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Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

La passivité, c’est fini !

Idle no more

La passivité, c’est fini !

16 mars 2013 par 

Pour revendiquer une rencontre avec le premier ministre Stephen Harper et avec le gouverneur général, Theresa Spence, chef de la réserve ontarienne d’Attawapiskat, a jeûné pendant 44 jours. (Photo : Serge Rock)

Idle No More est un mouvement pancanadien qui a vu le jour en novembre 2012. Né de la société civile autochtone, ce mouvement jouit maintenant d’appuis publics chez les autochtones et chez des non-autochtones au Canada et au Québec. Depuis, relayé par les médias sociaux, le message autochtone s’étend un peu partout à travers le monde.

Pour revendiquer une rencontre avec le premier ministre Stephen Harper et avec le gouverneur général, Theresa Spence, chef de la réserve ontarienne d’Attawapiskat, a jeûné pendant 44 jours. Un aîné de la Première Nation Cross Lake, au Manitoba, Raymond Robinson, a accompagné la chef dans son jeûne.

Ce mouvement pacifique s’oppose tout d’abord au projet de loi C-45 adopté par le gouvernement conservateur. Ce projet de loi redéfinit la protection des eaux navigables et modifie la façon de déterminer l’utilisation des terres et des réserves. Avec cette redéfinition, seuls les trois océans, 97 lacs et 62 rivières sont toujours protégés, ce qui signifie que de nombreux cours d’eau peuvent faire l’objet de constructions telles que ponts, lignes électriques, pipelines, quais, etc., sans la tenue d’une évaluation environnementale approfondie.

Les militants cherchent aussi à attirer l’attention sur une série de problèmes autochtones comme la violence faite aux femmes, la crise du logement et la pauvreté. Ils réclament une amélioration des conditions de vie des communautés autochtones du Canada. Sur 633 communautés autochtones au Canada, 200 n’ont pas d’eau potable. De plus, 3 000 femmes ont été assassinées ou sont disparues depuis les 30 dernières années.

Les pensionnats pour enfants, dont l’objectif était de coloniser et d’assimiler les Indiens, laissent un goût amer à ces peuples qui souhaitent conserver leur identité culturelle.

À la suite de la rencontre entre le premier ministre Harper et l’Assemblée des Premières Nations (APN) en janvier 2013, une déclaration d’engagement a été adoptée.

Des mesures ont été prises en vue d’une collaboration réciproque pour répondre aux priorités suivantes1 :

1. Une rencontre immédiate entre la Couronne, le gouvernement fédéral, les gouvernements provinciaux et l’ensemble des Premières Nations afin de discuter de questions en suspens découlant de la relation issue de traités ainsi que des relations qui prévalent dans des domaines non régis par des traités.

2. Des plans de travail précis comprenant des volets concrets et des échéanciers pour encadrer le respect des engagements, notamment des mesures immédiates en ce qui concerne les objectifs à court, moyen et long terme. Résoudre la crise qui sévit en matière de logement dans nos communautés des Premières Nations est réputé constituer une priorité immédiate à court terme.

3. Des cadres de travail et des mandats visant la mise en œuvre et l’application des traités entre les parties aux traités dans le cadre d’une relation de nation à nation.

4. Une réforme et des modifications à la politique sur les revendications globales, fondées sur les droits inhérents des Premières Nations.

5. Un engagement envers le partage des recettes provenant de l’exploitation des ressources, nécessitant la participation et la coopération des provinces et des territoires qui bénéficient actuellement du développement des ressources sur les terres traditionnelles.

6. Un engagement envers une supervision et des mesures collectives accrues afin de garantir la durabilité des terres par l’entremise d’un contrôle soutenu de l’environnement.

7. Un examen exhaustif et une consultation véritable au sujet des projets de loi C-38 (changement à l’assurance-emploi) et C-45 afin de garantir leur conformité avec l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982.

8. Toute loi fédérale ayant une incidence ou des répercussions sur les droits inhérents et issus de traités doit faire l’objet d’un consentement préalable, libre et éclairé des Premières Nations.

9. Une relation financière redéfinie entre les Premières Nations et le Canada qui soit équitable et durable, et comprenne une indexation ainsi que la suppression des plafonds arbitraires de financement.

10. Une commission nationale publique d’enquête sur la violence à l’encontre des femmes autochtones de tous âges.

11. L’équité dans la construction d’écoles des Premières Nations, notamment la parité avec les formules de financement provinciales, ainsi que des fonds additionnels de soutien aux langues des Premières Nations.

12. Un changement dans le fonctionnement du gouvernement afin d’inclure une supervision directe ainsi qu’un comité spécial du Cabinet et un secrétariat relevant du Bureau du Conseil privé à qui incombera notamment la mise en œuvre de la relation entre les Premières Nations et la Couronne.

13. La mise en œuvre intégrale de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones – DNUDPA.

Cette déclaration d’engagement comporte 13 points qui ont été approuvés et appuyés par le Comité exécutif national de l’Assemblée des Premières Nations, l’Association des femmes autochtones du Canada, le caucus parlementaire du Parti libéral du Canada et le caucus national du Nouveau Parti démocratique.

On est tenté de comparer le mouvement Idle No More au mouvement international Occupy qui s’indignait contre les inégalités économiques et sociales. Cependant, dans ce cas-ci, les revendications sont beaucoup plus précises.

Il sera intéressant de suivre ce mouvement qui rallie non seulement les peuples autochtones, mais aussi des personnes qui croient au respect de l’environnement, de la démocratie, des droits humains et fondamentaux.

1. Assemblée des Premières Nations, Déclaration d’engagement, 2013. www.afn.ca.

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