« Le monde rural se meurt »

« Le monde rural se meurt »

Les citoyens de Saint-Simon témoignent
21 janvier 2013 par 

Le théâtre communautaire de Saint-Simon présentait il y a quelques semaines L’empreinte des années, une pièce de théâtre qui appelle une réflexion sur l’avenir des communautés dévitalisées et des régions périphériques en général.

Un monde et un mode de vie perdus

« Le monde rural se meurt ! » proclame l’Expert, à un moment-clé du spectacle. Le personnage du « Vieux monsieur » évoque magnifiquement ce monde disparu qui gravitait autour de la famille, autour d’une vie simple sans auto ni électricité, autour de la culture de la terre, des fêtes de la paroisse, de l’entraide du voisinage, et sous la bénédiction du curé.

Aujourd’hui, la communauté est brisée. Les jeunes et les moins jeunes s’en vont en ville pour étudier et travailler, les savoir-faire traditionnels ne sont plus utiles, les personnes âgées sont laissées à elles-mêmes ou « placées », les gens qui restent doivent souvent se débrouiller sans épicerie, sans loisirs, sans transport, sans travail, sans support de la communauté, sans possibilité de gagner leur vie sur place. Le niveau de pauvreté et de dépendance est élevé. Le fleuve, la terre et la population ne sont plus les ressources qui font vivre comme auparavant.

Ceux qui restent sont attachés à leur place, ne veulent pas quitter, cherchent… ce qu’ils ont, ce qu’ils n’ont pas, ce qui leur manque, comment s’en sortir, comment se remettre ensemble, comment faire revivre leur village, envers et contre tout.

La morosité : la toile des problèmes

Le sentiment d’impuissance est immense : les jeunes sont partis, les services diminuent, les gens qui restent n’ont pas d’emploi sur place, pas de diplômes, pas de ressources, pas d’occasions de se rencontrer, de se divertir. Ceux qui veulent faire quelque chose se frappent à l’incrédulité, à l’indifférence, à l’individualisme, au manque d’argent, aux tracasseries administratives.

Loin de les encourager, le discours officiel des experts et des gouvernements les condamne, les marginalise : « Vous êtes les premiers à blâmer car vous refusez d’évoluer, vous vous méfiez des étrangers, vous vous entêtez à rester dans vos campagnes et vos villages du passé, sous prétexte de préserver vos appartenances, la nature, la campagne. C’est en ville que la vie s’organise aujourd’hui : il n’y a plus d’avenir pour les petits villages éloignés des villes. L’avenir des campagnes est ailleurs : dans l’exploitation des ressources, dans les cultures et les élevages intensifs, dans l’exploitation des gaz de schiste, du pétrole, des éoliennes, des mines. »

La théorie des pôles de croissance, de la centralisation et de la fermeture des villages des années 1970 est toujours bien vivante.

Un autre avenir pour les campagnes

Un autre avenir est possible pour les campagnes, une autre façon de mettre notre territoire en valeur et de l’occuper.

Les néo-ruraux représentent une première étape. Natifs de la région ou de la ville, ils reviennent en campagne pour y trouver une autre qualité de vie, pour y démarrer, avec les gens de la place, des projets de mise en valeur du milieu, pour y recréer une nouvelle solidarité : productions artisanales et du terroir, projets agricoles de proximité, projets culturels et touristiques, projets éducatifs, projets communautaires, coopératives, échanges, constructions.

Certes, il ne faut pas s’enfermer dans le passé. Il faut bâtir un avenir qui nous inclut plutôt que de nous ignorer et de nous condamner. Un nouveau projet d’occupation du territoire et une nouvelle économie rurale sont possibles.

Mais pour y parvenir, la bonne volonté ne suffit pas. Il faut s’ouvrir aux changements, aux « étrangers ». Il faut un encadrement et un soutien à ce projet de réoccupation du territoire, il ne faut pas laisser les gens seuls en face d’un modèle d’exploitation industrielle et politique des campagnes qui écrase tout sur son passage.

Il faut une décentralisation pour redonner une autonomie aux communautés territoriales. Il faut réorganiser le territoire et sa gouvernance en fonction des nouvelles réalités. Il faut refaire l’inventaire des ressources de nos territoires et de nos communautés. Il faut surtout repenser l’exploitation des ressources (agriculture, mines, forêts, eau, énergie, tourisme) de façon à ce qu’elle se fasse dans le respect de l’environnement, avec l’acceptation et la participation des communautés locales et à l’avantage de celles-ci. Il faut impliquer les communautés dans la mise en valeur et l’utilisation des ressources de leur territoire.

Le travail social et politique à faire est considérable, le chemin est long et semé d’obstacles. Mais il y va de notre survie et de la survie du territoire… et même du pays, car un pays est d’abord un territoire

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