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Portrait d’une enseignante désabusée

Par Solenne Cadieux le 2013/05
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Portrait d’une enseignante désabusée

Par Solenne Cadieux le 2013/05

Diane Boudreau a enseigné le français au secondaire pendant plus de 20 ans, période durant laquelle elle affirme avoir côtoyé des élèves inoubliables, des collègues dévoués et des directeurs inspirants. Pourtant, désabusée et à bout de patience, elle a abandonné l’enseignement cinq ans avant l’heure.

Dans son petit essai, Une éducation bien secondaire, Diane Boudreau décrit ce qu’est devenu, selon elle, le système d’éducation au Québec. En bref : un désastre. Bourdes ministériel les, inculture généralisée, gestion scolaire entrepreneuriale, arrogance des élèves et de leurs parents et médiocrité de la formation des futurs enseignants sont autant de plaies béantes qui mènent lentement le système d’éducation à sa perte. En plus de soulever plusieurs lacunes importantes, Mme Boudreau avance quelques pistes de solution. Bien que certaines soient très intéressantes, d’autres résistent difficilement à l’analyse.

« Les 353 écoles élémentaires et secondaires privées du Québec […] ne devraient plus bénéficier de subventions ministérielles de l’ordre de 60 %. » Elle suggère que les riches paient la facture complète et que les moins bien nantis profitent de crédits d’impôt. Intéressant. Mais pas de chance : c’est Pauline Marois elle-même qui, en 1997, alors qu’elle était ministre de l’Éducation, a fait passer le réseau des centres de la petite enfance de ce type de système à la quasi-gratuité pour tous.

« Nos futurs enseignants […] se doivent de posséder une excellente culture générale car ils constituent l’élite intellectuelle de notre pays. » Mme Boudreau dénonce que l’inculture des enseignants soit exacerbée par la médiocrité de la formation qui leur est imposée par nos universités peuplées de « théoriciens qui rejettent allègrement toutes les critiques des enseignants, au nom des “sciences de l’éducation” ». Notons que plusieurs de ces théoriciens, pourtant détenteurs de doctorat et par le fait même spécialistes de leur domaine, déplorent le peu d’ouverture dont font preuve les enseignants envers les résultats de leurs recherches. Recherches qui, en général, sont effectuées dans les classes auprès de centaines, voire de milliers d’élèves.

L’enseignante déplore que les parents se permettent d’offrir des vacances au soleil à leurs enfants en février plutôt que « pendant les onze semaines de congé prévues au calendrier scolaire. »

« La Loi sur la fréquentation scolaire obligatoire devrait être respectée, comme le sont toutes les autres lois. » L’enseignante déplore que les parents se permettent d’offrir des vacances au soleil à leurs enfants en février plutôt que « pendant les onze semaines de congé prévues au calendrier scolaire. Que retiennent les enfants ? Les vacances sont plus importantes que l’école ». Bon point ! Il faudrait en informer l’administration du Paul-Hubert qui laisse partir les élèves de l’harmonie à Cuba pendant une semaine en avril… Pour un concours musical ? Non. Quelques concerts seulement. Pas si clair. Quelques concerts certainement. L’important, c’est que les élèves manquent un minimum de six jours d’école et reviennent un jeudi… combien iront en classe le vendredi ?

« Les conditions d’admission aux facultés de l’éducation [sic] de toutes les universités québécoises devraient stipuler qu’une cote R minimale de 26 (75 % et plus) est exigée de tous les candidats. » L’enseignante déplore que les universités québécoises admettent des étudiants ayant une cote R entre 20 et 25,9 (entre 65 % et 75 % selon Mme Boudreau). Qui pourrait s’en réjouir ? Mais attention, la cote de rendement au collégial (CRC) ne peut se transposer ainsi en moyenne générale. La CRC est le fruit d’un calcul complexe (CRC = (Z + IFG + C) x D ) tenant compte de la distribution des notes dans un groupe et de l’écart à la moyenne. La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec fournit l’explication de ce calcul et un exemple qui nous apprend que, dans un même groupe d’évaluation, un étudiant ayant une note de 79 % peut avoir une CRC de 36,30, alors qu’un autre étudiant, ayant obtenu une note de 71 %, aura une CRC de 20,80.

Malgré quelques lacunes importantes, l’opuscule de Diane Boudreau soulève des points qui, sans être nouveaux, demeurent fort pertinents. Par exemple, elle dénonce que « les élèves se métamorphosent en “clients” qu’il faut satisfaire à tout prix. Gestion, cibles chiffrées, normes et modalités, statistiques, menaces de poursuites judiciaires, règles budgétaires, voilà les nouvelles réalités “éducatives” ». Elle souhaite également que le gouvernement actuel remette en question l’achat des tableaux blancs interactifs, qui se détaillent à 3 458 $ chacun ! Elle voudrait voir le nombre d’élèves par groupe au secondaire diminuer à vingt-quatre et rêve que le contenu disciplinaire soit enrichi dans les écoles. Ces voeux de l’enseignante sont d’ailleurs évoqués par Suzanne-G. Chartrand et Marie-Andrée Lord, didacticiennes du français, qui avancent que ces améliorations liées, entre autres, à une hausse de la rémunération des enseignants et à l’instauration d’un programme de formation continue permanent permettraient de revaloriser la profession enseignante. C’est le souhait de Diane Boudreau et sans doute aussi celui d’une majorité d’enseignants et d’enseignantes québécois.

Voilà donc un tout petit bouquin qui, même s’il a le vilain défaut de généraliser à partir d’un seul cas, en l’occurrence l’expérience de l’auteure, a la belle qualité de nous inviter à réfléchir à ce que l’on souhaite pour les générations futures.

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