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Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

Les étudiants soufflent leur première chandelle

Les étudiants soufflent leur première chandelle

16 mars 2013 par 
Graffiti sur un immeuble de Montréal
Les manifestations étudiantes ont laissé des traces comme ce graffiti sur un immeuble de Montréal. (Photo : Isabelle St-Pierre)

Le printemps étudiant a perdu ses feuilles en même temps que l’automne. Les casseroles sont bosselées, le costume de panda est rangé, les juges délibèrent. Le Québec dans sa polarisation a vu passer la saison des bourgeons. La jeunesse carré rouge ou carré vert est apparue dans les téléviseurs des aînés, des baby-boomers et des X.

« Le mouvement étudiant a décloisonné l’idée des générations et a mélangé un peu tout le monde », lance la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins. Selon elle, les chaumières québécoises se sont politisées. Aux dernières élections, trois Québécois sur quatre sont allés aux urnes, une première depuis 1998. Des têtes blanches s’y sont rendues aux côtés de 61,2 % de jeunes de 18 à 24 ans, une augmentation de 26 % comparativement à 2008. Elle croit toutefois que la société est loin d’avoir fini la discussion sur l’éducation entamée l’année dernière. La question n’a pas vraiment été abordée en profondeur.

Plusieurs s’interrogent, d’un côté comme de l’autre, sur la qualité de la discussion. « Je pense qu’il n’y a pas eu de débat. Il y a eu du crêpage de chignons », déclare l’ancien porte-parole du Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec (MESRQ), Jean-François Trudelle. « Un an plus tard, on est encore à se battre dans les cours de justice et à se demander de quoi nos universités ont besoin. »

Jeanne Reynolds, ex-porte-parole de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) croit plutôt qu’un débat a eu lieu. « Ce fut un apprentissage sur comment vivre en société, en démocratie et comment on peut avoir un impact sur notre communauté scolaire ».

La poussière est retombée. Les forces en présence se sont affrontées dans un bras de fer de plus de 200 jours. Pour Martine Desjardins, le mouvement étudiant a gagné, aujourd’hui, le droit de débattre et de parler. « C’est une bonne chose qu’il y ait des débats. On n’arrivait même pas à se parler l’année passée. On n’avait même pas la possibilité de pouvoir parler avec les recteurs sans que ça parte dans tous les sens », se souvient-elle.

Arrestations et injonctions

Pendant qu’un détaillant Jean Coutu rue Mont-Royal à Montréal vendait ses casseroles à rabais 9,99 $ au lieu de 12,99 $ jusqu’à ce que le conflit soit réglé, 3 418 personnes étaient arrêtées et plusieurs injonctions faisaient monter la tension dans les cégeps et les universités. À l’Université du Québec en Outaouais, le professeur Thibault Martin a été arrêté le 17 avril pour s’être opposé à une injonction. Deux semaines plus tôt, un étudiant en anthropologie de l’Université Laval, Laurent Proulx, avait lancé le bal du recours à la justice.

« Les tribunaux ont été très instrumentalisés. Dans une société de droit, il va falloir qu’il y ait des réflexions sur le fait d’avoir fait passer des libertés individuelles devant des libertés collectives », pense Martine Desjardins.

Marc-Olivier Fortin, l’un des instigateurs de Fondation 1625 qui amasse de l’argent pour les étudiants et étudiantes qui ont été victimes de la grève, voit l’utilisation des tribunaux et leur implication sous un autre œil. « Pour moi, le combat n’était pas nécessairement pour la hausse ou contre la hausse. C’était plutôt un mouvement d’ordre civil, soutient-il. Notre message était : restez calmes, il y a un débat à faire, mais faites-le dans l’ordre ». Fondation 1625, dont il ne fait plus partie, supporte aujourd’hui le recours collectif contre 25 établissements scolaires et le gouvernement du Québec, la requête en nullité d’accréditation et de financement des associations étudiantes et l’action en outrage au tribunal contre Gabriel Nadeau-Dubois.

Réunion étudiante au Cégep de Rimouski

Un an plus tard, le nombre d'étudiants motivés à s'impliquer dans un mouvement de revendications au Cégep de Rimouski semble en décroissance. (Photo : Alexandre Pineault)

Prendre en main le politique

« Le mouvement a amené les jeunes à dire que la mobilisation n’est pas juste quand ça les touche personnellement, mais aussi quand ça touche d’autres groupes. Tout cela les a sensibilisés à des visions politiques », avance Martine Desjardins. Selon elle, une génération engagée est susceptible de porter des projets d’avenir. Elle émet toutefois un bémol, à savoir si les étudiants ont autant confiance aux décisions politiques qu’en eux-mêmes. « On a appris à défendre nos libertés et ce qu’on croit juste. On a rencontré de nouvelles personnes à travers ça », croit Marc-Olivier Fortin, engagé contre la grève et actuellement candidat à la réélection de l’Exécutif national du Parti conservateur du Canada.

« Des étudiants et des étudiantes du secondaire arrivent dans les cégeps et veulent s’impliquer sur le plan politique », assure Jeanne Reynolds, aujourd’hui secrétaire aux relations internes de l’ASSÉ. « Le printemps érable n’a donc pas eu seulement un effet sur les gens qui ont fait la grève dans leur association étudiante. »

On peut penser que le petit Nathan j’ai-des-choses-à-dire 10 ans et ses capsules web qui comparent la Loi 78 aux péripéties de l’Ordre du phénix d’Harry Potter aura eu la piqûre et s’impliquera d’un côté ou de l’autre dans quelques années si le Québec doit vivre une autre secousse printanière.

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