprits Maîtres des animaux. Ainsi, Un thé dans la toundra a le pouvoir de nous faire entendre la terre et de faire vivre la spiritualité évoquée par les lieux.

« J’arrive enfin à la terre qui espère ma venue »

À la manière du saumon qui remonte la rivière pour retourner d’où il vient, Joséphine Bacon a passé presque toute sa vie à chercher les traces du passé. « Après le pensionnat, je me suis intéressée à ma culture. » Au début de l’âge adulte, quand un peu par hasard elle a commencé à faire de la transcription pour des anthropologues, elle s’est trouvée plongée au cœur des légendes innues : des « atenogen ». « Un atenogen […] c’est ce qu’on doit transmettre afin que les générations futures sachent ce qu’il convient de savoir. […] Ce sont les paroles des animaux transmises originellement aux anciens1. » Ce travail de transcription a eu une influence déterminante pour l’auteure, puisque, dit-elle, « c’est les récits anciens qui m’ont conduite à la poésie. J’aimais réentendre les vieux conter. Je les revoyais quand ils étaient encore nomades. » Joséphine Bacon poursuit ce travail de collecte de récits anciens, sinon, dit-elle, les vieux ne content pas. À travers les récits qu’elle retrouve, elle accorde une grande importance aux rites autour des maîtres (par exemple invoquer Papakassik, Maître des animaux terrestres). « C’est comme prier le Sacré-Cœur pour qu’il t’accorde des choses. Les Amérindiens, eux, ils demandaient ça aux Maître des animaux. »

Avec sagesse, Joséphine Bacon offre une poésie qui transcende « l’absence à l’identité », comme si la toundra avait le pouvoir de faire revivre l’Innu. Comme les femmes qui brodaient les vêtements de chasse pour que leur mari plaise à Papakassik et soit amené sur la piste du caribou, la poésie de Joséphine Bacon revêt les mots qui nous conduisent au cœur de la toundra et plus près de son peuple.

Joséphine Bacon était invitée au Salon du livre de Rimouski en novembre dernier pour souligner la sortie d’Un thé dans la toundra – Nipishapui nete mushuat et pour célébrer avec d’autres poètes les dix ans de Mémoire d’encrier.

Joséphine Bacon, Un thé dans la toundra – Nipishapui nete mushuat, Mémoire d’encrier, 2013, 99 p.

  1. Rémi Savard, Le rire précolombien dans le Québec d’aujourd’hui, Hexagone/Parti Pris 1977, p. 74.
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