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VOL XXVII No 1, septembre-octobre 2021 Suzanne Tremblay

Un fleuve de notes bleues

Un fleuve de notes bleues

17 septembre 2013 par 

Que pense Émilie-Claire Barlow des festivals de jazz qui choisissent d’insérer des artistes pop à leur programmation pour attirer les foules ? Elle considère que le public qui participe à ce genre d’événements est habituellement réceptif aux découvertes. Photo : F. Mera

La 28e, édition du Festi Jazz international de Rimouski s’achèvera tout juste au moment d’imprimer ces lignes. Ainsi, entre le 28 août et le 1er septembre, plus de 200 artistes auront fait vibrer la ville sous le signe du jazz. Pour souligner cet événement musical d’envergure, voici deux entretiens avec deux artistes passionnées : Emilie-Claire Barlow, interprète et « réinventrice » de chansons depuis déjà quelques années (son premier album, The Very Thought of You, est paru en 2007) et Emie R Roussel, leader du trio qui porte son nom et dont les premiers succès semblent annoncer un avenir prometteur.

Emilie-Claire Barlow

Paru en octobre dernier, le plus récent album de la chanteuse, Seule ce soir, est composé uniquement de reprises de chansons francophones. Dans ses opus précédents, elle insérait toujours quelques pièces en français. Cette fois-ci, elle revisite, à sa façon, des chansons phares du répertoire populaire, un défi auquel elle s’est attelée avec minutie.

Émilie-Claire Barlow affirme que c’est un luxe de pouvoir enregistrer des chansons qui ont eu le temps de vivre sur scène, comme « Les yeux ouverts » et « Jardin d’hiver » qu’elle avait jouées en tournée. Comme ces pièces se sont transformées, elles ont été réenregistrées, même si elles se trouvaient déjà sur d’autres albums. « Quand on est plus à l’aise avec le répertoire, il est plus facile de se l’approprier et d’avoir plus de plaisir à l’interpréter. »

Un soin particulier a été apporté au choix du répertoire. « J’aime faire de nouveaux arrangements qui permettront aux gens d’écouter les pièces dans des contextes différents de ce qu’ils connaissent », dit-elle. Par exemple, c’est d’abord la poésie de « Petit matin » qui l’a accrochée. « Ce sont des paroles qui dressent un tableau, […] c’était mon inspiration ». Pour « Quand le soleil dit bonjour aux montagnes », elle souhaitait s’approcher du style d’un hymne. « C’est une pièce à la fois simple et profonde. Je voulais faire parler les mots. J’aime prendre une chanson et la déconstruire. »

Que pense Émilie-Claire Barlow des festivals de jazz qui choisissent d’insérer des artistes pop à leur programmation pour attirer les foules ? Elle considère que le public qui participe à ce genre d’événements est habituellement réceptif aux découvertes. Même s’il se déplace pour une célébrité pop, le contexte du festival lui fera entendre toutes sortes de choses ; par conséquent, ces choix des organisations n’auraient pas d’impact sur la scène jazz.

Seule ce soir plaira aux amateurs de jazz décontracté et soigné. Le répertoire choisi provoque de belles surprises, surtout quand on a en tête les versions originales. « Petit matin » fait tout à fait honneur au texte original de Sylvain Lelièvre ; « La plus belle pour aller danser », de Sylvie Vartan, déborde d’une légèreté contagieuse.

Emie R Roussel

La jeune pianiste et compositrice de Rimouski a quant à elle choisi la voie de la création. « En jazz, il y a tellement de variété, ça prend une bonne façon de se distinguer », dit-elle.

Le trio, complété par Nicolas Bédard à la contrebasse et Dominic Cloutier à la batterie, lançait en juin dernier un album, Transit, sur lequel on peut également entendre le Quatuor Saint-Germain (Élise Lavoie, Hugues Laforte-Bouchard, Steeve St-Pierre et James Darling), une fusion qui intéressait Emie Rioux-Roussel depuis un moment déjà. « Le quatuor à cordes est au classique ce que le trio est au jazz. » En effet, les deux types de formation offrent la même intimité musicale (ce n’est pas un orchestre ni un big band, mais les possibilités sont pourtant quasi infinies).

Comme les musiciens classiques et jazz utilisent habituellement des langages quelque peu différents, leur union a nécessité quelques adaptations. Des arrangements particuliers ont été faits pour les cordes. Le trio et le quatuor ont enregistré chacun de leur côté, pour un effet naturel et dynamique, et la magie du studio a fusionné le tout. Un jeu qui en valait la chandelle : les cordes et le jazz s’entendent à merveille. Les créations d’Emie R Roussel sont inventives et dénotent une grande sensibilité musicale.

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