L’éducation en région, au sommet de nos priorités

L’éducation en région, au sommet de nos priorités

16 mars 2013 par 
Le sommet sur l’éducation supérieure de février devrait permettre de faire le point sur la situation actuelle, mais surtout de bâtir des ponts entre les étudiants, les enseignants, les institutions d’enseignement supérieur et la classe politique. En attendant toutes les répercussions de l’exercice, voici quelques pistes de réflexion sur le contexte régional dont les élus doivent tenir compte. L’éducation en région au sommet de nos priorités L’exode rural est un phénomène récurrent et préoccupant. D’ailleurs, tout le Québec est confronté à ce problème : les régions ressources se vident au profit des grandes villes et elles se battent pour tenter d’inverser le phénomène. Un des éléments qui permet de lutter contre cette dévitalisation, causée par une baisse démographique et par la perte des forces vives que sont les jeunes adultes, est de mettre en place un système éducatif solide sur tout le territoire, système qui génère en retour un développement de la vie économique, sociale, culturelle et sportive. Virginie Proulx, étudiante au doctorat en développement régional à l’UQAR, a constaté en rencontrant « les nouveaux arrivants » venus des grands centres ou d’ailleurs au Québec pour s’installer à Rimouski qu’ils viennent parce qu’ils sont attirés par la qualité de vie. Ils viennent également pour les opportunités qu’offrent les grandes villes (l’accessibilité aux études, la culture, le sport, la vie sociale). Selon Gérard Beaudet, urbaniste et professeur à l’Institut d’urbanisme de l’Université de Montréal, en l’absence d’un plan d’action national qui permettrait le maintien d’un réseau d’enseignement supérieur couvrant tout le territoire, la baisse démographique pousse les régions à se faire concurrence l’une l’autre. À cette compétition interrégionale s’ajoute l’attrait qu’exercent les grandes villes sur les jeunes. Dans ce contexte, les administrations des institutions d’enseignement doivent se transformer en agence de marketing. L’éducation devient donc un objet de marchandisation. M. Beaudet présente comme un « regrettable » symptôme de cette course à la « clientèle » le fait que les trois quarts des universités du Québec ont un pied à terre à Montréal. Pourquoi les étudiants resteraient-ils en région alors que les programmes s’y appauvrissent année après année ? Et, surtout, pourquoi y reviendraient-ils s’ils pensent ne pas pouvoir offrir à leurs enfants une éducation diversifiée ?

Pendant qu’à Montréal, on manque de place, que les classes débordent et qu’on investit à grands frais dans des infrastructures qui seront en surnombre dans peu de temps, on ferme des programmes à Gaspé et ailleurs sur le territoire québécois. (Photo : Alexandra Pineault)

Luc Méthot, enseignant au Cégep de Gaspé, soutient que la baisse dramatique d’effectif étudiant entraîne des répercussions économiques et sociales. Ainsi, ce cégep a perdu 34 % de ses étudiants et 42 % de ses enseignants, ce qui engendre une perte de 40 millions de dollars pour l’économie de la région. À cette perte s’ajoutent les autres effets, tel le départ de membres du personnel enseignant, du personnel de soutien, du personnel professionnel sans travail et de leur famille… phénomène qui accélère la dévitalisation de la région. Un manque de vision Pendant qu’à Montréal, on manque de place, que les classes débordent et qu’on investit à grands frais dans des infrastructures qui seront en surnombre dans peu de temps, on ferme des programmes à Gaspé et ailleurs sur le territoire québécois. Renverser cette tendance demandera une volonté politique et l’effort de tous, comme le rappelle avec vigueur et enthousiasme le maire d’Amqui, Gaétan Ruest. Il précise que pour qu’une petite ville ou une région se développe, il faut absolument que s’y trouve un point d’ancrage du savoir. Par exemple, des antennes collégiales, semblables à celles qui, à Amqui, ont permis la création du SEREX, une société innovante qui traite la biomasse et a attiré dans cette ville de nouveaux venus. Les solutions existent. Ce qu’il faut maintenant, c’est la volonté politique de mettre en place un plan d’action national cohérent qui garantirait que toutes les régions puissent offrir une éducation variée, y compris aux niveaux supérieurs. La Fédération des enseignantes et des enseignants de cégep (FEC-CSQ) a déjà identifié 12 pistes de solutions, qui vont des programmes exclusifs à la centralisation des demandes d’admission. Le sommet sur l’éducation supérieure de février 2013 sera un endroit privilégié pour faire connaitre ces pistes de solutions. De plus, un forum réunissant des membres de la FEC-CSQ, la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) et la Fédération des Cégeps se tiendra au cours des prochains mois.
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