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Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

Les squelettes de l’Empire

Les squelettes de l’Empire

16 mars 2013 par 

Du régime seigneurial à la démocratie, génération après génération, la dépossession territoriale et politique des peuples autochtones a assuré la prospérité des colons en terre d’Amérique. (Photo : Marc Fraser)

Après le printemps arabe, le démantèlement du régime Kadhafi et l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Égypte, les gouvernements occidentaux assistent avec appréhension à l’éclatement de la Syrie et du Mali. Leurs craintes sont parfaitement justifiées, considérant les tensions qui s’exercent à l’intérieur même de ces populations. La Syrie La Syrie a été créée dans le tumulte de la Première Guerre mondiale, à la suite des accords Sykes-Picot, du nom des signataires britannique et français. Ces accords secrets visaient à séparer entre les deux puissances coloniales les terres arabes sous domination ottomane. Parmi les pays auxquels ils donneront naissance, citons l’Irak, le Liban et la version franco-britannique de la Palestine. C’est donc tout le découpage géopolitique actuel du Moyen-Orient qui repose sur une vision colonialiste du monde. Le Mali Le Mali représente le modèle africain de cette vision. Le territoire est devenu une colonie française dès 1895, avant d’être désigné sous le nom de Soudan français en 1920. Il est situé entre le Sénégal et l’Algérie, au cœur de l’empire colonial français en Afrique. On y retrouve une vingtaine d’ethnies, parlant près d’une dizaine de langues. Le Canada Mais pourquoi s’intéresser tant au sort de ces pays en ébullition, à des milliers de kilomètres de notre réalité quotidienne ? Parce que notre histoire est directement liée à celle du colonialisme. Le Canada est aussi une créature issue du rêve colonial et notre conception de la nation s’en trouve particulièrement malmenée. Idle No More Du régime seigneurial à la démocratie, génération après génération, la dépossession territoriale et politique des peuples autochtones a assuré la prospérité des colons en terre d’Amérique. Aliéné dans sa culture, sa langue et sa chair, assiégé sur des terres trop pauvres pour nourrir sa famille, l’Amérindien refuse désormais de se laisser plumer. Condamné à une mort lente, il préfère se rebeller, quitte à périr au combat. L’idée de nation Pour placer leurs revendications sur la voie d’évitement, les porte-parole du pouvoir, politiciens, éditorialistes et analystes, plaident le manque de cohérence des Premières Nations. D’autant plus qu’ils auraient contrevenu à de simples règles comptables, élaborées méticuleusement par les ronds-de-cuir de l’Empire. On leur reproche, au final, de ne pas agir comme le ferait une nation responsable. Les Premières Nations Le Canada, comme toutes les constructions coloniales, a été érigé sur un territoire qui ne correspond à aucune réalité culturelle ou historique. Au Québec, on retrouve pas moins de 11 nations parlant une cinquantaine de dialectes. Le plus haut tribunal du pays vient d’ailleurs de reconnaître le statut d’aborigène aux autochtones vivant hors réserves, sans toutefois leur attribuer les avantages reconnus par la Loi sur les Indiens. Comment un groupe aussi diversifié à l’origine pourrait-il parler d’une même voix ? Comment les Amérindiens vivant hors réserves, à qui, jusqu’à tout récemment, on a refusé le droit à une identité, pourraient-ils présenter une position unifiée ? L’inévitable dialogue ou l’éclatement Tout le mouvement Idle No More, avec les perturbations économiques qu’il génère, vise à ramener le gouvernement fédéral à la table de négociations. C’est le seul moyen pour sortir la classe politique du déni dans lequel elle s’est emmurée et de régler une fois pour toutes l’important passif colonial qui mine nos relations avec les Premières Nations. Le refus de s’engager sur cette voie pourrait entrainer des perturbations dont l’ampleur reste insoupçonnée.
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