L'homosexualité peut causer la mort

L'homosexualité peut causer la mort

26 mai 2013 par 

C’est souvent plus facile de critiquer, de dénoncer, de dénigrer que de lever son chapeau. On se doit toutefois de reconnaître ce qui se passe en ce moment au Québec et surtout, ici même à Rimouski. Dans la dernière édition du Mouton NOIR, nous vous invitions à un événement que nous parrainions. La Queer MEGANIGHT a été un rendez-vous festif pour les LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres). Mais au-delà de la fête et des activités, c’était surtout un lieu sans préjugés où chacun pouvait parler de ses expériences, de sa vie, de sa réalité. Aux dires des organisateurs, il s’agissait d’une première à plusieurs égards. Quelques semaines plus tard, les mêmes organisateurs ont présenté la Semaine de célébration de la diversité sexuelle. Les instigateurs auraient fort bien pu s’asseoir et se féliciter du succès de ces deux projets. Ils auraient eu raison de se satisfaire du devoir accompli. Mais non, le 17 mai prochain, Rimouski sera l’hôte de la première D Marche (D pour diversité) de son histoire. Non pas une parade de la fierté gaie comme il en existe dans les grandes villes, mais une marche. Une marche pour célébrer la diversité sexuelle et de genres, et même la diversité affective. Non mais, il faut le faire.

Malheureusement, il y a encore beaucoup de gens choqués par de telles manifestations. Pas besoin de chercher bien loin d’ailleurs. De tout temps, les personnes différentes de la majorité ont été ostracisées, jugées, mises à mort même. Force est de constater qu’aujourd’hui encore, même si l’homosexualité semble moins taboue, plus « acceptée », il y a encore des gens qui en meurent. Non seulement dans des pays aux rites barbares, mais ici même au Québec, dans la maison du voisin, dans le garage d’un ami, dans une chambre d’hôpital. Pourquoi ? C’est si simple pourtant. La marginalité, c’est gage d’originalité… dans le domaine artistique à tout le moins. Mais dans la cour de l’école primaire du quartier, la personne différente de la masse souffre. Le phénomène n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que les gouvernements, les institutions d’enseignement, les professionnels de la santé ont finalement compris que l’intimidation pouvait mener, dans certains cas, au suicide. Maintenant, si le gouvernement sent le besoin d’agir, ça doit être devenu vraiment sérieux comme phénomène de société.

La campagne de sensibilisation de Québec

Le gouvernement a senti qu’il était temps d’agir pour contrer l’homophobie. Là encore, ça doit être un réel problème si Québec a investi des centaines de milliers de dollars dans une campagne « publicitaire ». L’homophobie n’est pas un problème grave. C’est un non-sens. La peur de la différence, diront certains. Le simple désir de prouver sa supériorité face à un « ennemi » déjà marginalisé. Pourquoi ne pas évoquer la loi du plus fort, la loi de la jungle un coup parti ? Les marginaux, les personnes différentes, les originaux doivent mourir pour assurer la survie d’une espèce supérieure. Il a déjà fonctionné, ce raisonnement. Plusieurs millions de juifs morts plus tard, on croyait que les gens sensés avaient compris.

La différence n’est pas nuisible ni dangereuse. Elle existe, simplement. En affaires, en politique et ailleurs, ne cherche-t-on pas des idées différentes, des personnages différents ? Mais dans une société où le sexisme existe encore, on peut imaginer que l’homophobie ne sera jamais qu’un simple mauvais rêve dont il serait question uniquement dans les livres d’histoire.

Faut-il baisser les bras pour autant ? Surtout pas. Si même les Américains de certains états légalisent le mariage entre conjoints de même sexe, c’est que les luttes commencent à donner des résultats tangibles, inespérés même.

Alors que penser de la portée du message du gouvernement du Québec ? Qu’il est bien fait, qu’il confronte, qu’il choque, qu’il dérange ? Pour ceux qui ne l’ont pas vu ni à la télévision ni sur le Web, voici l’image. Deux personnes débarquent d’un avion, un homme et une femme. À l’aéroport, un homme attend un passager, bouquet de fleurs à la main. Ce n’est pourtant pas la femme qui se dirige vers lui pour l’embrasser, mais l’homme. Le message de la voix hors champ demande : « Est-ce que ça change quelque chose à ce que vous croyiez il y a 20 secondes ? » Québec a produits différents scénarios sur le même thème. Le résultat est toujours le même : deux personnes de même sexe s’embrassent. On entend parfois l’argument selon lequel ce ne serait pas naturel. Pourquoi les enfants de quatre ans n’y verront qu’un geste d’amour et de tendresse alors que quatre ans plus tard, ils diront « beurk ».

Le plus troublant, c’est que les réseaux sociaux ont été inondés de messages homophobes à la suite de la diffusion de la série de capsules. Des propos durs, haineux, des menaces de mort. Comme si le message positif véhiculé par la campagne de sensibilisation avait fait sortir les homophobes du placard. Ironique, non ? Et qui sont les plus grands utilisateurs des réseaux sociaux ? Les jeunes qui tentent de se frayer un chemin entre leur réalité, l’influence des parents, la télévision, les préjugés et les amis. Qui voit aussi ces messages macabres sur Facebook ? Des adolescents qui, malgré toute la pression de la société et le courage que ça demande, sont prêts à révéler leur homosexualité à leurs parents, à leurs amis. À leurs amis ? Ces même amis Facebook qui écrivent : « Les fifs devrait toute aitre pendu par les shnols [sic]. » Alors oui, dans certains cas, l’homosexualité, comme la cigarette, peut entraîner la mort.

Selon les données de Statistique Canada, près de 600 jeunes âgés entre 10 et 24 ans meurent chaque année par suicide. De nombreuses études semblent indiquer que près de 32 % des jeunes lesbiennes, gais, bisexuels ou transgenres envisagent le suicide ou font une tentative de suicide (comparativement à 7 % pour l’ensemble des jeunes). Mais les chercheurs et les défenseurs des personnes LGBT disent que ce n’est pas leur orientation sexuelle qui les amène au suicide, c’est plutôt la stigmatisation et la discrimination dont ils sont affligés dans le monde hétérosexuel qui les entoure.

Mais l’idée de départ était de lever mon chapeau et non pas de critiquer. Heureusement, il y a de l’espoir, il y a des gens qui se défendent. Il y a des gens qui foncent. Et les exemples se multiplient. Une nouvelle série Web vient de voir le jour. Coming out raconte la vie d’homosexuels québécois dans la vie de tous les jours. Une autre série web, « Gai » comme « fif », s’installe lentement mais sûrement sur la toile. Et le plus beau, c’est qu’une partie du projet est produite ici à Rimouski. Deux pouces en l’air, comme disent les Américains.

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