dernier numéro

Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

De courts instants volés au temps

Le coeur, c'est fatal

De courts instants volés au temps

26 mai 2013 par 

Micheline Morisset, Le coeur, c’est fatal, Éditions d’art le sabord, 2013, 142 p.

S’il est une vertu que l’on puisse, parmi toutes les formes littéraires, attribuer à la nouvelle, encore davantage lorsqu’elle est courte, c’est d’aller à l’essentiel. Cet essentiel, Micheline Morisset le livre épuré, sans le fard qui en masquerait les maux dans son nouveau recueil de nouvelles. Univers qui n’a souvent de frontières que le bonheur et la plénitude, Le coeur, c’est fatal rappelle à quel point les mots peuvent être puissants et les peines, toujours prêtes à s’en dérober.

Trente-deux détours ! Et pas de ceux qu’on ferait pour l’amour du paysage. Le coeur, c’est fatal propose la beauté crue de nommer la crainte, la douleur et le doute. C’est un pari, comme une gageure au nom de la lucidité, chose rare peut-il sembler, en ces temps de célébrations perpétuelles du moi affranchi. Car ici, on doit s’ébahir devant le dépouillement, sinon c’est la tristesse et l’angoisse, la douleur.

Donnons donc ici toute leur envergure aux choix formels : plus cérébral celui de la nouvelle, plus organique celui de l’accent poétique, toujours présent, comme un peu de vent tiède sur le visage émacié de la mélancolie. Impossible aussi de ne pas souligner l’esthétique de l’objet : on y reconnaît la passion des artisans des Éditions d’art Le Sabord. De la poésie en soi ! Du coup, avancer dans cet univers devient un arrêt hors du temps. C’est tant mieux, car c’est ce que proposent les courtes incursions de l’auteure au milieu de vies suspendues. Et on se questionne : à quoi bon fuir sans cesse ce fardeau que nous sommes ?

Saluée pour son esprit créatif et la portée narrative de son travail par le Conseil des arts et des lettres du Québec en 2009, Micheline Morisset consacre tout son temps à l’écriture depuis une vingtaine d’années.

Avec Le coeur, c’est fatal elle réussit à rappeler à l’ordre la fuite vers l’avant, tout en célébrant la beauté, celle des mots. Les mots pour nommer. Les mots pour continuer.

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe