Résister

Résister

9 novembre 2013 par 

Pierre Falardeau, Résistance : chroniques 2008-2009, VLB éditeur, 2013, 176 p.

Il y a quatre ans déjà, le 25 septembre 2009, le cinéaste et pamphlétaire Pierre Falardeau nous quittait, laissant un grand vide chez celles et ceux qui en ont plus qu’assez de la langue de bois politicailleuse, du parler propret de nos élites et de l’angélisme ambiant d’une bonne partie de l’intelligentsia québécoise. Restaient bien sûr ses films et quelques livres auxquels nous pouvions encore puiser afin de nourrir une réflexion sans compromis, mais son absence se faisait lourde.

Mais voilà, ô bonheur, que VLB éditeur lance cet automne Résistance, un livre posthume de Falardeau qui regroupe les chroniques qu’il a rédigées pour l’hebdomadaire montréalais ICI, d’octobre 2008 à juin 2009. Quelque 170 pages chargées à bloc de cette authenticité, de cette langue crue qui fera assurément hurler de rage ses détracteurs acharnés, mais qui saura, avec la même puissance, à la fois émouvoir et faire sourire de plaisir celles et ceux qui ont suivi avec passion le parcours cinématographique, littéraire et militant de Pierre Falardeau.

Tout au long de cette petite plaquette trempée au vitriol, Falardeau ne se gêne pas pour distribuer les coups, assénant ses meilleures taloches à « Patapouf » Charest, au « gros Coderre », à Justin « petit PET » Trudeau ou encore à cette « confrérie des grandes gueules patentées, des défonceurs de portes ouvertes, des faiseurs de phrases vides, des parleurs au travers de son chapeau, des gérants d’estrade à doctorat, des péteurs de broue, des sniffeurs de caleçons sales genre Lagacé ou Desmarais, des racleurs de fonds de poubelles genre Cassivi, Fournier, et autres petits maires d’Huntingdon ou d’ailleurs. » Savoureux.

Mais le polémiste sait également émouvoir, saisir ce qu’il y a de plus noble chez ses frères humains. Ses plus beaux textes, il les réserve d’ailleurs aux êtres qu’il affectionne ; les battants de tous horizons. Les lignes qu’il consacre aux boxeurs Jean Pascal (« La boxe comme un poème ») et Librado Andrade (« Monsieur Andrade ») sont tout simplement magnifiques. Dans « Richesses naturelles », après s’être livré à une bonne séance d’autodérision hilarante à propos de sa maladresse « à naviguer à vue sur le net, sans ceinture de sauvetage », les mots chargés de respect qu’il adresse à ses camarades cinéastes québécois, les Michel Brault, Pierre Perrault, Gilles Groulx, Bernard Gosselin et autre Arthur Lamothe, rappellent comment il était passionné de ce cinéma qui nous a fait grandir collectivement.

Et que dire de cet émouvant « Conte de Noël » décrivant les derniers jours de cavale des membres de la cellule Chénier en décembre 1970. L’énorme tension de l’arrestation imminente. La camaraderie de ces hommes. Le désir de combattre encore. Malgré la solitude, malgré l’éloignement des êtres chers. Résister, toujours. Même lorsque « au fond d’un trou, à manger du spaghatte en canne frette, le Minuit Chrétiens de Richard Verreault vous remue les tripes, même quand les journaux vous traitent de bandits, de criminels, de terroristes. Chacun pense au réveillon, aux cadeaux, à la famille, aux amis, aux blondes. » La fraternité. Du grand Pierre Falardeau.

La préface du livre, signée par son fils Jules, vaut également le détour. À la fois chargée de respect, de tendresse et d’émotion, ces très belles pages permettent de saisir toute l’humanité de Pierre Falardeau, son amour pour le Québec, sa culture, son peuple, mais également son amour pour sa cellule la plus précieuse, sa famille. Difficile de mieux dire la fierté d’un fils et la dignité d’un père.

Il fait vraiment bon lire à nouveau Falardeau. Ça brasse, ça enrage, ça émeut. Ça fait vivre quoi ! Quel plaisir de renouer avec cette manière unique et sans compromis de dire les choses.

À la lecture de ces chroniques, on ne peut qu’imaginer l’agrément qu’il prendrait aujourd’hui à déculotter le fils Trudeau désormais chef du « Parti des Commandites » ou encore comment il s’appliquerait avec une joie renouvelée à mettre en pièces les ambitions du « gros Coderre » qui cherche encore actuellement à devenir chef de quelque chose…. Résister ! Simplement.

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