Les assistés sociaux en colère

Les assistés sociaux en colère

Ou comment aider sans pénaliser
25 mai 2013 par 

Des comédiens déguisés en sans-abri ont fait de la sensibilisation au centre-ville de Matane. Ils remettaient aux passants deux biscuits secs en expliquant que pour certaines personnes, cette maigre pitance est le seul repas de la journée. Photo : Louis-Philippe Cusson

La réforme de l’assurance-emploi et les changements importants que le gouvernement du Québec veut apporter aux prestations d’aide sociale pour les 55 à 58 ans ont entraîné un mouvement d’opposition certain au cours des derniers mois. Les deux ministres concernées par ces réformes prêchent pour que l’emploi devienne la priorité des personnes dépendantes de l’aide gouvernementale. Il n’y a là rien de fondamentalement répréhensible, puisque c’est un mandat des deux paliers gouvernementaux que de soutenir, avec leurs programmes, la recherche d’emploi. Mais derrière ces exercices de réglementation et de pression politique, nous ne pouvons ignorer que des économies de quelques millions sont faites sur le dos des plus démunis, des plus vulnérables de notre société. Et c’est là que le bât blesse. Ne faudrait-il pas investir dans l’éducation et la formation professionnelle ? Ne faudrait-il pas comprendre ce qu’est la véritable pauvreté et son cortège de démunis ? À la loterie des riches et des pauvres, il y a souvent un coffre à outils plus ou moins bien garni.

On ne peut douter qu’il faille trouver des formules d’encouragement à l’emploi ; encore faut-il que ces emplois soient à la portée de la personne visée et que le salaire minimum, même s’il sera majoré de 25 cents le 1er mai prochain pour atteindre 10,25 $ de l’heure, soit à la hauteur des véritables coûts de l’alimentation et du logement.

Des études montrent que le milieu du travail est en manque de compétences, que plusieurs employeurs peinent à trouver des employés formés et capables de suivre le rythme d’une entreprise en production. Selon Le Devoir du 16 mars 2013, d’ici 2016, 700 000 emplois devront être créés au Québec afin de répondre à la demande. Que ce soit dans une usine, un organisme gouvernemental, une industrie de transport ou sur un chantier de construction, travailler exige des qualités professionnelles, certes, mais aussi des capacités psychologiques et de motricité pour maintenir le rythme imposé. Et lorsqu’une personne a quitté depuis plusieurs années le marché du travail, le décalage est important et l’adaptation, plus difficile.

Des programmes existent déjà, tant au niveau fédéral que provincial. Mais pourquoi ces programmes d’incitation à l’emploi ne fonctionnent-ils pas ? Pourquoi éprouve-t-on le besoin de devenir plus coercitifs ?

L’assisté social qui vit avec 604 $ par mois (1 060 $ pour une famille) n’a certainement pas fait ce choix par désir de se laisser vivre, ou de se laisser mourir. Derrière la population des assistés sociaux (7 % en 2012, dont 108 000 enfants selon Le Devoir du 16 mars) se cachent une problématique de santé, une situation familiale complexe, une difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, un décrochage scolaire qui demandent une approche psychologique de réinsertion. La personne assistée sociale a besoin d’un accompagnement personnalisé et surtout d’une passerelle adaptée à sa capacité d’apprendre avec des stages en milieu de travail. Les difficultés d’apprentissage touchent 15 % de la population, soit environ 700 000 Québécois selon l’Association québécoise des troubles de l’apprentissage (AQETA). Avons-nous suffisamment de ressources humaines au ministère des Services sociaux ? Nous comprenons que certains postes exigent des qualités particulières. L’approche est complexe et demande certainement des liens plus solides avec le ministère de l’Éducation.

Le monde communautaire peut aussi apporter sa contribution, si on lui en donne les moyens. Il nous faut alors nous tourner vers l’économie de solidarité sociale pour réussir à créer de véritables chantiers communautaires où les qualités humaines sont un moteur d’apprentissage et de développement. Chaque communauté est un microcosme qui sait s’adapter et comprendre ses membres. C’est donc « de l’intérieur » de ces communautés qu’il faut trouver des solutions au problème de l’emploi. La valorisation du travail de chacun demeure une approche positive de réinsertion sociale dans un réseau de proximité. On ne peut faire des économies sur ce genre d’investissement humain, familial et collectif.

S’attaquer à un système sans apporter de solutions adaptées et basées sur des études rigoureuses, comme le font les deux paliers gouvernementaux, n’apporte que confusion, désarroi et désolidarise les communautés. C’est pourquoi nous pensons que seule l’atteinte du déficit 0 dicte ces manoeuvres. Et, comme toujours, on cible les plus vulnérables, comme on le fait pour les aînés, pour justifier des coupures maladroites.

Où se trouve donc l’argent gaspillé ? Nous ne sommes certainement pas déficitaires qu’en raison des programmes d’assistance sociale, des personnes âgées, des cuisines collectives ou des centres communautaires comme Relais Santé. Nous avons la nette impression que les assistés sociaux savent mieux calculer que certains administrateurs à bonus, car nous les découvrons souvent comme bénévoles dans des organismes communautaires.

On devrait leur demander leur avis, mieux les écouter. La « vraie vie », ils connaissent.

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