Les contrecoups de l’anglicisation de Montréal sur l’Est du Québec

Langue au travail

Les contrecoups de l’anglicisation de Montréal sur l’Est du Québec

21 janvier 2013 par 

Le recensement de 2011 est venu confirmer l’anglicisation de Montréal débutée pendant la période 2001-2006. La grande région de Montréal représente la moitié de la population québécoise et ce qui se passe à Montréal aujourd’hui va inévitablement se passer dans le Bas-Saint-Laurent dans un avenir rapproché. Depuis 20 ans, le Québec ne réussit pas à franciser une grande partie des dizaines de milliers d’immigrants qui arrivent chaque année. De même, l’absence d’une politique linguistique sérieuse, l’affaiblissement de la loi 101 à la suite des différents jugements de la Cour Suprême et l’absence d’un renforcement de la Charte de la langue française ont mené au déclin du français. Si le PQ ne parvient pas à mettre en place des mesures structurantes entourant la langue de travail, le recul du français va s’accélérer de façon exponentielle.

La langue de travail dans l’éducation

Les 50 000 emplois anglophones représentent, en éducation, 17 % des 285 000 emplois du secteur, alors que les anglophones ne représentent que 8 % de la population québécoise. Fait remarquable, la moitié de ces emplois sont occupés par des francophones et des allophones. Seuls l’application de la Charte de la langue française au collégial et le rétablissement de l’équilibre dans le financement universitaire peut assurer une meilleure répartition. Dans le réseau collégial et à l’université, les institutions anglophones ont respectivement 17 et 25 % des effectifs de personnel. Qui plus est, les universités anglophones reçoivent près de 30 % de tout le financement universitaire, laissant le reste aux institutions francophones. Pour comprendre ce que ces données signifient, il faut imaginer de quoi aurait l’air le système universitaire si le français y occupait une place similaire à celle qu’il occupe au niveau primaire et secondaire (à savoir 89 %). On compterait alors 37 000 étudiants de plus dans l’enseignement français, 1 700 professeurs supplémentaires et un budget d’un milliard de dollars supplémentaire pour les universités francophones. Imaginez le financement accru que recevraient l’UQAR et l’Université Laval s’il y avait un équilibre entre les institutions francophones et anglophones.

La langue dans la santé

Une étude de l’IREC dit qu’il n’y a que 41 % d’anglophones parmi les 54 000 travailleurs qui oeuvrent dans les institutions anglophones. Le bassin d’emplois anglophones compte pour 12 % du nombre total d’emplois dans le secteur de la santé et tire 12 % des revenus (2,3 milliards), ce qui représente une fois et demie le poids de la population anglophone. Le projet de redéploiement du Centre universitaire de santé McGill, le fait que le Réseau universitaire intégré de santé (RUIS) de McGill ne desserve que 24 % de la population, le fait que McGill forme le quart des médecins et le fait que les universités anglophones reçoivent 22 % des fonds de recherche montrent tout le poids que peut avoir le gouvernement québécois dans l’anglicisation du monde du travail.

Est-ce que les hôpitaux de l’Est du Québec sont aussi bien financés que ceux couverts par McGill ? L’Université Laval ne devrait-elle pas former plus de médecins que McGill en ouvrant un campus régional à Rimouski par exemple comme l’Université de Montréal l’a fait à Trois-Rivières ?

L’atteinte du déficit zéro rendra presque impossible un déploiement significatif des ressources afin que l’Office québécois de la langue française puisse avoir un effet significatif. Le PQ peut faire des pas de géant sur la langue de travail sans avoir à s’aventurer sur le terrain législatif. Le défi de la langue de travail pour la ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française est davantage de convaincre ses collègues des différents ministères du pouvoir qu’ils ont de franciser la langue de travail qu’à obtenir l’appui de l’opposition sur une nouvelle Charte de la langue française.

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