Champ libre

Celui qui plante un arbre plante un « espouère »

Par Julie Francoeur le 2013/11
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Champ libre

Celui qui plante un arbre plante un « espouère »

Par Julie Francoeur le 2013/11

Percé, 28 août 2013. La cinquième édition du Festival international de cinéma et d’art de Percé (Les Percéides) présentait Lespouère, un court métrage signé Moïse Marcoux-Chabot. Le documentariste indépendant offrait là un film dépouillé de l’artifice des formes et de l’hypocrisie des réponses toutes faites, un film consacré à une urgence intérieure.

L’expérience du printemps étudiant a en effet affecté le regard du documentariste, d’ordinaire optimiste quant à la question de l’avenir collectif. « J’avais passé l’essentiel des mois précédents à documenter la violence policière, surtout à Montréal ; j’avais besoin d’air et d’inspiration positive. » Cette inspiration porteuse d’espérance sociale, Marcoux-Chabot l’a trouvée auprès du militant, poète et slameur gaspésien Bilbo Cyr, à l’occasion d’une rencontre fortuite qui fera de Lespouère un film imprévu, tourné sans financement ni scénario dans les 24 heures suivant la rencontre. Aussi Lespouère fonctionne-t-il sans explications, à la manière d’un appel, d’une exigence née de la rencontre entre deux intelligences partiales et créatrices : l’une qui dit, l’autre qui fait dire.

Une poésie attentive à sa pertinence

La présence de la caméra a permis à Bilbo Cyr de préciser sa relation avec une poésie engagée contre le modèle de développement tel qu’il s’impose et se perpétue en Gaspésie. Sa poésie cherche à faire entendre l’actualité des dégâts suscités par un modèle de développement qui tombe dans le ridicule de la répétition, ce développement même qui a déjà épuisé la morue, les gisements de cuivre, ainsi que la confiance des gens d’ici. Celui-là même qui annonce aujourd’hui se répéter avec le pétrole.

Cyr présente sa poésie non pas comme une solution, mais comme une invitation à reconsidérer le développement, à voir plus loin, à ouvrir la grande plaine du possible. La métaphore de l’arbre utilisée dans le film se veut claire. On s’interrogera toutefois sur la force subversive d’une poésie qui reste sans succès réel devant des colonnes de chiffres. La poésie fournit-elle une réponse ? Dans l’espoir de quels résultats offre-t-elle ses mots et sa force ? Le miracle de la poésie consisterait-il simplement à structurer de l’intérieur « les grands gueules » de demain ?

Lespouère jette en somme un éclairage sur la puissance d’action des mots et sur l’importance de la parole dans un monde où « il est beaucoup plus facile de se taire que de parler. » Le film part à la découverte d’une intelligence engagée envers ce qui reste marginal, envers ce qui donne à espérer ; bref, qui force l’espérance jusqu’aux limites d’une poésie attentive à sa pertinence.

Lespouère fait partie des films en compétition au Concours de courts métrages gaspésiens organisé par Les Percéides. Il vient également d’être sélectionné au Festival de courts métrages Images en vues qui se tiendra aux Iles-de-la-Madeleine les 8 et 9 novembre prochains. Des projections à Montréal et à Québec suivront la première gaspésienne officielle prévue le 23 novembre à Carleton-sur-Mer (NDLR La projection du 23 novembre est reportée en 2014).

D’autres films de Moïse Marcoux-Chabot ont récemment attiré l’attention. En octobre dernier, le réalisateur représentait la Gaspésie à La Course aux régions avec son documentaire Sons étranges et sa fiction Gaspésie 2023. Tout en entretenant certains projets de diffusion dans l’Est-du-Québec, Moïse Marcoux-Chabot poursuit maintenant sa résidence à Montréal où il mène une démarche autonome de documentariste indépendant.

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