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Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

Sortir les enfants du bocal

Projet d'école alternative à Rimouski

Sortir les enfants du bocal

25 mai 2013 par 

D’autres avenues sont possibles en matière d’éducation et des projets éducatifs différents ont fait leurs preuves ailleurs au Québec. Photo : Alexandra Pineault

En cette période d’effervescence des communications, en cette ère où l’information circule instantanément, où les enfants sont nés avec un ordinateur entre les mains, où la connaissance scientifique atteint des sommets incomparables, nous nous posons une question : « Le modèle éducatif actuel est-il toujours adapté à la réalité d’aujourd’hui ? » Autrement dit, ce modèle mérite-t-il d’être questionné ou devons-nous répéter ce que nous avons toujours connu, aveuglément et inlassablement, en ostinato ?

Quoi de plus incohérent que d’enfermer 30 enfants du même âge dans un endroit clos, cinq heures par jour, cinq jours par semaine et de leur demander d’écouter et de travailler en silence ? Même les adultes n’y arrivent pas. Pourtant, la société s’efforce bien de nous modeler ainsi : « Tu t’assois et tu écoutes ! Tu écris et tu apprends ! Tu deviens un numéro de plus dans cette usine à dépersonnaliser l’être humain… »

Quelle est l’origine du modèle éducatif tel que nous le connaissons, soit de regrouper 25 à 30 enfants du même âge dans le même « bocal » et de mandater un « maître » pour leur « injecter » son savoir absolu ? En fait, ce modèle était fort bien adapté à l’ère industrielle. Il représentait une métaphore du travail à la chaîne qui se pratiquait dans les manufactures. On montrait au petit être humain comment se préparer à vivre dans cette réalité.

Il s’agit évidemment d’une caricature grossière d’une situation de moins en moins observée. Il ne faut rien enlever à plusieurs enseignants animés d’un vouloir exemplaire qui oeuvrent dans les écoles de la région. Plusieurs s’efforcent de faire bouger leurs élèves, de réaliser des projets créatifs, de s’ancrer dans leur communauté. Mais les ressources actuelles limitent parfois ce qu’ils peuvent mettre sur pied au sein d’une école régulière.

Qu’en est-il des besoins de la société actuelle ? À quoi les enfants devront-ils être prêts lorsqu’ils sortiront de l’école secondaire ? Lire, écrire et compter demeurent des inconditionnels de base, mais n’existe-t-il qu’un seul moyen d’apprendre ces rudiments essentiels de la vie ?

Des pistes à explorer

D’autres avenues sont possibles en matière d’éducation et des projets éducatifs différents ont fait leurs preuves ailleurs au Québec. Ces différents projets sont regroupés sous l’appellation d’écoles alternatives, c’est-à-dire des écoles qui offrent un choix différent de celui proposé par les écoles régulières.

À quoi ressemble une école alternative en bref ? Comme elle est ouverte sur la communauté, les parents y sont omniprésents et l’éducation est centrée sur l’enfant, sur son développement global. Le développement de l’autodétermination de l’enfant et sa responsabilité sur ses apprentissages font partie des éléments qu’on cherche à faire naître chez lui dès l’âge préscolaire. L’apprentissage par projet est privilégié de même que les groupes d’âges multiples. Et ce ne sont là que quelques grandes lignes.

Un témoignage

Ayant enseigné à la Commission scolaire des Phares et ayant visité quelques écoles alternatives lors d’un projet de recherche à l’UQAR, j’ai eu la chance de comparer deux réalités très différentes et de constater les effets positifs qu’ont des modèles éducatifs plus avant-gardistes sur la responsabilisation des élèves, sur le développement de leur autonomie, sur leur capacité à prendre des décisions éclairées, à faire preuve d’esprit critique, à développer la globalité de leur potentiel, mais en plus sur l’aptitude à supprimer toute trace de compétition entre les apprenants.

Le Groupe de développement d’une école primaire alternative à Rimouski croit qu’un tel choix devrait être offert à la population bas-laurentienne. Certains enfants qui n’arrivent pas à s’épanouir dans le système éducatif régulier y trouveraient leur place. Des familles qui adhèrent à des valeurs plutôt altermondialistes y verraient la possibilité d’un projet communautaire dans lequel développer une forte appartenance. Plusieurs parents qui ont décidé de faire l’école à la maison décideraient probablement d’envoyer leur enfant à l’école. Qui sait ?

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