Pas faite en papier de soie

Pas faite en papier de soie

9 novembre 2013 par 

Lynda Dion, La Maîtresse, Septentrion, 2013, 218 p.

Lynda Dion est enseignante en français au secondaire à l’école Montcalm en Estrie. Elle est cependant bien plus qu’une incarnation des règles de grammaire et de syntaxe, elle est une amoureuse des mots, une rebelle de la forme conventionnelle. Elle possède la faculté inouïe de voir jaillir des « flashs » qu’on pourrait qualifier bêtement d’inspiration, mais qui, dans son cas, surgissent réellement, illuminent, s’imposent, aveuglent et font naître les idées.

En 2011, Lynda Dion a publié un premier roman intitulé La Dévorante qui a été accueilli comme un petit bijou. Elle a notamment été applaudie pour son ton intimiste. Une ode remplie de vérité à travers le vécu du célibat et le rapport au corps de la narratrice. Bouleversant !

Heureusement, l’écrivaine ne s’est pas arrêtée pas là. Elle prolonge maintenant la vie de son héroïne dans un deuxième volume fraîchement sorti des presses : La Maîtresse. Elle confirme tous les sentiments évoqués dans le premier livre. Elle les ancre encore plus profondément, les travaille avec finesse.

Lorsqu’on lui demande si elle est le personnage principal du livre, Lynda Dion répond avec cette flamme qui la caractérise : « Je ne crée pas de personnages, dès qu’on écrit sur quelqu’un il devient un personnage. » Elle admet que son entourage puisse se reconnaitre dans ses manuscrits et elle l’assume complètement. « Mais à quel point peut-on révéler des vérités sur notre entourage ? De toute façon, les gens s’insurgent rarement d’être trop présents dans un livre. » Lynda Dion déclare que si on pense à écrire pour les autres, on n’écrira jamais. « L’inspiration est si facilement tuée. Il ne faut pas la laisser filer mais la garder en vie. »

L’auteure affirme qu’un livre n’est pas si simple à écrire : La Dévorante s’est imposée à elle avec ses caprices alors que dans le cas de La Maîtresse, l’entreprise était nettement plus périlleuse. Son éditeur a refusé plusieurs fois son manuscrit en expliquant que l’aspect fluide et harmonieux du premier roman ne s’y retrouvait pas. Mais Lynda Dion n’est pas faite en papier de soie, on ne la chiffonne pas si vite. Elle est revenue à la charge jusqu’à ce qu’elle soit elle-même satisfaite.

Lynda Dion enseigne aussi la création littéraire à des jeunes. Elle est la première à avoir instauré cette forme d’art dès le secondaire. Elle affirme qu’il n’est jamais trop tôt pour intéresser les jeunes à la création. Elle accepte même de conseiller de jeunes écrivains avec une générosité ahurissante. « Il ne faut pas attendre que l’inspiration arrive. Il faut plutôt saisir les petits “flashs” qui “popent” au quotidien, entretenir le muscle qu’est l’écriture par des exercices réguliers. Pourquoi pas avec une séance d’écriture automatique tous les matins ? »

On retrouve donc avec cette nouvelle oeuvre la professeure attachante rencontrée dans La Dévorante. Celle qui se rattache à ce titre de maîtresse d’école, mais pas seulement d’école. Ce dernier roman est une lecture pour temps de pluie. Une lecture qui réchauffe, dans laquelle on se perd, on se trouve, dans laquelle on emmitoufle ses pieds comme dans une couverture de laine. Une histoire qui pique un peu, qui dérange, mais qui sait chasser la grisaille ambiante.

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