Soudainement : l’esthétique du cauchemar

Soudainement : l’esthétique du cauchemar

21 janvier 2013 par 

Photo: Robert Dubé

L’exposition Soudainement, présentée par le centre d’artistes Vaste et Vague de Carleton, suscite la controverse. Carl Bouchard sait travailler avec ce qui confronte, plaçant le spectateur face à ses propres peurs et ses préjugés. L’installation pluridisciplinaire parvient avec beaucoup de justesse à créer un malaise palpable qui questionne le visiteur par l’utilisation de symboles insérés dans le quotidien et le familier, à la frontière du surréalisme, où l’on sent aussi l’influence du performatif. L’ensemble évoque des souvenirs qui font grincer des dents, dans une esthétique rétro qui ramène efficacement à la mémoire ce qu’on aurait peut-être préféré garder enfoui. La vidéo Tomber une fille/ Falling a girl, projetée sur un voile blanc tendu au-dessus d’un lit à baldaquin couvert de charbon, évoque de manière troublante un changement d’identité sexuelle. Sur le mur adjacent, une image au pochoir d’un cowboy et d’un indien se répète indéfiniment, créant un effet anxiogène proche de l’envahissement. La descente de lit reprend la technique artisanale du tapis crocheté dans une œuvre où le tridimensionnel opère une tension avec le sujet, celui d’un corps qui se noie, sous nos pieds.

Un peu plus loin, la rencontre improbable de deux statues de plâtre du Sacré-Cœur, qui se présentent leurs cœurs saignants. L’œuvre est montée sur des raquettes en babiche, dans une poudrerie savonneuse et face à un parterre d’escargots et de fidèles pour le moins glissant. Le tout forme une image saisissante et éminemment satirique d’une religion dont l’iconographie a mis la douleur sur un piédestal. Ici, si l’image choque, ce n’est pas simplement pour provoquer mais plutôt une volonté de questionner l’humain en nous, dans ses faiblesses, ses petites angoisses et ses paradoxes.

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