Doit-on blâmer les vieux ?

Explosion des coûts reliés à la santé

Doit-on blâmer les vieux ?

21 janvier 2013 par 

Photo: Pierre De Carrufel

Il est facile de jouer avec les statistiques et d’accabler une partie de la population de tous les préjugés. Que ce soit les immigrants, les jeunes ou les aînés, nous aimons bien trouver un bouc-émissaire pour justifier les coûts sociaux engendrés par les autres. Il en est ainsi surtout pour les personnes âgées que l’on accuse d’alourdir le déficit des services de santé. C’est souvent la première phrase des journalistes et des politiciens.

François Béland, professeur à l’Université de Montréal et spécialiste des études sur le financement de la santé, insiste pour dire que l’âgisme et des modèles mathématiques simplistes en statistiques ont contribué à renforcer le mythe que le vieillissement de la population, donc les personnes âgées, contribuait à l’augmentation des coûts reliés à la santé. Non seulement c’est faux, mais Jean Carette, professeur retraité de l’UQAM, prétend que ce discours est une stratégie gouvernementale pour resserrer les budgets, sans nécessairement aller aux sources véritables du problème des coûts de la santé. Réjean Hébert, l’actuel ministre de la Santé et des Services Sociaux, assurait à l’époque que « des services à domicile plus efficaces pourraient faire économiser des millions aux hôpitaux en augmentant l’autonomie des personnes. » Une stratégie qui, jointe au travail sur le terrain des organismes communautaires, favoriserait une meilleure prise en charge des personnes vulnérables par le milieu. M. Hébert suggérait un investissement majeur, soit 400 millions de dollars, dans les soins à domicile. Il faut donc centrer le système de santé sur des soins de premières lignes efficaces et intégrés afin de libérer les hôpitaux et les foyers d’accueil, sources de coûts élevés.

Les solutions existent mais, selon François Béland, il faut modifier les structures, les pratiques médicales et les habitudes. Nous sommes devant la nécessité d’un changement de culture des soins de santé, certes. Mais il faut surtout élargir le débat.

Non seulement les personnes de 65 ans et plus ont contribué pour un fort pourcentage à l’édification du programme de santé et d’éducation que nous connaissons aujourd’hui, mais ils paient taxes et impôts depuis plus longtemps que la majorité de la population. De plus, 20 % d’entre elles sont propriétaires de maison dont la valeur a augmenté, et les taxes en proportion. Toutefois, les statistiques ne tiennent pas compte de la contribution (soit au travail, soit comme bénévole) des personnes retraitées. Le bénévolat, en grande partie une contribution des gens à la retraite, représente des milliards de dollars et n’est jamais pris en considération dans les statistiques. De plus, nos aînés sont en bonne forme, surtout au Québec. Ils n’engendrent qu’à peine 5 % des coûts dédiés à la santé. De fait, on préfère insister sur le mythe des coûts du vieillissement que de chercher les responsables de l’augmentation des coûts reliés aux soins de santé. La société dans laquelle nous habitons et dont nous avons construit l’organigramme pragmatique des services, ce système que nous alimentons par nos taxes et nos impôts est une entité organique en vases communicants. Les grands profiteurs du système ne sont surtout pas ceux que l’on cible. Il faudrait peut-être se demander pourquoi les personnes âgées sont dans la mire de ces statistiques désastreuses et à qui cela profite.

Quelques statistiques

Pour la population en général, on prévoyait que les dépenses en soins de santé au Canada atteindraient 142 milliards de dollars en 2005, une augmentation de 7,7 % par rapport à l’année précédente. Cela représentait 10,2 % du produit intérieur brut du Canada (PIB) en 2004, en légère hausse par rapport à 10 % en 1992. Les dépenses du secteur public pour les soins de santé atteignaient presque 99 milliards de dollars à la fin de 2006, une hausse de 24 milliards depuis 2001. La majorité des dépenses vont aux hôpitaux, aux médicaments et aux médecins. Nous sommes en 2012 à 200 milliards et ces dépenses ne font que croître sans que l’on puisse entrevoir la mise en œuvre de solutions connues.

L’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux prône un changement de cap pour réduire les dédoublements. On estime notamment que les Agences de santé et des services sociaux prennent trop de place : « En enlevant les dédoublements, ce sont plusieurs heures consacrées à la reddition de compte qui seront libérées pour autre chose, en plus des postes qui ne seront plus nécessaires en agence et au MSSS. »

La Fédération des médecins spécialistes s’est elle aussi attaquée au problème. Seulement en 2008-2009, les dépenses du ministère de la Santé et des Services Sociaux pour l’administration et le soutien ont coûté 2,7 milliards de dollars. Qu’en est-il en 2012 ? Plusieurs radiologistes reçoivent un salaire de 527 000 dollars annuellement. À cela s’ajoute un paiement à l’acte de la Régie de l’assurance maladie du Québec. Certains de ces spécialistes (une trentaine) atteignent le million de dollars annuellement. Au Québec, nous en sommes à 5 milliards de dollars sur un budget global de 28 milliards, uniquement en radiologie. Les ophtalmologistes reçoivent une rémunération annuelle autour de 450 000 dollars. Comment convaincre ces spécialistes d’être un peu plus modérés dans leurs frais ? De quoi donner des sueurs froides au ministre actuel de la Santé. Le Dr Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes, a répondu aux récents reportages de RDI en indiquant que des correctifs importants avaient été apportés afin d’ajuster l’acte au véritable temps nécessaire à son action. Par exemple, l’évolution des technologies explique qu’une opération des cataractes qui prenait auparavant une heure peut aujourd’hui se faire en 15 minutes.

Les solutions existent

L’urgence ici serait d’adapter l’hôpital aux besoins des personnes âgées. Ce qui signifie davantage d’intervenants sociaux pour réorienter la personne rapidement vers une résidence publique ou privée. L’expérience prouve que l’on garde trop longtemps les personnes âgées à l’hôpital, ce qui ne leur convient pas du tout, au contraire. Il faut adapter les services de soins à domicile au vieillissement de la population en favorisant le séjour à la maison et l’autonomie. Un soutien plus efficace aux proches aidants entre ici en ligne de compte, car ils sont les premiers intervenants à accompagner la personne vulnérable qui a besoin d’aide.

Nous avons un nouveau gouvernement depuis le 4 septembre dernier. Mais il est minoritaire. L’esprit de parti et la partisanerie de l’opposition bloquent toutes réformes et toutes avancées profitables pour les aînés et la société en général.

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