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Vol XXIV No 5, mai-juin 2019, Plein feu sur le KRTB

Freiner la croissance illimitée

Freiner la croissance illimitée

18 septembre 2013 par 

Le dogme de la croissance illimitée, que professent nos dirigeants économiques et politiques, met en danger l’avenir de notre planète limitée. Notre empreinte écologique dépasse déjà largement la capacité de support de notre planète et, comme la croissance démographique, industrielle et polluante est exponentielle, beaucoup d’experts estiment qu’il nous reste tout au plus une quinzaine d’années avant que ne s’enclenchent des perturbations climatiques et sociales qui conduiront à l’effondrement du système économique, social et politique actuel, mettant en danger l’espèce humaine elle-même1.

Mais quels changements peuvent freiner cette croissance suicidaire ? De façon générale, il faut trouver les moyens de passer d’une économie de croissance continue de la production (et de concentration des profits) à une économie des besoins essentiels (et des ressources disponibles). Et pour satisfaire les besoins essentiels des personnes (nourriture, eau, logement, commodités de base, santé, éducation, culture, loisir), il faut viser la gratuité des services essentiels et un revenu de base universel, inconditionnel et cumulable, fixé en fonction des moyens disponibles.

Pour briser le cercle vicieux de la croissance illimitée et de la concentration de la richesse, une série de mesures sont possibles et nécessaires :

  • Un revenu maximum admissible (environ 20 fois le revenu moyen) : au-delà d’un tel revenu, l’imposition est pratiquement de 100 % ;
  • Une taxation dissuasive des produits luxueux, non essentiels, énergivores, jetables et polluants ;
  • Un contrôle de la publicité qui est à la base de la consommation irresponsable ;
  • Le remplacement des énergies fossiles par des énergies propres et renouvelables et une réorganisation en conséquence des transports et de l’aménagement du territoire ;
  • La décentralisation et la relocalisation des décisions collectives, de la gestion des ressources, de l’activité économique et sociale, notamment de la production alimentaire, en privilégiant les entreprises coopératives, les entreprises d’économie sociale, de cogestion et des instances démocratiques territoriales ;
  • Une charte des ressources naturelles établissant la propriété collective, la gestion, la planification et l’exploitation démocratique et durable, respectueuse des communautés territoriales (blanches et autochtones), de l’environnement. Le prix des matières premières devrait être fixé par l’État qui en est le fiduciaire ;
  • L’abolition des banques privées et de la bourse, comme commerce du crédit (spéculation), et la création d’un réseau de banques démocratiques dont le seul objectif est de faire circuler l’argent et de le rendre accessible aux individus et aux groupes ou entreprises qui en ont besoin pour créer des activités et des entreprises socialement et écologiquement utiles.

Ces mesures socio-économiques ne pourront être mises en œuvre sans une réforme en profondeur de notre démocratie de représentation qui doit redonner le pouvoir aux citoyens. Cette réforme ne peut venir des politiciens, encore moins des partis politiques : les élections et les élus, nous le savons désormais, sont captifs de ceux qui les financent ; elle ne peut venir que du peuple exerçant sa souveraineté, dans le cadre d’une assemblée constituante indépendante, composée de citoyens tirés au sort et mandatés pour définir les nouvelles règles du pouvoir dans une constitution devant être soumise au peuple pour approbation par référendum.

Les éléments essentiels d’une nouvelle démocratie devraient être :

  • Le respect de la souveraineté du peuple comme fondement de la démocratie ;
  • L’abolition des partis politiques dans le processus électoral et parlementaire ou, à tout le moins, le contrôle du financement et des dépenses de l’élection par l’État ;
  • Idéalement, le remplacement des élections comme moyen de désigner nos représentants par un tirage au sort ;
  • La primauté absolue du pouvoir législatif (assemblée nationale) sur l’exécutif.
  • L’établissement de mécanismes de participation directe et virtuelle concernant les lois, les orientations et les mandats des élus : initiatives populaires, consultations obligatoires, chambre des citoyens, etc. ;
  • L’instauration de gouvernements territoriaux et d’une représentation territoriale auprès de l’Assemblée nationale.

Beaucoup de ces réformes ne seront possibles que si une démarche semblable s’opère simultanément sur le plan international. L’ampleur mondiale des crises à venir devrait permettre ce travail de réforme au niveau planétaire.

  1. Donella Meadows, Dennis Meadows et Jorgen Randers, Les limites à la croissance (dans un monde fini), Écosociété, 2013, 432 p.
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