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Vol XXIV No 5, mai-juin 2019, Plein feu sur le KRTB

Rose d'Octobre

Mort du syndicaliste activiste Paul Rose

Rose d'Octobre

26 mai 2013 par 

Paul Rose en compagnie du comédien Vincent-Guillaume Otis qui joue son rôle dans le film La Maison du pêcheur, tournée à Percé en septembre 2012. Photo : Félix Rose

Nous avons toute cette force en tant que peuple. Nous avons cette vitalité qui dort en nous depuis nos pères, depuis nos arrière-grands-pères et cette force nous est transmise de par les frustrations, de par toutes les obstructions.

Comme gens du peuple québécois, nous devons nous affirmer totalement.

C’est un devoir que nous avons de pouvoir nous réaliser, de pouvoir prendre les moyens de nous réaliser totalement – Extraits de la plaidoirie de Paul Rose, 12 mars 1971, reproduits sur son signet commémoratif

Le 14 mars, un homme est mort. Pour certains, il était un patriote, un combattant de la liberté, voire un héros national. Pour d’autres, il était toujours un terroriste, un meurtrier, un extrémiste. Pour moi, Paul Rose était un ami, que j’aimais profondément, depuis longtemps. Deux fois, j’ai dit, à Radio-Canada, que Paul Rose était bel et bien un extrémiste, car il était extrêmement gentil. Et ce n’était pas une formule toute faite.

Je connaissais Paul Rose depuis plus de 30 ans. Il a été, en 1985, la toute première bougie d’allumage de mon projet de scénario de long métrage La Maison du Pêcheur, qui a été tourné de septembre à novembre dernier, en majeure partie à Percé, et qui sortira en salle en octobre 2013. Paul a toujours été un collaborateur précieux pour ce projet, tout comme son frère Jacques, que je salue ici, et quelques autres personnes, qui ont vécu cette histoire de l’intérieur.

Paul ne verra pas ce film, mais il aura assisté, aux côtés de son fils Félix et de sa fille Rosalie, à quelques jours de tournage à Percé. Je suis très fier d’avoir pu, en étroite collaboration avec mes coscénaristes Alain Chartrand, aussi réalisateur, et Mario Bolduc, et avec les producteurs Vic Pelletier et Jean-Roch Marcotte, faire un film qui présente cette page méconnue de notre histoire, prologue à la crise d’Octobre 1970, en montrant ses commettants, Paul Rose au premier plan, dans une perspective plus humaine, très différente de celle qui a été médiatisée.

Quand une personne connue décède, les témoignages, commentaires et analyses fusent de toutes parts, s’en tenant généralement à ce pourquoi cette personne était connue. Ainsi, on n’aura parlé de Paul Rose qu’à propos de ce qui le reliait au FLQ et à Octobre 70, oubliant le syndicaliste, le militant, le professeur, l’homme engagé qu’il était aussi. Et comme beaucoup d’inconnu et de flou subsiste autour de cette époque de l’histoire du Québec, la porte était grande ouverte pour beaucoup d’interprétations et de jugements.

Le 17 octobre 1970, un homme est mort après avoir été enlevé et séquestré pendant sept jours. Quelques semaines plus tard, quatre hommes sont arrêtés, puis jugés. Parmi eux, Paul Rose, qui n’eut pas droit, comme tous les accusés de droit criminel et civil, aux services d’un avocat.

Paul Rose et les trois autres membres de la cellule Chénier du FLQ, Jacques Rose, Francis Simard et Bernard Lortie, n’ont jamais nié leur entière responsabilité dans la mort de Pierre Laporte et ils ont tous purgé de lourdes peines de prison. Paul Rose a subi énormément de répression au cours de sa période de détention : on l’a tenu enfermé « au trou » 23 heures et demie par jour, toutes lumières allumées, pendant deux ans, et on lui a refusé une sortie sous escorte pour aller au chevet de sa mère mourante, malgré une note de son médecin qui confirmait l’urgence de la situation. À l’époque, même Lysiane Gagnon, du journal La Presse, qu’on ne peut certes pas soupçonner de sympathie « felquiste », avait dénoncé la répression commise envers Paul Rose.

On sait maintenant que Paul Rose n’était pas présent dans la maison de la rue Armstrong, à Saint-Hubert, quand Pierre Laporte est mort, en octobre 1970 (commission d’enquête Duchaîne, 1980). Qui plus est, la thèse de la mort accidentelle, qui serait survenue lors d’un moment de panique du ministre, bien que n’ayant été ni prouvée, ni admise, n’a jamais non plus été formellement niée. Ces deux faits sont rarement mis en doute, sauf par des scribouilleurs qui ont du papier à noircir et qui n’ont rien à foutre d’ajouter à leurs textes des éléments qui les rendraient moins polémistes.

À peu près personne n’a évoqué le climat de répression qui régnait au Québec à la fin des années 1960 et les nombreuses attaques des pouvoirs en place.

À peu près personne n’a évoqué le climat de répression qui régnait au Québec à la fin des années 1960 et les nombreuses attaques des pouvoirs en place (policiers, gouvernements provincial, fédéral et municipal) contre des syndicats, des groupes communautaires et des organisations politiques dûment constituées comme le PQ et le Front d’action politique, le FRAP, un parti municipal de gauche de Montréal. Des hommes ont réagi par la violence à cette violence d’État.

Il est difficile, en 2013, de figurer qu’une société libre comme celle qu’est le Québec d’aujourd’hui ait pu être soumise à un tel climat. À ceux qui voudraient en savoir plus sur les conflits politiques et idéologiques du Québec de la fin des années 60, je recommande le visionnement du film Taire des hommes, de Pascal Gélinas et Pierre Harel, qui montre le « Lundi de la matraque », en quoi s’est transformée la fête de la Saint-Jean-Baptiste, à Montréal, en 1968. Je recommande aussi la lecture de La grande peur d’octobre 70, de l’historien Jean Provencher, paru chez L’Aurore, en 1974.

Dans une chronique particulièrement démagogique parue dans La Presse du 15 mars dans laquelle il citait René Lévesque de façon malhonnête et parfaitement hors contexte pour exprimer sa propre opinion, le polémiste Patrick Lagacé posait une question : « Terroriste ou combattant de la liberté, Paul Rose ? »

Je lui réponds par une autre question : « Protection de la sécurité publique ou répression d’envergure et manipulation de l’opinion publique à des fins politiques, la Loi sur les mesures de guerre ? »

Nul doute que les 502 personnes emprisonnées en 1970 cocheraient le second choix de réponse, qui est une phrase extraite, mot à mot, du rapport de la commission Duchaîne.

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