La Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent convoités pour leurs réservoirs compacts

Hydrocarbures non conventionnels

La Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent convoités pour leurs réservoirs compacts

6 juillet 2013 par 

On devrait interdire la fracturation, quel que soit le liquide utilisé, puisque les risques sont trop importants sur l’environnement, la santé humaine et l’économie. Photo : Louis-Philippe Cusson

Depuis quelque temps, des informations au sujet des hydrocarbures non conventionnels (gaz de schiste, pétrole de schiste, réservoirs compacts, etc.) émergent. Une conclusion s’impose : les régions de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent sont fort probablement pourvues d’hydrocarbures non conventionnels, essentiellement des réservoirs pétroliers et gaziers compacts (tight oil et tight gas). Ces structures nécessitent l’emploi de forages horizontaux et l’utilisation de la fracturation avec de l’eau, de l’air, du propane, etc., dans la majorité des cas1. Des exemples Un article, publié dans Le Mouton NOIR du mois de mai 2012, indique : « Il faut bien comprendre que les projets à Haldimand sont effectués au sein des grès (groupe géologique de Gaspé) de la formation géologique de York River. On peut lire ceci sur le site Web de Pétrolia au sujet de cette formation : "La formation du York River s’apparente au gisement non conventionnel de Bakken au Dakota du Nord et au Montana. Ce type de gisement requiert cependant plus de temps et une technique différente pour extraire le pétrole." Cette technique différente pourrait bien être la fracturation hydraulique : c’est la seule méthode connue à ce jour afin d’extraire le pétrole ou le gaz du substrat rocheux. La formation de York River s’étend sur une bonne partie de la Gaspésie et celle-ci se retrouve sur le territoire de la Vallée de la Matapédia, notamment à Saint-Léon-Le-Grand.2 » Lors d’une séance d’information organisée par la MRC de la Vallée de la Matapédia, le 12 mars 2012, Jacques Perron de l’entreprise gazière Gastem a confirmé que le groupe géologique visé par les travaux de forage était celui du Potsdam. Or, dans un communiqué publié par l’entreprise gazière Junex, le 3 septembre 2008, il est écrit, au sujet du potentiel en hydrocarbures de cette formation : « [On trouve] la présence de réservoirs gréseux dans le Potsdam et la présence potentielle d’un intervalle propice à l’évaluation d’un concept géologique de type Tight gas.3 » Par ailleurs, le 10 avril 2013, l’entreprise Pétrolia indiquait, au sujet de la formation géologique Forillon de leur projet Bourque, près de Murdochville : « Les analyses des tests montrent qu’il s’agit d’un réservoir carbonaté conventionnel de faible perméabilité (tight gas carbonate reservoir).4 » Fait à noter, même si l’on voit apparaître le mot conventionnel, cette structure gazière n’en demeure pas moins classée non conventionnelle (le forage horizontal et la fracturation seront fort probablement nécessaires). Enfin, depuis plus de 40 ans, la Société québécoise d’initiatives pétrolières, fondée en 1969 et qui a disparu vers la fin des années 1990, n’a jamais trouvé d’énergies fossiles potentiellement commerciales. Pourquoi ? Posez la question, c’est y répondre ! Parce qu’il n’y pas de potentiel économique lié au pétrole ou au gaz conventionnels au Québec. Les juniors du gaz et du pétrole n’ont certainement pas « claimé » la quasi-totalité des territoires potentiels en hydrocarbure du Québec sans savoir que les forages horizontaux ainsi que la fracturation y seraient utilisés. Par conséquent, le gouvernement du Québec devrait mandater le BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement) pour qu’il étudie les impacts de l’ensemble de la filière de l’exploration et de l’exploitation des énergies fossiles au Québec. Par la suite, il devrait organiser un grand débat public sur l’avenir énergétique du Québec à l’instar de celui mené par le Parti québécois de Jacques Parizeau, en 1995, qui donna naissance au rapport intitulé Pour un Québec efficace. Par souci de cohérence, le gouvernement devrait également imposer, une fois pour toutes, un moratoire complet sur l’industrie des hydrocarbures, incluant le pétrole de schiste, le gaz de schiste, les forages en mer et les autres formes d’hydrocarbures non conventionnels comme les réservoirs compacts. De plus, le tout devrait être accompagné d’une interdiction permanente d’utiliser la fracturation, quel que soit le liquide utilisé, puisque les risques sont trop importants sur l’environnement, la santé humaine et l’économie.
  1. Roland Vially, Les hydrocarbures non conventionnels : évolution ou révolution ?, IFP Énergie Nouvelles, Panorama 2012.
  2. Stéphane Poirier, « Les hydrocarbures non conventionnels et la formation géologique de York River en Gaspésie », Le Mouton NOIR, 14 mai 2012.
  3. Junex, Mise à jour du programme d’exploration de Junex dans les Basses-Terres du St-Laurent : le puits St-Antoine-sur-Richelieu est terminé, Communiqué du 3 septembre 2008.
  4. Pétrolia, Pétrolia : 1 TCF (mille milliards de pieds cubes) de gaz naturel humide dans un réservoir conventionnel à Bourque (Québec), Communiqué du 10 avril 2013.
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