Delisle, le mauvais père

Delisle, le mauvais père

16 mars 2013 par 

Guy Delisle, Le guide du mauvais père, Delcourt, coll. « Shampooing », 2013, 192 pages.

Le Québécois Guy Delisle nous a proposé coup sur coup de superbes chroniques de l’étranger. Marié à une femme qui se dévoue pour l’humanitaire au sein de Médecins Sans Frontières (MSF), Guy Delisle a été amené à voyager et à s’installer en Chine et même à Pyongyang, en Corée du Nord. Là, il a partagé son temps entre le métier de guide, le rôle de père de famille et de bédéiste. Puis, ce fut la Birmanie et finalement Jérusalem. Avec Le guide du mauvais père, le nouvel album de ce brillant auteur, Delisle n’est plus dans l’exotisme de contrées lointaines animées par des problèmes politiques et sociaux. Il est de retour de ses périples, à la maison. Le monde de la paternité sera-t-il tout aussi trépidant ? Ses deux enfants, Louis, 9 ans et Alice, 6 ans que l’on a vus grandir dans les précédents albums, lui ont inspiré de petits « strips » humoristiques sur son rôle de père qu’il a d’abord déposés sur son blogue. Beaucoup s’y sont reconnus au point de lui donner l’idée d’en faire un livre. Le guide du mauvais père est un pavé de 180 pages noir et blanc au graphisme simple et efficace dans lequel les enfants partagent la vedette avec leur drôle de père. Certes, ses enfants l’ont inspiré, mais il y a place à la fiction. Allez-vous croire que Delisle laisserait une tronçonneuse entre les mains de son fils ? Le guide du mauvais père, comme on peut le deviner, ne montre pas toute la patience requise, la tendresse et l’admiration d’un père attentif. Il cible plutôt son insouciance, voire son indifférence. Ce père, qui n’est pourtant pas ingrat ou méchant, cumule sans honte les gaffes à l’endroit de ses enfants. Il est distrait, égoïste, pas du tout avare de mauvais conseils, pas gêné par sa mauvaise foi, ses gros mots et ses mauvaises blagues. Il préfère sa musique et son journal à leurs demandes répétées. Mauvais père, il oublie deux soirs consécutifs le passage de la souris qui doit remplacer par une pièce de monnaie la dent sous l’oreiller de son fils. Heureusement, la petite souris écrira une lettre pour s’excuser du retard. Ou encore, il réagit par un discours critique à un dessin de sa fille et pour l’endormir, il lui raconte un fait divers des plus sordides ou une histoire d’arbre qui pousse dans le ventre. De nombreux passages font sourire en évoquant des situations inusitées et désopilantes comme celui où il pousse son garçon à frapper énergiquement un punching bag. Déjà Delisle est animé d’un nouveau projet. Pour la première fois, il va raconter l’histoire de quelqu’un d’autre, celle de Christophe André, un administrateur de MSF, kidnappé dans les années 1990 et détenu pendant quatre mois en Tchétchénie. L’homme est parvenu à s’évader avant qu’une rançon d’un million de dollars soit versée à ses ravisseurs. Ce projet ne compromet nullement l’éventuelle parution d’un autre tome du Guide du mauvais père où il sera question de l’adolescence de Louis et d’Alice. Le guide du mauvais père est un album suave et délicieux, surprenant et attendrissant, témoignant d’un immense talent d’ici.

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